“ Bourdovsky reprit silencieusement sa place et baissa la tête comme un homme plongé dans une profonde rêverie. Après lui se rassit de même le neveu de Lébédeff, qui s’était levé pour accompagner son ami ; quoique Doktorenko n’eût perdu ni sa présence d’esprit ni son assurance, il paraissait fort désappointé. Hippolyte avait l’air maussade, chagrin et surtout étonné. En ce moment, du reste, il eut un si violent accès de toux que le mouchoir qu’il avait porté à ses lèvres fut couvert de sang. Le boxeur était presque terrifié. ”
Citations sur “Lébédeff”
“ Chose plus étrange encore, Hippolyte et le « fils de Pavlichtcheff » paraissaient légèrement étonnés aussi ; le mécontentement du neveu de Lébédeff était visible. Seul le boxeur restait parfaitement calme, il tordait ses moustaches avec une gravité compassée, et, s’il baissait un peu les yeux, ce n’était point certes par confusion, mais, semblait-il, par une noble modestie, comme un homme qui ne veut pas triompher insolemment. Il était clair que l’article lui plaisait au plus haut point. ”
Pierre-Sébastien Laurentie,
Le Duc de Lévis . (Signé : Laurentie…
(1863)
“ Et c'est ici tout l'homme, mais c'est aussi tout le prinee. Il y avait en ces deux natures très différentes, l'une plus sympathique, l'autre plus contenue, de tels liens de devoir, de confiance et d'affection, que l'une n'aurait pu être blessée sans que l'autre le fût à la fois. Chacun sentait ce qu'il y avait de profond en cette communauté de pensée ; de là la foi dans la parole du duc de Lévis ; on y croyait comme à la parole du Prince. C'est pourquoi, lorsque le duc de Lévis s'en venait passer quelques mois en France, il était pour tous comme une image du prince absent ”
Alfred Nettement,
Henri de France ou histoire des Bourbons de la branche aînée pendant quarante ans d'exil…
(1875)
“ Quand le cours des études de M. le duc de Bordeaux fut terminé et que l'èvêque d'Hermopolis le quitta, le duc dE Lévis vint occuper, auprès du jeune Prince, la première place. Le duc de Lévis appartenait à la génération qui était en 1836 dans toute la force de la vie. Fils d'un homme célèbre par son esprit et qui fit élever son fils au lycée Bonaparte, le duc de Lévis avait servi activement dans l'armée; il avait fait, en qualité de chef de bataillon, la campagne d'Espagne sous la Restauration, et il avait pris part avec distinction, comme colonel du 54e, à la campagne de Morée. ”
Gabrielle Réval,
Les Sèvriennes
“ D’un geste, M. Legouff les prie de s’asseoir, offre la droite à Mlle Ladièze qui rayonne, puis éparpille sur le tapis vert, les feuillets de sa conférence.Comme il est vieux ! Il a bientôt nonante ans ! mais qui le croirait, à le voir si droit, si vif, si remuant. Il est debout, il est assis, il marche, il est partout ; sa parole est en mouvement, soutenue par de petits gestes, par un regard qui court éveiller tous les yeux. ”
Paul Duplessis,
Les Boucaniers/Tome IV
“ Je n’ai vu le baron Legoff que deux fois dans ma vie ; seulement, la première fois, son entrée en matière a été si magnifique, qu’il m’a tout à fait séduit. D’abord, je suis l’ami de tous ceux qui me prêtent de l’argent, moi. — Et vous n’avez pas honte d’Aubigné, s’écria la marquise en rougissant de colère, de me proposer de faire admettre dans le particulier du roi un homme dont vous ne savez ni l’origine, ni la position ! qui peut être un aventurier ! pis que cela même ! ”
Paul Duplessis,
Les Boucaniers/Tome IV
“ En effet, de grosses larmes coulaient silencieuses le long des joues du boucanier, brunies par le soleil des tropiques. — Oui, je pleure, répondit Legoff sans songer à cacher sa faiblesse, car ton père, vois-tu, mon brave Louis, avait un cœur comme on n’en retrouve plus sur la terre ; et il m’aimait... ah ! il m’aimait... comme on ne m’aimera plus ! — Je ferai de mon mieux pour le remplacer auprès de vous. — Oui, tu es un brave et loyal garçon, Louis, je le sais. Tu seras reconnaissant de mon dévoûment ; mais, que veux-tu ? il y a dans le cœur humain des mystères inexplicables. ”
Paul Duplessis,
Les Boucaniers/Tome IV
“ Prenez garde, mon cher Louis, interrompit le boucanier d’une voix pleine de mélancolie et de tendresse, prenez garde ! Voilà que, conseillé par votre amour-propre blessé, vous allez provoquer un homme qui supportera vos insultes sans les relever, et vous fera honte par sa résignation, de votre violence ! Entre vous et moi, toute lutte est impossible, toute colère insensée ! Vous me frapperiez au visage que je resterais calme et impassible !... Pourtant, jour de Dieu, ajouta Legoff, dont les yeux s’illuminèrent d’un sinistre éclat, la douceur ne forme pas le fond de mon caractère ! ”
Paul Duplessis,
Les Boucaniers/Tome V
“ Avez-vous travaillé un peu cette nuit ? — Nous avons frotté nos barreaux avec fureur, dit Legoff ; seulement, comme ils sont d’une qualité excellente et quUe nous avions peur d’évailler l’attention de la sentinelle, nous n’avons pu en venir à bout. Il est probable que nous terminerons cette nuit notre besogne. — Du courage, mes gentilshommes ! Je me sauve pour éviter de donner prise aux soupçons. — Eh bien ! Louis, dit Legoff, j’espère que voilà un geôlier au cœur sensible et d’un accommodant caractère. Il semble plus désireux que nous-mêmes de nous voir en liberté. ”
Paul Duplessis,
Les Boucaniers/Tome V
“ Tudieu ! s’écria Legoff en riant, après le départ de son complice, il est impossible de trouver un geôlier qui ait plus envie que le nôtre de se débarrasser de ses pensionnaires ! Quel zèle et quel feu il montre pour notre liberté ! Décidément, ce n’est pas d’un, mais de deux piéges au moins que nous sommes menacés. Après tout, que nous importe ! Une fois armés, nous saurons bien nous tirer d’affaires ! n’est-ce pas, Louis ? ”
Jules Sandeau,
La roche aux mouettes (Quatorzième éd…
(1879)
“ Ceux qui avaient d'abord résisté au sommeil venaient de s'assoupir, quand ils furent tous réveillés en sursaut par l'approche de l'ennemi, qui ne se lassait pas de les poursuivre. La mer avait envahi leur retraite, elle fermait l'entrée du défilé où le flot s'étranglait et se brisait avec furie. Le défilé n'avait pas d'issue, ils étaient pris dans une impasse, enserrés, bloqués de tous les côtés par la roche et par la marée. « A nous, Legoff, à nous! » Legoff n'était plus là, il avait disparu, et avec lui leur unique espoir. « Legoft! Legoff! » ”
Jules Sandeau,
La roche aux mouettes (Quatorzième éd…
(1905)
“ Marc lui-même, sous sa blouse et dans son pantalon d'été, commençait à sentir que les îles désertes étaient des résidences moins enchantées qu'il ne l'avait supposé jusque-là. Legoff ôta sa vareuse et la lui mit sur les épaules : saint Martin n'en eût donné que la moitié. Legoff devait grandir de cent coudées pendant cette nuit mémorable; il allait montrer ce que peuvent, même chez un enfant, dans les situations les plus périlleuses, la présence d esprit, le courage et la résolution. ”
Adolphe François Pannemaker, La roche aux mouettes (1871)
“ Monsieur Legoff, dit Mme Henry en remettant au pêcheur des sels, des cordiaux, une mante qu'elle était allée prendre chez elle en toute hâte, je vous le recommande bien ! Ayez grand soin de lui, mon bon monsieur Legoff! Il est le plus petit, il n'est pas habitué. Il aura eu plus de mal que les autres. ”
Ernest Legouvé,
Nouvelles
(1861)
“ Il la détermina à venir avec lui chez Lefebvre ; elle le suivit, ne demandant pas mieux que de mourir tout d'un coup. Quand le vieux soldat la vit entrer dans sa chambre et en compagnie de cet homme, il eut un de ces accès de demence qui frappent d'une stupide terreur les témoins de semblables scènes. Le voisin resta immobile tandis que Lefebvre bondissant comme une bête fauve s'élançait sur Elisabeth le poing levé; mais avant qu'il fût arrivé à elle, elle s'était affaissée sur ses genoux défaillants, et, l'oeil ouvert et hagard, elle attendait sans dire une parole. ”
Paul Duplessis,
Les Boucaniers/Tome III
“ Je vous remercie sincèrement, monseigneur, de la franchise et de la confiance avec lesquelles vous venez de me parler, dit Legoff ; seulement, permettez-moi de vous faire observer à mon tour que si j’ai mal jugé en vous l’homme de cabinet, vous n’ayez pas mieux compris en moi le boucanier. Mon métier ne consiste pas seulement, comme vous semblez le supposer, à se battre et prendre des navires à l’abordage : l’immense fardeau que je porté depuis dix ans, la terrible responsabilité qui pèse sur moi ont dû nécessairement agrandir mes idées, mûrir mon jugement. ”
Adolphe François Pannemaker, La roche aux mouettes (1871)
“ La nécessité est mère des prodiges. En moins de temps qu'il n'en eût fallu au plus habile ouvrier, Legoff confectionna une échelle volante avec les cordes et le fil de caret qu'il avait trouvés dans la coque brisée de la barque, puis, d'une voix qui résonna comme un clairon au milieu du fracas de l'Océan, il rassembla autour de lui la bande éperdue. ”
Ernest Desprez, Un enfant, t. 2/3
“ Mon bonheur, celui de trois personnes, dont une est mon enfant, me font un devoir, une nécessité de l’enlèvement que je médite. Vous serez deux dans le secret: vous et madame Lefebvre.—Et qu’est-ce que cela peut être? demanda le docteur avec inquiétude...Madame Lefebvre parut en ce moment. Louise l’avait envoyée à la recherche de Gustave; elle lui écrivait pour le prier de revenir près d’elle, de ne pas l’abandonner, de l’excuser... Elle finissait sa lettre par ces mots: «Gustave, pardonnez à une pauvre femme que le chagrin rend folle.» ”
Gabrielle Réval,
Les Sèvriennes
“ M. Legouff a défait le légendaire pardessus vert-bouteille, si bien cambré à la taille ; il pose son gibus aux larges ailes, y glisse gants et mouchoir, s’assied ; d’un geste coutumier, mordille son pouce, et sans préambule, se sentant très écouté, annonce le sujet de sa conférence : Béranger, poète lyrique et national.Où sont-elles donc ?Dans un salon d’antan, où des dames en papillotes, en robes à falbalas, chuchotent en regardant venir le chansonnier, qui puise à petits coups dans sa tabatière, et s’apprête à leur chanter le couplet de Lisette, ou la Sainte-Alliance des peuples ! ”
Paul Féval, Roger Bontemps : histoire d'un notaire et d'une tonne de poudre d'or (1881)
“ J'exécutai une culbute assez bien calculée pour tomber juste en face du Rôdeur-Gris qui me visa, qui me manqua, et qui reçut mon couteau dans la gorge. En conscience, il n'aurait pas eu le temps de dire : « Grand merci ! » Mon pauvre Legoff était mort, et bien mort. Je donnai du manche de mon couteau à travers le front de Gordon Leath pour voir s'il avait quelque chose à réclamer, et je m'assis entre eux deux, ne sachant trop que faire. Aucun de vous n'eût été embarrassé, mais moi, je n'ai pas l'habitude. Chaque fois que je tue un homme, je pense à Me Piédaniel. Il n'a jamais tué personne. ”
Maurice Leblanc,
La Comtesse de Cagliostro
“ À dix heures, Léonard te rejoint. Il a lu les journaux du soir et connaît le suicide de Beaumagnan. À onze heures, on lève l’ancre. À minuit, en pleine mer, on est abordé par un autre bateau. Léonard, qui devient prince Lavorneff, préside au déménagement. Tous les matelots, tous les colis ayant de la valeur, tout cela passe d’un pont à l’autre et, en particulier, bien entendu, la valise que tu remontes du fond de la cale. Et puis, au diable, le Ver-Luisant ! ”
Jules Sandeau,
La roche aux mouettes (Quatorzième éd…
(1905)
“ Legoff lui- même ne pouvait plus rien. Élancé et poli comme un fût de colonne, le bloc, dont les mouettes occupaient le sommet, n'offrait aucune prise et défiait l'escalade. La mer et l'espace les enveloppaient de toutes parts; ils restèrent anéantis devant ces deux immensités. Le ciel avait au-dessus de leurs têtes la morne splendeur des nuits étoilées et sereines ; au-dessous d'eux, l'Océan sans limites poussait à l'assaut de leur dernier refuge ses escadrons de vagues déchaînées. La marée continuait de monter, et la mort montait avec elle. ”
Paul Duplessis,
Les Boucaniers/Tome V
“ Quand on a des ennemis on doit s’attendre à être calomnié, répondit Legoff : la façon dont on vous avait parlé de moi prouve l’acharnement déployé contre ma personne. Je ne connais être au monde qui soit doué d’un caractère plus doux et plus inoffensif que le mien : je pousse l’amour de la tranquillité et de la paix à un tel point que pour éviter un choc ou une discussion, je tombe parfois dans la faiblesse !... ”
“ Sylvestre Legoff était trop Français pour s’obstiner dans le désespoir ; à mesure qu’il plaisantait, il retrouvait sa gaieté ; il était consolé, le premier, par les drôleries dont il s’efforçait de consoler les autres. Déjà, ses soucis étaient loin, et prêt à rire et à s’amuser, il indiquait, de la main, des points dans le salon en disant : — Ici, se tient Charlemagne, en sa haute cathèdre, avec sa barbe florie qui descend sur ses vénérables genoux, ayant couronne en tête, la main de justice dans une des siennes et le globe terrestre dans l’autre. ”
Aurélien Scholl,
Les Gens tarés, par Aurélien Scholl
(1865)
“ On y trouvait le piano, les caries, LES GENS TARÉS 141 les jeux de jardin, la balançoire, — et tout ce qu'il faut pour écrire. Le prince de Zeil devint un assidu, le comte de Rouzoff venait quelquefois, et bien d'autres, — des puissants de cette époque-là. On commença à parler de Lefèvre en termes affectueux : — C'est un homme qu'on a noirci ; on dit beaucoup de mal de lui, mais il appartient au meilleur monde. XXII Robert se rendit le lendemain à l'heure indiquée chez Jacques Lefèvre. Celui-ci l'attendait, prêt à sortir, la canne à. la main, le chapeau sur la tète. ”
Gabrielle Réval,
Les Sèvriennes
“ C’est une coutume chère à M. Legouff, de réunir quelques élèves, autour d’une tasse de thé, pendant l’hiver, et de recevoir, à sa maison de campagne, les Sèvriennes qui lui agréent.L’autre dimanche, Marguerite Triel et Jeanne Viole, sont venues ; c’est aujourd’hui le tour de Berthe et de Victoire.Sans doute, les invitations se borneront-là ; l’examen est si proche.Les oubliées en ont le cœur gros.A Sèvres, on s’est pris tout de suite à aimer M. Legouff, pour la bonhomie de ses entretiens, son abord facile, pour cette mémoire du cœur si surprenante chez un vieillard. ”
Paul Duplessis,
Les Boucaniers/Tome V
“ Vrai Dieu, dit Legoff en riant, notre complice est bien le plus généreux et le plus magnifique geôlier qui ait jamais existé ! pour cinq cents livres que nous lui payons notre liberté, il nous donne des armes qui valent au plus bas prix cinquante louis ! ”
Adolphe François Pannemaker, La roche aux mouettes (1871)
“ Allons-y! s'écria Legoff aux acclamations de la foule. Macabiou, Jambonneau, Mascaret, tous les pères, vous m'accompagnez tous, je vous prends avec moi. Il y aura de la besogne, ce ne sera pas trop de nous tous pour en venir à bout. S'ils sont encore sur le plateau, si le flot s'est arrêté là, s'il ne les a point balayés, nous les retrouverons dans un joli état. Femmes, des provisions! du sucre! de l'eau-de-vie! du vin! des couvertures Faites-vite, hâtez-vous! Il n'y a pas un moment à perdre. Vous, monsieur le curé, priez Dieu pour eux et pour nous. ”
Gabrielle Réval,
Les Sèvriennes
“ D’un mot aimable, dit à chacune, M. Legouff a conquis ses nouvelles élèves. Déjà il les connaît, ces Messieurs lui ont parlé de cette « troisième année si brillante » ; il sait la vie laborieuse de Victoire ; la fraîcheur, la délicatesse d’esprit de Marguerite ; l’élégante érudition de Jeanne Viole ; la fougue de Berthe ; le charme d’Adrienne.Leurs yeux dans les siens, les Sèvriennes rougissent de plaisir, conquises par cette courtoisie, qui leur témoigne qu’elles sont autre chose que des élèves : des femmes. ”
“ Il faut empêcher cette retraite, comme vous le pensez bien, afin qu’elle reste en son camp comme en une souricière où Messieurs les Anglais en auront vite raison. Sans chef réel et de valeur, elle n’est qu’un jouet. Lévis, je le connais, est un homme de talent, un militaire capable de relever le moral de l’armée et d’en faire une massue contre l’Anglais. Mais Lévis est à Montréal, et il lui faudra au moins cinq jours pour rejoindre l’armée dans son camp. ”
Delly, Des plaintes dans la nuit (1983)
“ Genovefa préférait répondre elle-même, car elle craignait que sa sœur ne sût pas maintenir leur dignité à l'égard de ce riche parent. Elle n'avait guère d'illusions sur son aînée, dont la nature, habile pour l'intrigue, ignorait délicatesse et fierté. Cette habileté, ne la mettrait-elle pas en action pour essayer de circonvenir M. de Redwitz ? Genovefa avait tout lieu de le redouter, et elle voyait là, en dehors de l'inconnu que représentait le caractère du seigneur de Nelbrück, une suite d'ennuis en perspective. ”
