“ Mme Weston embrassai Emma avec des larmes de joie et, quand elle retrouva la parole, elle dit : — C’est pour moi un soulagement inexprimable que de vous entendre parler ainsi. M. Weston ne sera pas moins heureux. Nous nourrissions depuis longtemps le secret espoir de voir naître un attachement entre vous, et nous étions persuadés que notre désir s’était réalisé. En conséquence, ma chère Emma, vous pouvez vous imaginer ce que nous avons souffert à votre sujet ! ”
Citations sur “M. Weston”
“ « Et à quelle heure viendrez-vous le plus probablement, monsieur Weston ? La vieille femme aimerait à savoir pour quel moment elle doit vous attendre. Vous savez que de telles gens tiennent, plus que nous ne le supposons, à avoir leur chaumière propre quand des personnes convenables viennent leur rendre visite. » Il y avait là un merveilleux exemple de réflexion chez l’irréfléchie miss Murray. M. Weston dit une heure de la matinée à laquelle il s’efforcerait d’être là. ”
“ Quel dommage que M. Weston ait jamais pensé à elle ! » « Je ne suis pas de votre avis, papa, vous savez que je ne le puis. M. Weston est un si aimable homme, si bon, d’une humeur si joviale, qu’il méritait bien d’avoir une excellente femme ; et vous ne pouvez désirer que mademoiselle Taylor demeurât toujours avec nous et supportât ma mauvaise humeur, lorsqu’il était en son pouvoir d’avoir une maison à elle. » « Une maison à elle ! Mais à quoi bon d’avoir une maison à elle ! celle-ci est trois fois plus grande que la sienne. Et vous n’êtes jamais de mauvaise humeur, ma chère Emma. » ”
“ M. Knightley a si bonne tournure qu’on ne peut établir aucune comparaison entre lui et M. Martin. Peu d’hommes, peut-être pas un sur cent, n’annoncent à la première vue, comme M. Knightley, la présence d’un homme comme il faut. Mais il n’est pas le seul que nous ayons vu dernièrement à Hartfield. Que pensez-vous de MM. Weston et Elton ? Comparez M. Martin à l’un ou l’autre des deux ; comparez leur manière de se présenter, de marcher, de parler, de garder le silence, et vous devez sentir la différence qui existe entre eux. ”
“ M. Woodhouse hésita, puis il répondit : — Pas si souvent, ma chère, que je le désirerais. — Oh ! papa, comment pouvez-vous parler ainsi ? Depuis leur mariage nous n’avons passé qu’un jour entier sans voir M. ou Mme Weston et souvent les deux, soit à Randall, soit ici et comme vous pouvez le supposer, Isabelle, plus généralement ici. Ils ont fait preuve de l’empressement le plus affectueux. M. Weston est vraiment aussi attentif qu’elle. Si vous prenez cet air mélancolique, papa, vous donnerez à Isabelle une idée tout à fait fausse de ce qui se passe. ”
“ « Je crois, à la vérité, dit M. Jean Knightley plaisamment, que M. Weston a quelques petites prétentions. Vous et moi, Emma, pouvons risquer de prendre le parti du pauvre mari. Moi comme mari, et vous, n’étant pas épouse, les prétentions du mari doivent nous frapper également tous deux. Quant à Isabelle, elle est mariée depuis assez long-temps, pour qu’elle voye la convenance de mettre de côté tous les Weston, autant qu’elle pourra. » ”
“ Et qui, excepté M. Knightley, aurait été capable de faire preuve d’assez de patience envers M. Woodhouse, pour rendre cet arrangement possible ? La difficulté de régler la situation du pauvre M. Woodhouse avait toujours été envisagée dans les projets que M. Weston et elle avaient formés concernant un mariage entre Frank et Emma ; mais la conciliation des titres d’Enscombe et de ceux d’Hartfield était restée à l’état de problème. M. Weston lui-même n’avait jamais pu proposer une solution et se contentait de dire : « Cette affaire s’arrangera toute seule ! Les jeunes gens trouveront le moyen ». ”
“ Il est injuste envers son père. Le caractère confiant de M. Weston lui a fait honneur dans toutes ses entreprises. Il a réussi, parce qu’il a toujours été juste et honorable ; il n’a pas joui des douceurs de la vie avant de les avoir méritées. C’est bien vrai, il n’est venu qu’après mademoiselle Fairfax. « Je n’ai pas oublié, dit Emma, combien vous étiez persuadé qu’il aurait pu venir avant ce temps-là, s’il l’eût jugé à propos. Il est beau à vous de ne rien dire sur cet endroit de sa lettre. Vous aviez bien raison. » ”
“ M. Weston se préparait à le suivre, mais il fut arrêté par Mme Elton qui brûlait de lui faire part de son opinion sur Frank Churchill. — Un très élégant jeune homme en effet, dit-elle. Je vous avais averti très franchement, Monsieur Weston, que je le jugerais en toute indépendance. Vous pouvez me croire, je ne fais jamais de compliments. Je le trouve très joli garçon et ses manières sont précisément celles qui me plaisent ; c’est l’homme distingué sans aucune affectation. ”
“ Mon cher ami, s’écria son épouse, qui n’avait entendu et compris, qu’une partie de son discours, parlez-vous de moi ? Je suis certaine que personne ne doit et ne peut être plus portée à défendre le mariage que moi ; et si ce n’avait été la terrible nécessité de quitter Hartfield, j’aurais toujours regardé mademoiselle Taylor comme la femme la plus heureuse du monde ; quant à mésestimer M. Weston, l’excellent M. Weston, je pense qu’il n’y a rien au-dessus de son mérite. Personne n’a un meilleur naturel que lui, excepté vous et votre-frère. ”
“ M. Weston et M. Elton, par exemple ? Faites la comparaison. Quelle différence dans le maintien, dans la manière d’écouter et de parler ! — Vous avez raison, mais M. Weston est un homme âgé : il a près de cinquante ans. — C’est l’âge où les bonnes manières ont le plus d’importance ; le manque d’aisance devient alors plus apparent. M. Martin paraît vulgaire, malgré sa jeunesse ; que sera-ce lorsqu’il aura atteint l’âge de M. Weston ? — Votre remarque est juste, dit Harriet d’un air grave. — Il deviendra un gros fermier uniquement préoccupé de ses intérêts. ”
“ Je serais venue sans parapluie ; mais M. Weston m’a offert le sien, et je ne pouvais le refuser plus que je ne l’ai fait sans l’offenser, répondis-je avec un sourire calme ; car mon bonheur intérieur me faisait trouver amusant ce qui m’eût offensé dans un autre moment. La voiture était en mouvement. Miss Murray se pencha en avant, et regarda par la portière lorsque nous passâmes auprès de M. Weston. Il se dirigeait tranquillement vers sa demeure et ne détourna pas la tête. ”
“ La vanité, l’extravagance, l’amour du changement, l’indifférence pour l’opinion des autres, tels étaient les caractéristiques qu’Emma discernait maintenant en lui. M. Weston, tout en traitant son fils de sot, trouvait, en somme, cette équipée assez amusante ; Mme Weston, au contraire, ne l’approuvait nullement : elle passa très légèrement sur le fait et se contenta de dire que les jeunes gens ont tous des lubies ; mais, ce point mis à part, elle fit l’éloge de son beau-fils dans les termes les plus propres à corriger la mauvaise impression de l’instant présent. ”
“ Emma s’aperçut que M. Weston ne comptait pas uniquement sur son bon goût, et qu’on ne devait pas tirer vanité d’être au nombre de ses confidens. Une bienveillance générale, mais non une amitié banale, était ce qui rendait l’homme ce qu’il devait être. ”
Jane Austen,
Emma
(1815)
“ La tante était à la vérité une femme capricieuse, qui gouvernait entièrement son mari ; mais il n’était pas dans le caractère de M. Weston de pouvoir s’imaginer qu’aucun caprice, quel qu’il fût, pût affecter un si cher objet, et qui méritait tant d’être aimé. Il voyait tous les ans son fils à Londres, en était fier, et les rapports qu’on avait faits de lui comme d’un très-joli garçon, avaient donné de l’orgueil aux habitans d’Highbury. ”
“ M. Weston prit un air solennel et dit : – Ah ! pauvre femme ! Je ne m’attendais pas à une fin aussi prématurée ! Il décida que toute la famille prendrait un deuil sévère. Mme Weston soupirait en s’occupant de son voile de crêpe. ”
“ Vous connaissez assez Hartfield pour vous en rendre compte. — Un homme franc, loyal comme M. Weston et une femme intelligente, simple comme Mlle Taylor arrivent sans difficulté à s’entendre, s’ils en ont le désir. Il est probable que votre intervention vous a été plus préjudiciable qu’elle ne leur a été utile. — Emma ne pense jamais à elle-même quand il s’agit de rendre service aux autres, intervint M. Woodhouse, ne saisissant qu’à moitié le sens de la conversation ; mais, ma chère, ne vous mêlez plus de mariages : ce sont de sottes entreprises qui rompent le cercle de famille. ”
“ « De Jeanne Fairfax ! Avez-vous jamais entendu rien de si extraordinaire ? Oh ! ne craignez pas de vous ouvrir à moi, car M. Weston, que je viens de rencontrer, me l’a appris lui-même. En même temps qu’il m’a recommandé le plus grand secret, il a ajouté que je ne devais en parler à personne qu’à vous, parce que vous en étiez instruite. » ”
“ Sans prétentions, sans art, cette jeune fille serait préférée, par un homme de sens, à une femme comme madame Elton. J’ai trouvé Henriette plus sensée que je ne m’y attendais. » Emma ressentit une joie inexprimable de l’entendre parler ainsi. Ils furent interrompus par M. Weston, qui appelait tous les danseurs. « Allons, mademoiselle Woodhouse, mademoiselle Otway, mademoiselle Fairfax, que faites-vous ? Allons, Emma, montrez l’exemple à vos compagnes. Tout le monde est paresseux : on dort. » « Je suis prête quand on voudra, dit Emma. Avec qui comptez-vous danser, demanda M. Knightley. » ”
“ Au moment du mariage de M. Weston, le jeune homme se contenta d’écrire à sa belle-mère. Pendant plusieurs jours, ce fut le thème favori des conversations à l’heure du thé chez Mme Bates et chez Mme Cole : « Vous avez certainement entendu parler de la belle lettre que M. Frank Churchill a adressée à Mme Weston ? » Celle-ci, déjà prévenue en faveur du jeune homme, fut touchée de cette preuve de déférence qui venait fortifier ses légitimes espoirs de bonheur. ”
“ Tant que Mme Elton fit l’éloge de Frank Churchill elle trouva son auditeur très attentif, mais dès qu’elle fit mine de vouloir s’égarer dans les sentiers de Maple Grove, M. Weston se rappela ses devoirs de maître de maison et il s’excusa, en souriant, d’être forcé de la quitter pour recevoir les dames qui venaient d’arriver. Mme Elton se tourna alors vers Mme Weston et reprit : — Ce doit être notre voiture avec Mlle Bates et Jane ; nos chevaux vont extrêmement vite. Quelle satisfaction de pouvoir envoyer sa voiture chercher des amis ! ”
“ « Oh ! oh ! miss Grey, vous êtes enfin venue ? Il n’est pas étonnant que vous restiez si longtemps en arrière, ni que vous souteniez si vigoureusement M. Weston quand je parle mal de lui. Ah ! ah ! je vois tout maintenant. — Allons, miss Murray, ne dites pas d’extravagances, dis-je en essayant de rire de bon cœur ; vous savez que de semblables non-sens ne font aucune impression sur moi. » Mais elle continua à dire de si intolérables balivernes, sa sœur l’aidant avec des mensonges inventés pour la circonstance, que je crus devoir dire quelque chose pour ma justification. ”
Jane Austen,
Emma
(1815)
“ Madame Weston fut très-affligée, et beaucoup plus que son mari, quoique ses espérances ne fussent pas aussi présomptueuses que les siennes : mais un esprit présomptueux, quoiqu’il espère presque toujours plus d’avantages qu’il n’en reçoit, n’est pas proportionnellement aussi puni qu’un autre de la non-réussite de ses espérances. Il oublie bientôt son manque de succès pour espérer de nouveau. M. Weston fut surpris et chagrin pendant une demi-heure ”
“ Un matin, il y a environ quatre ans, Mlle Taylor et moi avons rencontré M. Weston dans Broadway Lane : la pluie menaçait, et il fit preuve de l’empressement le plus galant en courant aussitôt emprunter deux parapluies chez le fermier Mitchell. Dès cet instant j’ai envisagé la possibilité de cette union et depuis je me suis appliquée à en amener la réalisation. Vous ne voudriez pas, papa, que je reste sur mon succès ? — Qu’entendez-vous par succès ? dit M. Knightley. Un succès suppose un effort. ”
“ Emma lui répondit qu’elle l’en félicitait de tout son cœur, qu’elle pensait, comme lui, que la présence de M. Frank Churchill et de mademoiselle Smith rendrait la partie complète. « Dès le mois de septembre dernier, continua M. Weston, son désir était de nous venir voir, il en parlait dans toutes ses lettres ; mais il n’est pas maître de son temps, il doit plaire à des gens qui ont le droit de tout exiger de lui, et à qui (entre nous) pour y parvenir, il faut faire de grands sacrifices. Mais à présent, je suis très-persuadé que nous le verrons vers le quinze du mois de janvier. » ”
“ Emma, Frank et Henriette se mirent à rire de bon cœur. Les autres personnes manifestèrent une approbation plus modérée. M. Knightley dit gravement : — D’après ce début, je comprends le genre d’esprit qu’il faut déployer. M. Weston s’en est bien tiré, mais il nous a tous mis hors de combat : la perfection n’aurait pas dû arriver du premier coup ! — Pour ma part, je demande à être excusée, dit Mme Elton, je n’ai pas de goût pour ce genre d’improvisation. Je me rappelle avoir reçu un acrostiche sur mon nom et je n’y ai trouvé nul plaisir ; j’en connaissais l’auteur : un abominable fat ! ”
“ En traversant le parc, miss Murray fit plusieurs observations triviales, auxquelles, malgré ma répugnance à faire voir mes sentiments, je ne pus répondre que par des monosyllabes. Avait-elle l’intention de me torturer, ou simplement de s’amuser, c’est ce que je ne pourrais dire, et cela m’importait peu ; mais je pensai au pauvre homme qui n’avait qu’un agneau, et au riche qui avait des milliers de troupeaux ; et je redoutai je ne sais quoi pour M. Weston, indépendamment de mes espérances ruinées. ”
“ En se retournant, M. Weston s’aperçut qu’Emma était hors de la portée de sa voix : elle avait pris les devants pour avertir son père et donner des ordres. Mlle Bates qui, depuis le début de l’incident, s’efforçait en vain de se faire entendre, s’empressa de profiter de la première occasion pour intervenir : — Il m’arrive aussi parfois d’avoir les rêves les plus étranges ; mais si on m’interrogeait à ce sujet, je serais forcée de reconnaître qu’il a été véritablement question de ce projet au printemps dernier. Mme Perry en a parlé à ma mère et aux Cole ; mais c’était tout à fait un secret ”
“ M. Weston et Emma trouvèrent toute la compagnie assemblée dans cette promenade, et en tête, M. Knightley avec Henriette... M. Knightley et Henriette ! voilà un singulier tête-à-tête ; mais elle en fut bien aise. Il fut un temps qu’il l’eût refusée pour compagne, et quittée sans beaucoup de cérémonie. Alors ils semblaient causer amicalement ensemble. Jadis aussi Emma aurait été fâchée de voir Henriette si à portée de la ferme de l’abbaye ; mais alors elle n’en redoutait rien. Elle pouvait en sûreté la voir dans toute sa beauté ”
“ Leur dépense outrepassa de beaucoup leurs revenus ; et cependant ce n’était rien en comparaison d’Escombe. Elle aima toujours son mari ; mais elle ne parvint jamais à être la femme de M. Weston ; ni mademoiselle Churchill d’Escombe. Le capitaine Weston, que les Churchill croyaient avoir fait un mariage surprenant, avait cependant fait une très-mauvaise affaire ; car lorsque sa femme mourut, trois ans après leur mariage, il était plus pauvre qu’auparavant, et avait de plus un enfant à nourrir. ”
