“ Tout est fini ? Le soleil est levé ? demanda-t-il anxieusement, et il saisit le prince par le bras : — quelle heure est-il ? Pour l’amour de Dieu, quelle heure ? J’ai trop dormi. Ai-je dormi longtemps ? ajouta-t-il avec une sorte de désespoir, comme si le sommeil lui avait fait manquer une affaire d’où dépendit toute sa destinée. — Vous avez dormi sept ou huit minutes, répondit Eugène Pavlovitch. Hippolyte le regarda avidement et, pendant quelques secondes, recueillit ses idées. — Ah... seulement ! Alors je... Et il respira longuement comme un homme soulagé d’un fardeau très-pénible. ”
Fédor Dostoïevski
Résumé
L’Idiot, publié en 1869 par Fédor Dostoïevski, explore les tensions entre l’âme humaine et la société russe du XIXe siècle. Ce roman, centré sur le prince Lévietch Léontiev, suit ses relations conflictuelles avec des figures comme Nastasia Philippovna et Aglaé, révélant des thèmes de moralité, d’identité et de souffrance.
Les dialogues intenses et les descriptions psychologiques mettent en lumière les contradictions des personnages, notamment leur lutte entre idéalisme et réalité. L’œuvre, marquée par des réflexions sur la compassion et la déshumanisation, reste un miroir percutant de l’âme humaine.
Citations de L’Idiot (Fédor Dostoïevski)
“ Qu’est-ce qui ne défile pas dans ses oremus d’ivrogne ? Il a prié pour le repos de l’âme de la comtesse Du Barry, je l’ai entendu de mes oreilles ; Kolia l’a entendu aussi : il a complètement perdu l’esprit ! — Vous voyez, vous entendez comme il me bafoue, prince ! s’écria en rougissant Lébédeff hors de lui. — Je puis être un ivrogne, un débauché, un être malfaisant, un voleur, mais j’ai du moins une chose pour moi : il ne sait pas, ce persifleur, que, quand il est venu au monde, c’est moi qui l’ai emmailloté, moi qui l’ai lavé. ”
“ Lorsque son regard d’aigle se fixa sur moi, une flamme s’alluma probablement dans mes yeux, car il s’écria : « Voilà un gaillard bien éveillé ! » Puis il me demanda : « Qui est ton père ? » Je lui répondis aussitôt d’une voix presque étranglée par l’émotion : « Un général qui est mort sur les champs de bataille de sa patrie. » — « Le fils d’un boyard et d’un brave par-dessus le marché ! J’aime les boyards. M’aimes-tu, petit ? » La réponse jaillit instantanément de mes lèvres : « Un cœur russe sait distinguer le grand homme même dans l’ennemi de sa patrie ! » ”
