Résumé

E. Chartier Revue de métaphysique et de morale

Quelles que soient les difficultés d’un problème qui, comme tout problème, ne saurait être traité d’abord dans toute sa complexité, il reste vrai que les événements ne peuvent pas s’organiser d’eux-mêmes pour former la durée : tout événement en lui-même est instantané. Ce qui dure, ce qui s’organise, ce qui est comme faisant partie d’un ordre, c’est la pensée de cet événement. Le temps naturel ne peut pas être un ordre de succession entre des faits, mais un ordre de dépendance entre des idées.
Le temps n’est donc pas une forme de l’existence, mais une forme de la pensée.
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E. Chartier Revue de métaphysique et de morale

Un souvenir vrai étant un souvenir mien, ce système de souvenirs hors duquel il n’y a que vagues réminiscences et absurdes fictions est bien ce que j’appelle « Je » ou « Moi ».
Que d’ailleurs l’unité du moi soit une unité intelligible, et non une unité de fait, c’est ce qui est évident. L’unité, en quelque ordre d’idées ou d’images que ce soit, ne peut jamais être constatée comme un fait, car nous ne constaterons jamais à chaque moment qu’un élément de cette unité, à l’exclusion des autres. De plus, comment pourrait-on bien constater comme un fait l’identité et l’immutabilité du moi ?
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E. Chartier Revue de métaphysique et de morale

Le corps est donc le résultat de la conservation, bien loin d’en être la cause. Ce qui rend possible à la fois la permanence du corps et la conservation des souvenirs, c’est la survivance de tout acte de pensée, c’est l’implication nécessaire de ce qui a été connu dans ce qui est connu. L’espace exclut les uns des autres les éléments de tout ce qui est connu, de sorte que nous ne pouvons rien connaître que dans la succession. Mais la succession, c’est la destruction, car il n’y a succession que si ce qui est cesse d’être.
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