“ Jane Fairfax répondit par un aimable merci et s’efforça de prendre la prophétie en riant, mais le tremblement de ses lèvres et ses yeux humides trahissaient son émotion. À ce moment M. Woodhouse s’approcha d’elle après avoir, selon son habitude, fait le tour du salon. — Je suis fâché d’apprendre, dit-il, Mlle Fairfax, que vous êtes sortie ce matin par la pluie. Les jeunes filles sont des plantes délicates : elles doivent avoir soin de leur santé et de leur teint. ”
Jane Fairfax
Définition et enjeux
Le thème de “Jane Fairfax” a été abordé par des auteurs tels que Kate Rague, Jane Austen, Charlotte Brontë, Eustace Clare Grenville Murray ou Sylva Consul. Il est souvent associé à des termes comme Emma, Highbury, le piano, Jeanne ou Frank.
Citations sur “Jane Fairfax”
“ D’autre part, ajouta M. Knightley, soyez sûre que Mme Elton, pour parler à Jane Fairfax, renonce à son ton d’humiliante protection. Nous savons tous, par expérience, combien diffère le langage selon qu’on emploie la troisième ou la seconde personne : nous sentons la nécessité de plus grands ménagements dans nos rapports directs avec nos semblables ; nous gardons pour nous, en présence de l’intéressé, les conseils que nous ne lui ménagions pas une heure auparavant. De plus, en dehors de cette règle générale, Mlle Fairfax tient Mme Elton en respect par sa supériorité d’esprit et de manières ”
“ Le regret d’avoir entraîné sa protégée Harriet dans de pénibles mésaventures d’amour, la peine d’avoir blessé une bonne vieille fille, le remords d’avoir étourdiment rendu plus pénible à Jane Fairfax le secret de ses fiançailles avec Frank Churchill, suffisent pour la ramener au bon sens. Ses défauts ne lui enlèvent rien de notre sympathie. Sa manie de marier ses amies est réjouissante sans être grotesque, c’est pour elle un jeu de jeune fille qui se croit déjà une personne importante, et il ne se mêle aucun calcul à ses petites manœuvres. ”
“ Je n’ai jamais donné une pensée de ce genre à Jane Fairfax : c’est une jeune personne accomplie, je me plais à le reconnaître ; pourtant Jane Fairfax elle-même n’est pas parfaite : la franchise de caractère qu’un homme désirerait chez sa femme lui fait défaut. Cette constatation fut loin d’être désagréable à Emma et elle dit : — Eh bien ! Je suppose que vous avez imposé silence à M. Cole, sans délai. — Oui, immédiatement. Il me pria de l’excuser et parla d’autre chose. — Je me demande de quelle manière Mme Elton désigne les Cole quand elle parle d’eux. Elle vous appelle : Knightley ! ”
“ Je souhaite tout le bonheur possible à Jane Fairfax, mais elle m’ennuie à mourir. Elles approchaient maintenant du but de leur promenade et leur entretien prit une autre tournure. Emma était très charitable ; les pauvres trouvaient toujours auprès d’elle non seulement l’assistance pécuniaire mais encore le réconfort de son attention, de ses conseils et de sa patience. Elle comprenait leur manière d’être, excusait leur ignorance, compatissait à leurs tentations et ne s’attendait pas à trouver chez eux des vertus extraordinaires. ”
“ Je ne connais pas d’homme, — je ne dirai pas plus galant, — mais plus humain : étant donné l’état de santé de Jane Fairfax, il aura jugé que l’humanité commandait cette intervention. Nous sommes arrivés ensemble, mais il n’a fait aucune allusion qui pût le trahir. — Pour ma part, dit Mme Weston, je n’attribue pas sa conduite à des motifs aussi désintéressés ; en écoutant Mlle Bates un soupçon m’est entré dans la tête et je n’ai pu m’en débarrasser, plus j’y pense et plus cette hypothèse me paraît plausible. Pour ne rien vous céler, j’ai imaginé un mariage entre M. Knightley et Mlle Fairfax. ”
“ C’est une aimable pensée du colonel Campbell, n’est-ce pas ? Il savait que Mlle Fairfax ne pouvait pas se procurer de musique ici. Je tiens pour particulièrement touchante cette partie du présent ; rien n’a été fait vite, rien incomplètement. La véritable affection est seule capable de trouver des attentions aussi délicates. Emma jeta un regard à la dérobée vers Jane Fairfax et surprit la trace d’un sourire : la rougeur cachait mal les marques d’une joie intérieure. À la suite de cette constatation, les scrupules et la commisération d’Emma s’évanouirent. ”
“ Emma trouva encore dans les confidences de Mme Weston matière à amères réflexions : elles augmentèrent en effet son estime et sa compassion pour Mlle Fairfax. « Combien je regrette, pensait-elle, de ne pas avoir cherché à la mieux connaître ; si j’avais suivi les conseils de M. Knightley et choisi Jane Fairfax pour amie au lieu d’Henriette Smith, je n’aurais très probablement connu aucune des souffrances qui m’accablent aujourd’hui. La naissance, les talents, l’éducation étaient des titres de recommandation que je n’aurais pas dû négliger. » ”
“ Jane Fairfax apparait sous un jour tout à fait favorable ; elle sera, j’espère, très heureuse. La fortune est, fort à propos, du côté du jeune homme, car je crois que le mérite sera du côté de la jeune fille. Une telle conclusion ne pouvait pas rester sans réponse du côté de Mme Weston : celle-ci avait fort bonne opinion de Frank à tous les points de vue et, de plus, elle l’aimait beaucoup. Elle prit donc sa défense avec sincérité, mais elle ne put réussir à conserver l’attention d’Emma. La pensée de celle-ci était à Brunswick square ou à Donwell et elle n’écoutait pas. ”
“ Son attention fut éveillée pour la première fois pendant un dîner à Randalls où Jane Fairfax et les Elton étaient également invités ; à plusieurs reprises Frank Churchill avait regardé Jane Fairfax d’une façon significative et M. Knightley, malgré son désir d’éviter tout écart d’imagination, ne put s’empêcher d’être frappé d’une attitude si étrange chez un admirateur passionné de Mlle Woodhouse. ”
“ Avant de perdre les bonnes grâces de Mme Elton, Emma fut mise confidentiellement au courant : — Jane Fairfax m’a fait une excellente impression, Mademoiselle Woodhouse ; j’en suis fanatique. C’est une douce créature, si comme il faut et si bien douée ! Elle joue du piano et elle chante délicieusement ; elle a un talent hors ligne : je suis assez compétente en musique pour donner une opinion autorisée. ”
“ Nous ne pouvons assez exprimer notre surprise. Il voulait parler à son père au sujet... d’un attachement, ou mieux d’un engagement positif. Que direz-vous, Emma, quand vous saurez que Frank Churchill et Mlle Fairfax sont fiancés... depuis longtemps ! Emma sursauta de surprise et s’écria : — Jane Fairfax ! Vous ne parlez pas sérieusement ! — Vous avez lieu d’être étonnée, reprit Mme Weston, mais c’est ainsi ! Pendant leur séjour à Weymouth ils ont échangé leur parole en secret. Personne au monde n’en savait rien, ni les Campbell, ni la famille de Mlle Fairfax. ”
“ Dans l’espoir de distraire son père et de lui faire oublier le départ précipité de M. Knightley, Emma s’empressa de donner la nouvelle concernant Jane Fairfax : la diversion eut un plein succès ; M. Woodhouse fut intéressé sans être agité : il était accoutumé depuis longtemps à l’idée de voir Mlle Fairfax s’engager comme gouvernante et il pouvait parler de cet exil avec sérénité, tandis que le départ inopiné de M. Knightley pour Londres lui avait porté un coup sensible. ”
“ Pour en revenir à Jane Fairfax, l’excuse invoquée par Mme Weston me paraît valable et je m’explique très bien son désir d’échapper à la compagnie de Mlle Bates. Mais je ne puis, Monsieur Knightley, partager vos illusions sur l’humilité de Mme Elton ; je doute fort que celle-ci ait, à aucun moment, conscience de son infériorité : elle n’aura d’autre frein dans ses rapports avec Jane, que les préceptes d’une éducation inférieure ; elle l’insultera continuellement par ses éloges, ses encouragements et ses offres de service ”
“ — À mon avis, ma chère Emma, M. Knightley me paraît être si préoccupé de ne pas être amoureux de Jane Fairfax que je ne serais pas étonnée si, finalement, il le devenait ! ”
“ Elle n’aurait pas su dire pourquoi Jane Fairfax ne lui était pas sympathique : M. Knightley lui avait dit une fois que c’était parce qu’elle voyait en Jane la jeune fille véritablement accomplie qu’elle avait l’ambition de paraître ; et bien que cette imputation eût été sur le moment résolument contredite, la conscience d’Emma n’était pas parfaitement tranquille à ce sujet. ”
“ Le bonheur parfait, même en imagination, est rare. Il y avait deux points sur lesquels Emma n’était pas parfaitement tranquille, elle craignait d’avoir transgressé les règles de la solidarité féminine en confiant ses soupçons sur les sentiments intimes de Jane Fairfax à Frank Churchill ; toutefois elle se sentait flattée d’avoir gagné si complètement le jeune homme à ses vues et le succès la portait à se montrer indulgente pour elle-même. L’autre raison de remords avait aussi rapport à Mlle Fairfax ”
“ C’est un jeune homme charmant. Elle désirait beaucoup aller en Irlande à la suite de ces descriptions. À ce moment, un soupçon ingénieux traversa l’esprit d’Emma, relatif à Jane Fairfax, à l’aimable M. Dixon et au fait de ne pas aller en Irlande ; elle dit avec le dessein d’en découvrir davantage : — Vous devez vous considérer comme très heureuse, que Mlle Fairfax ait la possibilité de venir si longtemps chez vous ; étant donné la particulière amitié qui existe entre elle et Mme Dixon, vous ne pouviez guère espérer qu’elle pût se dispenser d’accompagner le colonel et Mme Campbell. ”
“ Pourquoi se marierait-il ? N’est-il pas heureux ? Il a sa ferme, ses troupeaux, sa bibliothèque ; il s’occupe des affaires de la paroisse ; d’autre part, il ressent beaucoup d’affection pour les enfants de son frère. Il n’a aucune raison de se marier : son temps est pris et son cœur n’est pas sevré de tendresse. — Ma chère Emma, il se peut qu’il en soit ainsi ; mais s’il aime Mlle Fairfax... — Quelle idée ! Jane Fairfax lui est indifférente, du moins au point de vue de l’amour. Il ferait à elle ou à sa famille tout le bien possible mais... — Eh bien, répondit Mme Weston en riant. ”
“ Je ne puis, ma chère dame, rendre assez de justice à mademoiselle Fairfax pour son extrême délicatesse pendant tout le temps de notre engagement. J’espère que dans peu vous la connaîtrez parfaitement. Il m’est de toute impossibilité de vous dépeindre ce qu’elle est. C’est à elle que vous devez vous adresser. Ce n’est pas par ce qu’elle vous dira, que vous pouvez espérer de parvenir à ce but. Non, il n’a jamais existé de créature au monde qui cache son mérite avec plus de soin qu’elle. Elle prend autant de peine à voiler ses bonnes qualités, que d’autres en prennent à exposer leurs défauts. ”
“ Notre rang social nous offre les moyens d’action efficace : nous avons des voitures pour l’aller chercher et reconduire chez elle, et nous vivons sur un pied qui nous permet de ne pas nous apercevoir de la présence de Jane Fairfax. Je serais extrêmement fâchée si Wright nous servait un dîner qui pût me faire regretter d’avoir invité Jane Fairfax à le partager. ”
“ Après avoir lu les lignes suivantes où Frank Churchill expliquait le point de départ de leurs malentendus et blâmait sa persistance à agir contre le gré de Jane Fairfax, M. Knightley reprit : — Voici de bien pauvres arguments ! Il l’avait induite à se placer dans une situation extrêmement difficile et périlleuse et il aurait dû s’appliquer à lui éviter toute souffrance inutile ; pour correspondre avec lui elle avait à surmonter des difficultés de tous genres auxquelles il n’était pas exposé : un homme de cœur eût tenu compte même de scrupules imaginaires ”
“ Jane Fairfax avait déjà quitté Highbury pour aller rejoindre les Campbell ; auprès de ceux-ci, elle se sentait véritablement chez elle. M. Churchill et son neveu étaient également à Londres, où ils attendaient la fin du deuil. ”
“ Il était certain qu’elle devait venir, et qu’Highbury, au lieu de recevoir cette nouveauté si long-temps promise, M. Frank Churchill serait obligé de se contenter de Jeanne Fairfax, qui n’en était absente que depuis deux ans. Emma en fut fâchée ; elle trouvait dur de faire des civilités pendant trois mois, à une personne qu’elle n’aimait pas ! d’être forcée de faire plus qu’elle ne voulait, et moins qu’elle ne devait ! Il serait difficile de dire pourquoi elle n’aimait pas Jeanne Fairfax. ”
“ En vivant constamment avec des gens intelligents et cultivés, le cœur et l’intelligence de l’enfant s’étaient affinés ; de plus la résidence du colonel Campbell étant à Londres, tous les talents d’agrément avaient été cultivés sous la direction de maîtres de premier ordre. Les dispositions et les capacités de Jane Fairfax étaient dignes des soins dont les entoura l’amitié et à dix-huit ans elle était aussi qualifiée qu’on peut l’être à cet âge pour l’instruction et l’éducation des autres ”
“ Je pense comme vous, s’écria Emma, avec sensibilité, si l’on peut excuser une femme qui ne pense qu’à elle-même, c’est sans doute à celle qui se trouve dans la position de Jeanne Fairfax. D’elle on peut presque dire, comme elle n’a rien dans ce monde, elle ne doit pas être sujette à ses lois. ”
“ Quand le soleil eut lassé les plus vaillantes, on chercha un endroit ombragé et tout le monde s’assit en cercle. Mme Elton commença aussitôt à entretenir Jane Fairfax avec animation et Emma entendit qu’il s’agissait d’une situation des plus désirables ; le matin même, Mme Elton avait reçu la nouvelle ; Jane était demandée chez une cousine de Mme Bragge, une connaissance de Mme Sukling. Mme Elton détaillait complaisamment les avantages : famille de premier ordre, meilleures relations, commodités de tous genres ”
“ Mlle Bates était très causante et de bonne humeur comme d’habitude : elle est toujours agréable bien qu’elle parle un peu vite ; Mme Bates et également une excellente personne. J’aime les vieux amis. Mlle Fairfax est une très jolie personne et parfaitement bien élevée. Elle a dû être contente, Monsieur Knightley, puisqu’Emma était là pour lui tenir compagnie. — C’est bien vrai, Monsieur ! Et Emma de son côté avait la chance d’avoir Jane Fairfax. ”
Jane Austen,
Emma
(1815)
“ Plus d’une belle fleur croît dans des lieux déserts, Et ses plus doux parfums se perdent dans les airs. « Nous ne devons pas les voir se vérifier dans l’aimable Jeanne Fairfax. » « Je ne crois pas qu’il y ait aucun danger » fut la réponse calme d’Emma. « Et lorsque vous connaîtrez mieux la situation de Jeanne Fairfax, et que vous saurez où elle a été élevée ; que c’est le colonel et madame Campbell qui ont pris soin de son éducation, je suis persuadée que vous ne supposerez plus que ses talens soient enfouis. » ”
“ « De Jeanne Fairfax ! Avez-vous jamais entendu rien de si extraordinaire ? Oh ! ne craignez pas de vous ouvrir à moi, car M. Weston, que je viens de rencontrer, me l’a appris lui-même. En même temps qu’il m’a recommandé le plus grand secret, il a ajouté que je ne devais en parler à personne qu’à vous, parce que vous en étiez instruite. » ”
“ Assuré de l’amour désintéressé d’une pareille femme, car le caractère connu de Jeanne Fairfax répond de son désintéressement, tout est en sa faveur : égalité de situation, je veux dire, quant à ce qui a rapport à la société, aux yeux de laquelle l’égalité d’habitudes et de manières est importante : enfin, une parfaite égalité en tout, excepté en un seul point. ”
“ Il n’est plus question d’intimité entre moi et Mlle Fairfax. Je n’ai aucune raison d’avoir mauvaise opinion d’elle ; toutefois une si perpétuelle prudence en paroles et en actes, une crainte si excessive de donner un renseignement ne sont pas naturelles : on ne se tient pas à ce point sur ses gardes, sans raison. Ils demeurèrent d’accord sur ce sujet comme sur les autres. Frank Churchill ne répondait pas exactement à l’idée qu’Emma se faisait de lui : il s’était révélé moins homme du monde d’un certain côté, moins enfant gâté de la fortune, qu’elle n’avait anticipé. ”
