“ Je ne puis, ma chère dame, rendre assez de justice à mademoiselle Fairfax pour son extrême délicatesse pendant tout le temps de notre engagement. J’espère que dans peu vous la connaîtrez parfaitement. Il m’est de toute impossibilité de vous dépeindre ce qu’elle est. C’est à elle que vous devez vous adresser. Ce n’est pas par ce qu’elle vous dira, que vous pouvez espérer de parvenir à ce but. Non, il n’a jamais existé de créature au monde qui cache son mérite avec plus de soin qu’elle. Elle prend autant de peine à voiler ses bonnes qualités, que d’autres en prennent à exposer leurs défauts. ”
Miss Fairfax
Définition et enjeux
Le thème de “Miss Fairfax” a été abordé par des auteurs tels que Jane Austen, Jean de Villiot, Kate Rague, Oscar Wilde ou Sylva Consul. Il est souvent associé à des termes comme Jane, Emma, Frank, Jeanne ou M.
Citations sur “Miss Fairfax”
Jane Austen,
Emma
(1815)
“ « Mal, très-mal, supposé qu’on puisse dire qu’une jeune dame ait mauvaise mine. Une pareille expression n’est pas permise, n’est-ce pas, madame Weston ? Les dames n’ont jamais mauvaise mine. Et sérieusement parlant, mademoiselle Fairfax est naturellement si pâle, qu’elle a toujours l’air malade. Il est bien malheureux qu’elle n’ait pas du tout de teint. » Emma ne fut pas de son avis, et commença à défendre vivement le teint de mademoiselle Fairfax. ”
“ Il était certain qu’elle devait venir, et qu’Highbury, au lieu de recevoir cette nouveauté si long-temps promise, M. Frank Churchill serait obligé de se contenter de Jeanne Fairfax, qui n’en était absente que depuis deux ans. Emma en fut fâchée ; elle trouvait dur de faire des civilités pendant trois mois, à une personne qu’elle n’aimait pas ! d’être forcée de faire plus qu’elle ne voulait, et moins qu’elle ne devait ! Il serait difficile de dire pourquoi elle n’aimait pas Jeanne Fairfax. ”
“ Jane Fairfax répondit par un aimable merci et s’efforça de prendre la prophétie en riant, mais le tremblement de ses lèvres et ses yeux humides trahissaient son émotion. À ce moment M. Woodhouse s’approcha d’elle après avoir, selon son habitude, fait le tour du salon. — Je suis fâché d’apprendre, dit-il, Mlle Fairfax, que vous êtes sortie ce matin par la pluie. Les jeunes filles sont des plantes délicates : elles doivent avoir soin de leur santé et de leur teint. ”
“ Jeanne Fairfax, mademoiselle Woodhouse, est toute charmante. J’en suis folle. Elle est si douce, si gentille, elle a tant de talens. Elle joue du piano comme un ange. Les connaissances que j’ai en musique me permettent d’en parler d’une manière positive. Oh ! elle est toute charmante. Vous allez peut-être vous moquer de la chaleur que je mets à parler d’elle ; mais en vérité je n’ai que Jeanne Fairfax dans la tête. Sa position est capable d’affecter qui que ce soit. Je pense, mademoiselle Woodhouse, qu’il est de notre devoir de lui être utile, nous devons la pousser dans le monde. ”
Jane Austen,
Emma
(1815)
“ Plus d’une belle fleur croît dans des lieux déserts, Et ses plus doux parfums se perdent dans les airs. « Nous ne devons pas les voir se vérifier dans l’aimable Jeanne Fairfax. » « Je ne crois pas qu’il y ait aucun danger » fut la réponse calme d’Emma. « Et lorsque vous connaîtrez mieux la situation de Jeanne Fairfax, et que vous saurez où elle a été élevée ; que c’est le colonel et madame Campbell qui ont pris soin de son éducation, je suis persuadée que vous ne supposerez plus que ses talens soient enfouis. » ”
“ Tout en faisant son choix, Frank Churchill reprit : — Mais je vous demande pardon, Mademoiselle Woodhouse, de vous avoir interrompue ; soyez assez bonne pour répéter ce que vous disiez au moment de ma manifestation d’amor patriæ. — Je demandais simplement si vous aviez des rapports fréquents avec Mlle Fairfax à Weymouth ? — Votre question, je l’avoue, m’embarrasse un peu. L’appréciation du degré d’intimité est le privilège de la femme. Je ne voudrais pas me compromettre en prétendant à plus qu’il ne plaît à Mlle Fairfax d’accorder. ”
“ Emma trouva encore dans les confidences de Mme Weston matière à amères réflexions : elles augmentèrent en effet son estime et sa compassion pour Mlle Fairfax. « Combien je regrette, pensait-elle, de ne pas avoir cherché à la mieux connaître ; si j’avais suivi les conseils de M. Knightley et choisi Jane Fairfax pour amie au lieu d’Henriette Smith, je n’aurais très probablement connu aucune des souffrances qui m’accablent aujourd’hui. La naissance, les talents, l’éducation étaient des titres de recommandation que je n’aurais pas dû négliger. » ”
“ Voici une récente série de mélodies irlandaises : elles ont été envoyées avec le piano. Rien d’étonnant venant d’un tel milieu. C’est une aimable pensée du colonel Campbell, n’est-ce pas ? Il savait que Mlle Fairfax ne pouvait pas se procurer de musique ici. Je tiens pour particulièrement touchante cette partie du présent ; rien n’a été fait vite, rien incomplètement. La véritable affection est seule capable de trouver des attentions aussi délicates. Emma jeta un regard à la dérobée vers Jane Fairfax et surprit la trace d’un sourire : la rougeur cachait mal les marques d’une joie intérieure. ”
“ Je n’ai jamais donné une pensée de ce genre à Jane Fairfax : c’est une jeune personne accomplie, je me plais à le reconnaître ; pourtant Jane Fairfax elle-même n’est pas parfaite : la franchise de caractère qu’un homme désirerait chez sa femme lui fait défaut. Cette constatation fut loin d’être désagréable à Emma et elle dit : — Eh bien ! Je suppose que vous avez imposé silence à M. Cole, sans délai. — Oui, immédiatement. Il me pria de l’excuser et parla d’autre chose. — Je me demande de quelle manière Mme Elton désigne les Cole quand elle parle d’eux. Elle vous appelle : Knightley ! ”
“ Croyez à ma sincère reconnaissance pour toutes les bontés passées et permettez-moi de vous remercier par anticipation des attentions que votre cœur vous suggérera à l’égard de Mlle Fairfax. Vous jugerez sans doute que mon bonheur surpasse mon mérite : c’est aussi tout à fait mon opinion. Mlle Woodhouse m’appelle l’enfant chéri de la Fortune. ”
“ Pourquoi se marierait-il ? N’est-il pas heureux ? Il a sa ferme, ses troupeaux, sa bibliothèque ; il s’occupe des affaires de la paroisse ; d’autre part, il ressent beaucoup d’affection pour les enfants de son frère. Il n’a aucune raison de se marier : son temps est pris et son cœur n’est pas sevré de tendresse. — Ma chère Emma, il se peut qu’il en soit ainsi ; mais s’il aime Mlle Fairfax... — Quelle idée ! Jane Fairfax lui est indifférente, du moins au point de vue de l’amour. Il ferait à elle ou à sa famille tout le bien possible mais... — Eh bien, répondit Mme Weston en riant. ”
“ D’autre part, ajouta M. Knightley, soyez sûre que Mme Elton, pour parler à Jane Fairfax, renonce à son ton d’humiliante protection. Nous savons tous, par expérience, combien diffère le langage selon qu’on emploie la troisième ou la seconde personne : nous sentons la nécessité de plus grands ménagements dans nos rapports directs avec nos semblables ; nous gardons pour nous, en présence de l’intéressé, les conseils que nous ne lui ménagions pas une heure auparavant. De plus, en dehors de cette règle générale, Mlle Fairfax tient Mme Elton en respect par sa supériorité d’esprit et de manières ”
“ Je pense comme vous, s’écria Emma, avec sensibilité, si l’on peut excuser une femme qui ne pense qu’à elle-même, c’est sans doute à celle qui se trouve dans la position de Jeanne Fairfax. D’elle on peut presque dire, comme elle n’a rien dans ce monde, elle ne doit pas être sujette à ses lois. ”
“ Le regret d’avoir entraîné sa protégée Harriet dans de pénibles mésaventures d’amour, la peine d’avoir blessé une bonne vieille fille, le remords d’avoir étourdiment rendu plus pénible à Jane Fairfax le secret de ses fiançailles avec Frank Churchill, suffisent pour la ramener au bon sens. Ses défauts ne lui enlèvent rien de notre sympathie. Sa manie de marier ses amies est réjouissante sans être grotesque, c’est pour elle un jeu de jeune fille qui se croit déjà une personne importante, et il ne se mêle aucun calcul à ses petites manœuvres. ”
“ Emma pensa d’abord à elle-même et puis à Henriette. « C’est bien plus qu’un attachement, reprit madame Weston, c’est un engagement, et un engagement positif. Que direz-vous, Emma, que diront tous ses amis, toutes ses connaissances, quand on saura que Frank Churchill et mademoiselle Fairfax sont engagés l’un à l’autre, et cela depuis long-temps ! » Emma sauta de surprise, et frappée d’horreur s’écria : « Jeanne Fairfax ! Grand Dieu ! Vous ne parlez pas sérieusement ? Vous ne le pensez pas ? » ”
“ Ma chère Emma, ayez la bonté de dire, soit par votre contenance, soit par vos discours, tout ce qui pourra le mettre à son aise sur ce mariage. C’est ce qu’il y a de mieux à faire. L’on ne peut rien dire contre mademoiselle Fairfax. ”
“ Je suis tout à fait de son avis lorsqu’il dit qu’il est plus heureux qu’il ne mérite ; mais comme il paraît être véritablement épris de mademoiselle Fairfax, et que vraisemblablement il aura l’avantage d’être constamment avec elle, je suis porté à croire que son caractère s’améliorera, et par ses bons avis acquerrera la stabilité et la délicatesse qui lui manquent. Maintenant parlons d’autre chose ; j’ai à présent fort à cœur les intérêts d’une autre personne, ce qui m’engage à oublier Frank Churchill. Depuis que je vous ai quittée ce matin, Emma, mon esprit a été fort occupé d’un objet. ”
“ Tout à fait délicieux en effet ; il me serait, du reste, difficile de ne pas en convenir, car je suppose que Mlle Woodhouse et M. Frank Churchill sont à portée de la voix ! Mais il n’y a pas d’inconvénient à parler aussi des autres. À mon avis, Mlle Fairfax danse avec une extrême élégance et je considère Mme Weston comme la plus parfaite exécutante de musique de danse qui soit en Angleterre ! ”
“ Pendant la maladie de Mlle Fairfax, elle s’était arrêtée en voiture à la porte des Bates, mais elle n’avait pas franchi le seuil de la maison depuis le lendemain de l’excursion de Box Hill ; ce jour-là, l’évidente détresse de la jeune fille qui s’enfuyait avait éveillé sa compassion, bien qu’elle ne soupçonnât pas alors l’acuité de cette souffrance. ”
“ Ma chère demoiselle Woodhouse, on peut faire beaucoup, lorsqu’on ose agir... Vous et moi n’avons rien à craindre : si nous donnons l’exemple, nous serons suivies par plusieurs personnes, qui, quoiqu’elles ne soient pas dans la même situation que nous, feront néanmoins ce qu’elles pourront. Nous avons des voitures, et nous vivons de manière que l’addition de Jeanne Fairfax, en quelque temps que ce soit, ne gênerait en rien. Je serais très-mécontente que Wright, en aucun temps, m’envoyât un dîner, qui me fit regretter d’avoir invité mademoiselle Fairfax et quelques autres à le partager. ”
“ Rappelez-vous combien peu de temps j’ai pu m’arrêter à Randalls et dans quel état d’émotion et d’agitation je me trouvais ; je ne me sens guère mieux encore : je suis tour à tour le plus heureux et le plus malheureux des hommes : quand je pense à votre bonté et à celle de mon père, à la générosité de mon oncle, je suis fou de joie ; mais quand je me rappelle tout le tourment que j’ai causé à Mlle Fairfax, je me sens en fureur contre moi-même. ”
“ Je ne connais pas d’homme, — je ne dirai pas plus galant, — mais plus humain : étant donné l’état de santé de Jane Fairfax, il aura jugé que l’humanité commandait cette intervention. Nous sommes arrivés ensemble, mais il n’a fait aucune allusion qui pût le trahir. — Pour ma part, dit Mme Weston, je n’attribue pas sa conduite à des motifs aussi désintéressés ; en écoutant Mlle Bates un soupçon m’est entré dans la tête et je n’ai pu m’en débarrasser, plus j’y pense et plus cette hypothèse me paraît plausible. Pour ne rien vous céler, j’ai imaginé un mariage entre M. Knightley et Mlle Fairfax. ”
“ M. Frank Churchill ne sait plus quoi dire quand vous parlez de la position sociale de Mlle Fairfax. Je vais m’éloigner un peu. — Je me souviens seulement, reprit Emma en se tournant vers Frank Churchill, que Mme Weston a toujours été ma meilleure amie. Il parut apprécier et honorer un tel sentiment. Les gants achetés, ils quittèrent le magasin et Frank Churchill demanda : — Avez-vous jamais entendu Mlle Fairfax jouer du piano ? — Je l’ai entendue chaque année de ma vie depuis nos débuts à toutes deux ; c’est une musicienne remarquable. ”
“ D’autre part, c’est une très heureuse circonstance pour Frank qu’il se soit épris d’une jeune fille d’un caractère si sérieux et d’un jugement si parfait ; telle est, du moins, l’opinion que j’avais toujours eue de Mlle Fairfax, et je suis disposée à lui conserver mon estime, malgré cet écart à la règle du devoir : en considération des difficultés de sa position sociale, je lui accorde des circonstances atténuantes. — Vous avez raison, reprit Emma avec cœur. Si une femme peut être excusable de ne penser qu’à elle-même, c’est bien dans une situation de ce genre. ”
“ Il n’est plus question d’intimité entre moi et Mlle Fairfax. Je n’ai aucune raison d’avoir mauvaise opinion d’elle ; toutefois une si perpétuelle prudence en paroles et en actes, une crainte si excessive de donner un renseignement ne sont pas naturelles : on ne se tient pas à ce point sur ses gardes, sans raison. Ils demeurèrent d’accord sur ce sujet comme sur les autres. Frank Churchill ne répondait pas exactement à l’idée qu’Emma se faisait de lui : il s’était révélé moins homme du monde d’un certain côté, moins enfant gâté de la fortune, qu’elle n’avait anticipé. ”
“ Vous avez parfaitement raison, madame Weston, dit vivement M. Knightley, mademoiselle Fairfax est aussi capable que nous de juger de madame Elton. Si elle eût pu choisir sa société, elle ne l’eût pas préférée ; mais (avec un souris de reproche à Emma) elle reçoit de madame Elton des attentions que personne ne lui offre. ”
“ Il est difficile de discerner le mobile de cette résignation : douceur de caractère ou manque d’intelligence, vivacité d’amitié ou apathie. De toute façon, Mlle Fairfax devait se sentir extrêmement gênée. — Je ne puis pas dire si... — Oh ! ne croyez pas que j’attende de vous une analyse des sensations de Mlle Fairfax ! Elle ne fait de confidences à personne ; mais le fait d’accepter de se mettre au piano, toutes les fois que M. Dixon le lui demandait, prête à des interprétations objectives. ”
“ Le bonheur parfait, même en imagination, est rare. Il y avait deux points sur lesquels Emma n’était pas parfaitement tranquille, elle craignait d’avoir transgressé les règles de la solidarité féminine en confiant ses soupçons sur les sentiments intimes de Jane Fairfax à Frank Churchill ; toutefois elle se sentait flattée d’avoir gagné si complètement le jeune homme à ses vues et le succès la portait à se montrer indulgente pour elle-même. L’autre raison de remords avait aussi rapport à Mlle Fairfax ”
“ Son attention fut éveillée pour la première fois pendant un dîner à Randalls où Jane Fairfax et les Elton étaient également invités ; à plusieurs reprises Frank Churchill avait regardé Jane Fairfax d’une façon significative et M. Knightley, malgré son désir d’éviter tout écart d’imagination, ne put s’empêcher d’être frappé d’une attitude si étrange chez un admirateur passionné de Mlle Woodhouse. ”
“ Je ne doute pas de leurs bonnes intentions mais deux suppositions s’imposent : ou bien M. Dixon après avoir fait sa demande à Mlle Campbell est tombé amoureux de l’amie de fiancée ou bien Mlle Fairfax n’a pas su cacher au fiancé de son amie l’attachement qu’il lui avait inspiré. Il doit y avoir eu une raison grave pour déterminer Mlle Fairfax à venir à Highbury au lieu d’accompagner les Campbell en Irlande : ici elle mène une vie de recluse, là les plaisirs se seraient succédé. ”
