“ La liberté même de chaque individu n’est que la résultante, reproduite continuellement, de cette masse d’influences matérielles et morales exercée sur lui par tous les individus qui l’entourent, par la société au milieu de laquelle il naît, se développe et meurt. Vouloir échapper à cette influence au moyen d’une liberté transcendante, divine, absolument égoïste et suffisante à elle-même, est la tendance au non-être ; vouloir renoncer à l’exercer sur les autres signifie renoncer à toute action sociale, à l’expression même de ses pensées et de ses sentiments et se résout aussi dans le non-être. ”
Résumé
“L’anarchie”, est une œuvre de Errico Malatesta. Des thèmes tels que le bien-être, le gouvernement ou la solidarité y sont abordés.
Citations de L’anarchie (Errico Malatesta)
“ Est-ce que sera, au contraire, un gouvernement élu au suffrage universel et qui émanerait donc, de façon plus ou moins exacte, des volontés de la majorité ? Mais si vous estimez ces braves électeurs incapables de s’occuper eux-mêmes de leurs propres intérêts, comment sauront-ils donc choisir les bergers qui doivent les guider ? Et comment pourront-ils donc résoudre ce problème d’alchimie sociale : faire jaillir l’élection d’un génie du vote d’une masse d’imbéciles ? Et que deviendront les minorités qui sont la partie la plus intelligente, la plus active, la plus avancée d’une société ? ”
“ Tout au long de l’Histoire, tout comme à l’époque actuelle, le gouvernement est soit la domination brutale, violente, arbitraire d’un petit nombre sur les masses ; soit un instrument destiné à garantir leur domination et le privilège à ceux qui par force, ruse ou héritage, ont accaparé tous les moyens d’existence, dont la terre d’abord, et s’en servent pour tenir le peuple en esclavage et le faire travailler pour leur propre compte. ”
“ Pas un individu ne peut reconnaître sa propre humanité, ni par conséquent la réaliser dans la vie, si ce n’est en la reconnaissant dans les autres et en coopérant à sa réalisation pour les autres. Aucun homme ne peut s’émanciper s’il n’émancipe avec lui tous les hommes qui l’entourent. Ma liberté est la liberté de tous, puisque je ne suis réellement libre, libre non seulement en idée mais en fait, que quand ma liberté et mon droit trouvent leur confirmation et leur sanction dans la liberté et le droit de tous les hommes, mes égaux. ”
“ Nous avons vu que loin d’être une condition nécessaire de la vie humaine, l’état de lutte est contraire aux intérêts des individus et de l’espèce humaine. Nous avons vu que la loi du progrès humain, c’est la coopération, la solidarité et nous en avons conclu que si on abolit la propriété individuelle et toute domination de l’homme par l’homme, le gouvernement n’a plus aucune raison d’exister et doit être aboli. ”
“ Abolir l’autorité, abolir le gouvernement, cela ne veut pas dire détruire les forces individuelles et collectives qui agissent au sein de l’humanité, ni détruire les influences que les hommes exercent mutuellement les uns sur les autres : cela, ce serait réduire l’humanité à l’état d’une masse d’atomes coupés les uns des autres et inertes, ce qui est impossible et serait, si jamais c’était possible, la destruction de toute société, la mort de l’humanité. ”
“ Abolir l’autorité, cela veut dire abolir le monopole de la force et de l’influence ; abolir cet état de choses qui fait de la force sociale, autrement dit la force de tous, un instrument de la pensée, de la volonté, des intérêts d’un petit nombre d’individus qui, en utilisant la force de tous, suppriment la liberté de chacun à leur propre avantage et à l’avantage de leurs idées ; cela veut dire détruire un mode d’organisation sociale qui fait que, entre deux révolutions, l’avenir est accaparé au profit de ceux qui ont été les vainqueurs d’un moment. ”
“ Cette irruption de la domination et de l’exploitation au sein de l’association humaine a affligé l’humanité de maux innombrables. Mais malgré l’oppression terrible à laquelle les masses ont été soumises, malgré la misère, les vices, les crimes, malgré cette dégradation que la misère et l’esclavage entraînent aussi bien chez les esclaves que chez les patrons, malgré les haines accumulées, les guerres exterminatrices, l’antagonisme des intérêts artificiellement créés, l’instinct social a survécu et s’est développé. ”
“ Du reste, pour comprendre comment une société peut vivre sans gouvernement, il suffit d’observer un peu en profondeur ce qui se passe dans la société telle qu’elle est aujourd’hui. On y verra qu’en réalité la plus grande partie, la partie essentielle de la vie sociale s’accomplit même aujourd’hui en dehors de l’intervention du gouvernement ; que le gouvernement n’intervient que pour exploiter les masses et défendre les privilégiés et que, pour le reste, il ne fait qu’entériner, bien inutilement, tout ce qui se fait sans lui, et souvent malgré lui et contre lui. ”
“ Pour eux, le gouvernement, et plus abstraitement encore, l’État, c’est le pouvoir social abstrait ; c’est le représentant, abstrait toujours, des intérêts généraux ; c’est l’expression du droit de tous considéré comme limite aux droits de chacun. Et cette façon de concevoir le gouvernement a le soutien des intéressés pour qui l’important, c’est que le principe d’autorité soit sauf et qu’il survive toujours aux coups que lui portent ceux qui se succèdent dans l’exercice du pouvoir et aux erreurs qu’ils commettent. ”
“ Le sentiment de la solidarité est loin d’être dominant chez les hommes d’aujourd’hui, et s’il est vrai que les hommes sont et deviennent toujours plus solidaires les uns des autres, il n’en reste pas moins vrai que ce qui se voit le plus et ce qui laisse l’empreinte la plus profonde sur le caractère des hommes, c’est la lutte pour l’existence que chacun mène quotidiennement contre tous, c’est la rivalité qui harcèle tout le monde, ouvriers et patrons, et qui fait que l’homme est un loup pour l’homme. ”
“ Détruire la propriété individuelle et abolir les gouvernements qui existent actuellement sans mettre sur pied un nouveau gouvernement qui organiserait la vie collective et garantirait la solidarité, sociale, ce ne serait pas abolir les privilèges ; ce ne serait pas apporter au monde la paix ni le bien-être : ce serait briser tout lien social, ramener l’humanité à la barbarie et au règne du chacun pour soi qui est le triomphe d’abord de la force brutale et ensuite du privilège économique. ”
“ La sensibilité s’étant affinée avec la multiplication des rapports sociaux, et grâce à l’habitude que des milliers de siècles de transmission héréditaire ont imprimée à l’espèce humaine, ce besoin de vie sociale et d’échange de pensée et d’affection entre les hommes est devenu une manière d’être nécessaire de notre organisme, s’est transformé en sympathie, en amitié, en amour, et subsiste indépendamment des avantages matériels que l’association procure ; à tel point que pour satisfaire ce besoin, l’homme affronte souvent des souffrances de toute sorte, et même la mort. ”
“ Les hommes travaillent, procèdent aux échanges, étudient, voyagent, suivent comme ils l’entendent les règles de la morale et de l’hygiène, profitent des progrès de la science et de l’art, entretiennent entre eux une infinité de rapports, sans ressentir le besoin que quiconque leur impose la façon de se conduire. Au contraire, c’est précisément là où il n’y a pas ingérence du gouvernement que les choses vont le mieux, qu’elles prêtent le moins à contestation et qu’elles s’arrangent, par la volonté de tous, de façon à ce que tous y trouvent leur utilité et leur plaisir. ”
“ Aujourd’hui, l’extrême développement qu’a connu la production, la croissance de ces besoins qui ne peuvent être satisfaits que par le concours d’un grand nombre d’hommes de tous les pays, les moyens de communication, l’habitude des voyages, la science, la littérature, les affaires, les guerres même, tout cela a resserré et resserre toujours plus les liens des hommes entre eux, faisant de l’humanité un seul corps dont les différentes parties, solidaires entre elles, ne peuvent trouver leur plein épanouissement et la liberté de se développer que dans la santé des autres parties et du tout. ”
“ L’existence de ce préjugé et son influence sur le sens qui a été donné au mot anarchie s’expliquent facilement.Comme tous les êtres vivants, l’homme s’adapte et s’habitue aux conditions dans lesquelles il vit, et il transmet, par hérédité, les habitudes qu’il a acquises. C’est ainsi qu’étant né et ayant vécu dans les chaînes, et étant l’héritier d’une longue série d’esclaves, l’homme a cru, quand il a commencé à penser, que l’esclavage était la caractéristique même de la vie, et la liberté lui est apparue comme quelque chose d’impossible. ”
“ Le gouvernement ou, comme on dit, l’Etat, juge ; l’Etat, modérateur de la lutte sociale ; l’État, administrateur impartial des intérêts du public, tout cela est mensonge, illusion, utopie jamais réalisée et qui ne se réalisera jamais.Si vraiment les intérêts des hommes devaient être contraires les uns aux autres ; si vraiment la lutte entre les hommes était nécessairement la loi des sociétés humaines et que la liberté de chacun devait trouver ses limites dans la liberté des autres, alors chacun chercherait toujours à faire triompher ses propres intérêts sur ceux des autres ”
“ Quand dans les insurrections, le peuple a voulu faire respecter la propriété privée — bien à tort —, il l’a fait respecter mieux que n’aurait pu le faire toute une armée de policiers.Les coutumes suivent toujours les besoins et les sentiments de l’ensemble des gens ; et elles sont d’autant plus respectées qu’elles sont moins soumises à l’approbation des lois, parce qu’alors tous en voient et en comprennent l’utilité et que les intéressés, ne se faisant aucune illusion sur la protection que peut apporter le gouvernement, pensent eux-mêmes à les faire respecter. ”
“ L’Etat est toujours un pouvoir conservateur qui authentifie, régularise, organise les conquêtes du progrès (et l’Histoire montre encore qu’il les dirige à son propre profit et au profit de la classe privilégiée — note de Malatesta) mais ne les inaugure jamais. Elles ont toujours leur origine dans le bas. Elles naissent dans le fond de la société, de la pensée individuelle, qui se divulgue ensuite, devient opinion, majorité, mais doit toujours rencontrer sur ses pas et combattre dans les pouvoirs constitués la tradition, l’habitude, le privilège et l’erreur. ”
“ Dans la nature comme dans la société humaine, qui n’est autre chose que celle même nature, tout ce qui vit ne vit qu’à la condition suprême d’intervenir, de la manière la plus positive et aussi puissamment que sa nature le comporte, dans la vie des autres. L’abolition de cette influence mutuelle serait la mort, et quand nous revendiquons la liberté des masses, nous ne prétendons abolir aucune des influences naturelles que les individus ou les groupes d’individus exercent sur elles : ce que nous voulons, c’est l’abolition des influences artificielles, privilégiées, légales, officielles. ”
“ Cette seconde méthode, c’est-à-dire le libéralisme, est en théorie une sorte d’anarchie sans socialisme ; c’est pourquoi elle n’est que mensonge, car la liberté n’est pas possible sans l’égalité et la véritable anarchie ne peut pas exister en dehors de la solidarité, en dehors du socialisme. Toute la critique que les libéraux font du gouvernement se limite à vouloir lui enlever un certain nombre d’attributions et à appeler les capitalistes à se les disputer. ”
“ S’il en était autrement, si le gouvernement menaçait de devenir hostile à la bourgeoisie, si la démocratie pouvait un jour être autre chose qu’un leurre pour tromper le peuple, la bourgeoisie menacée dans ses intérêts s’empresserait de se révolter et emploierait toute la force et toute l’influence qui lui viennent de ce qu’elle possède la richesse pour rappeler le gouvernement à son rôle de simple gendarme à son service. ”
“ Pour une véritable défense sociale, pour défendre le bien-être et la liberté de tous, rien n’est plus pernicieux que l’existence de ces classes que le prétexte de défendre tout le monde fait vivre, qui s’habituent à voir en tout un chacun un gibier à mettre en cage et qui vous frappent sans savoir pourquoi, sur l’ordre d’un chef, comme des tueurs à gages inconscients. ”
“ Si donc un jour, les masses opprimées se refusaient à travailler pour les autres, si elles enlevaient aux propriétaires la terre et les instruments de travail et les utilisaient pour leur compte et à leur profit, c’est-à-dire pour le compte et au profit de tous, si elles voulaient ne plus subir aucune domination, ni de la force brutale ni du privilège économique, si la fraternité entre les peuples et le sentiment de solidarité humaine renforcé par la communauté des intérêts mettaient fin aux guerres et aux conquêtes, le gouvernement aurait-il encore une raison d’être ? ”
“ Par ailleurs, les masses opprimées ne se sont jamais complètement résignées à l’oppression et à la misère et elles montrent qu’elles ont soif de justice, de liberté, de bien-être, aujourd’hui plus que jamais. Elles commencent à comprendre qu’elles ne pourront jamais s’émanciper que grâce à l’union, grâce à la solidarité de tous les opprimés et de tous les exploités du monde entier. ”
“ Le gouvernement, c’est un certain nombre de personnes chargées de faire les lois et habilitées à se servir de la force de tous pour obliger chacun à les respecter : il constitue déjà, de ce fait, une classe privilégiée et séparée du peuple. Comme tout corps constitué, il cherchera instinctivement à élargir ses attributions, à se soustraire au contrôle du peuple, à imposer ses propres tendances et à faire prédominer ses propres intérêts particuliers. Placé dans une situation privilégiée, le gouvernement se trouve déjà en antagonisme avec la masse, dont il détourne la force pour en disposer. ”
“ Chez les hommes, au contraire, la lutte tend à élargir toujours plus l’association entre les hommes, à rendre leurs intérêts solidaires, à développer chez chacun des hommes le sentiment d’amour pour tous les hommes, à vaincre et dominer la nature extérieure, grâce à l’humanité et pour l’humanité. Toute lutte dont le but est de conquérir des avantages indépendamment des autres ou contre eux contredit la nature sociale de l’homme moderne et tend à le repousser vers l’animalité. ”
“ Parlons plutôt de ces associations qui s’inspirent de l’amour pour les autres, nos semblables, ou de la passion de la science, ou encore du désir simplement de se divertir ou de se faire applaudir : ce sont elles qui préfigurent le mieux ce que seront les groupements dans une société où la propriété individuelle ayant été abolie et où la lutte intestine entre les hommes n’existant plus, chacun trouvera son intérêt dans l’intérêt de tous et sa plus grande satisfaction à faire le bien et à faire plaisir aux autres. ”
“ Ce qui existe réellement, c’est l’homme, c’est l’individu : la société ou collectivité — et l’Etat ou gouvernement qui prétend la représenter — ne peuvent être que des abstractions vides si elles ne sont pas des ensembles d’individus. C’est de l’organisme de chaque individu que tirent nécessairement leur origine toutes les pensées et tous les actes des hommes, pensées et actes qui d’individuels deviennent collectifs quand ils sont ou deviennent communs à beaucoup d’individus. ”
“ Et s’il n’y en avait pas, là encore, ce n’est pas un gouvernement qui pourrait les créer.En abolissant le gouvernement et la propriété individuelle, la révolution ne créera pas de forces qui n’existent pas. Mais elle laissera à toutes les forces et à toutes les capacités qui existent le champ libre pour se déployer ; elle détruira toute classe intéressée à maintenir les masses dans l’abrutissement ; et elle fera en sorte que chacun pourra agir et avoir une influence en proportion de ses capacités et conformément à ses passions et à ses intérêts. ”
“ Qui peut prévoir quelles activités prendront leur essor quand l’humanité se sera affranchie de la misère et de l’oppression ? Quand il n’y aura plus ni esclaves ni patrons et que la lutte contre les autres, avec les haines et les rancœurs qui en découlent, ne sera plus une nécessité de la vie ? Qui peut prévoir les progrès de la science, les moyens nouveaux de production, de communication, etc. ”
“ À quiconque prétendrait qu’une action ainsi organisée serait un attentat contre la liberté des masses, une tentative de créer un nouveau pouvoir autoritaire, nous répondrons qu’il n’est qu’un sophiste et un sot. Tant pis pour ceux qui ignorent les lois naturelles et sociales de la solidarité humaine au point d’imaginer qu’une absolue indépendance mutuelle des individus et des masses soit une chose possible ou, au moins, durable. ”
“ Si, pour les hommes, vivre c’est lutter les uns contre les autres, il y a naturellement des vainqueurs et des perdants : le prix de la lutte, c’est le gouvernement qui est un moyen pour garantir aux vainqueurs les résultats de la victoire et les perpétuer ; et il est bien certain que jamais il n’ira à ceux qui auront perdu, que la lutte ait lieu sur le terrain de la force physique ou intellectuelle, ou qu’elle ait lieu sur le terrain économique. ”
Termes fréquents
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