“ Oh ! non, jamais, puisque j’épouse Tonine ! — Est-ce vrai ? est-ce possible ? s’écria à son tour Gaucher, dont l’étonnement se refléta sur la figure du parrain, immobile et stupéfait. Puis, tout à coup levant les épaules : — Mon garçon, dit le vieillard à son filleul, tu es donc toujours fou ? Toi, épouser Tonine ? à présent ? toi, toi ? — Mon Dieu ! reprit Sept-Épées cherchant des yeux Tonine, qui avait disparu, est-ce que vous voudriez y mettre empêchement ? Et pour quelle raison ? — Tu le demandes ? tu plaisantes, je crois ! Voyons, j’en ai assez, moi, de la plaisanterie ! ”
George Sand
Résumé
George Sand, dans La Ville noire, explore les tensions entre travail, amour et ambition à travers les destins de Sept-Épées, Tonine et leur entourage. Ce roman, centré sur les ouvriers et les artisans de la Ville Noire, interroge les rapports de classe, l'idéalisme des jeunes face à la rigidité des aînés, ainsi que les sacrifices liés au mariage.
Les dialogues percutants, comme celui entre Sept-Épées et son parrain Gaucher, révèlent une critique sociale acérée. La figure de Tonine, héritière de fortune, contraste avec l'humilité des artisans, soulignant les dilemmes de l'ascension sociale. L'œuvre, publiée dans des revues comme Revue des Deux Mondes, combine réalisme industriel et romantisme.
Citations de La Ville noire (George Sand)
“ Sept-Épées voyait clair dans tout cela. Tonine ne l’aimait point avec passion, puisqu’elle ne voulait pas être sa femme ; mais elle avait l’amitié si généreuse, et tant de souvenirs l’attachaient à lui, qu’elle ne pouvait être heureuse s’il n’était heureux de son côté. Ceci bien prouvé, Sept-Épées, après beaucoup de luttes contre lui-même, comprit son devoir. — Il ne faut pas, se dit-il, qu’elle me voie souffrir ; il faut qu’elle ne perde pas l’occasion de son bonheur, puisque voilà un jeune homme qui l’aime comme elle le mérite, et mieux apparemment que je n’ai su l’aimer. ”
“ Sept-Épées allait demander des nouvelles de Tonine, tout en continuant à marcher vite avec Va-sans-Peur, lorsqu’il s’arrêta de nouveau, frappé d’un spectacle fort étrange. C’était un vieillard complètement chauve qui venait au-devant d’eux avec une couronne de lauriers sur la tête et une douzaine d’enfants qui le suivaient en dansant ; lui, chantait d’une voix cassée, frappant dans ses mains et les animant du geste, d’un air à la fois sérieux et enjoué. — Qu’est-ce que cela ? dit Sept-Épées avec effroi. Dieu me pardonne ! n’est-ce pas Audebert qui est devenu fou ? ”
