“ Nobles enfants du travail, ne quittez jamais la Ville Noire ! Des liens plus forts que l’acier le mieux trempé de vos ateliers, des affections plus solides que ces rochers de granit qui protègent le sanctuaire de nos industries, des liens d’amour et d’amitié vous y retiennent. La caverne des noirs cyclopes peut effrayer les regards du passant ; mais celui qui a longtemps vécu dans ces abîmes et dans ces flammes sait que les cœurs y sont ardents comme elles et profonds comme eux ! De ces cœurs-là, jeunes époux, souvenez-vous à jamais ! ”
Ville Noire
Définition et enjeux
Citations sur “Ville Noire”
G. Sand, La Ville noire (RDDM)
“ C’est quelque chose, mon camarade, que d’être dans un endroit où les hommes ne sont ni endormis ni inconstans, et il n’y a guère d’habitans de la ville haute qui ne regardent avec orgueil les fumées et les tonnerres de la ville basse monter dans les airs, comme un cantique et un encens, en l’honneur de celui qui les a fait grandir et prospérer. — Tu as raison, répondit Sept-Épées, et ton bon courage me remonte les esprits ! Oui, elle est belle, notre ville basse, notre ville noire, comme on l’appelle dans le pays. ”
Jules Michelet,
Œuvres complètes de J. Michelet
“ L’originalité de la petite ville noire, c’est de se trouver justement entre deux océans de lumière, le merveilleux miroir de la rade et le majestueux amphithéâtre de ses montagnes chauves d’un gris éblouissant et qui vous aveuglent à midi. D’autant plus sombres paraissent les rues. Celles qui ne vont pas droit au port et n’en tirent pas quelque lumière, sont à toute heure profondément obscures. ”
G. Sand, La Ville noire (RDDM)
“ CHŒUR. « Et maintenant criez, rouages puissans ! Chante et bondis, rivière bénie ! Fers et feux, enclumes et marteaux, saintes voix du travail, commandez la danse. Vous ne couvrirez pas les voix de l’amour ; c’est aujourd’hui la fête d’hyménée ! » Aux applaudissemens de la Ville-Noire répondirent des applaudissemens et des clameurs qui semblaient planer dans les airs. Tous les regards se portèrent vers la montagne, et l’on vit une foule qui battait des mains et agitait des mouchoirs. ”
M. le contre-amiral Fleuriot de Langle, Le Tour du monde
“ Une vaste plaine, qui forme les glacis de la place, sépare la ville fortifiée de ce que l’on appelle la ville Noire. Cette ville Noire est habitée par six ou sept cent mille individus. Les fabricants y ont leurs ateliers, et d’immenses piles de matières emplissent les magasins qui s’ouvrent sur les rues. ”
“ Lise marcha devant, mais, au lieu de s’engager dans le dédale des ruelles tortueuses de la Ville Noire, elle prit sur sa gauche un beau chemin neuf taillé dans le roc. — Voilà un ouvrage nouveau qui fait grand bien aux transports de nos denrées, dit le voyageur. — Et qui fait grand plaisir aux pères et mères de nos petits enfants. Nous ne craignons plus de les voir écraser par les chariots sous ces arcades où les moyeux touchaient les bornes. On peut laver et balayer le seuil des maisons ; la santé y gagne. ”
Ida Pfeiffer,
Voyage autour du monde de Mme Ida Pfeiffer
(1885)
“ La ville ouverte et la ville noire se rattachent au fort et sont infiniment plus grandes. La ville noire est cette partie de la cité qu'habite la classe pauvre. On conçoit facilement que ce n'est pas là qu'on doit aller chercher la beauté et la propreté. ”
Théophile Gautier,
Zigzags
(1856)
“ PARIS FUTUR. 375 par ses énormités, forçait l'Éternel à écrire sur les murailles ! Une ville comme celle-là plonge autant sous la terre qu'elle s'élève en l'air ; ses racines vont chercher le noyau du monde et ne s'arrêtent que quand elles arrivent à la nappe des lacs 'intérieurs ou au brasier du feu central. Sous la cité vivante s'étend la cité morte, la ville noire aux habitants immobiles. ”
“ Et souviens-toi encore, Tonine au cœur pur, du jour où l’on vint te dire : Tu es riche, la plus belle des usines de la Ville Noire, la perle du Val-d’Enfer est à toi. Ce jour-là, tu levas vers le ciel tes mains sans tache en disant : Rien n’est à moi, tout est à Dieu ! ”
Jules Gourdault, De Paris à Paris à travers les deux mondes… (1889)
“ Quant aux faubourgs et aux villages suburbains, ce ne sont, comme la Ville Noire, que des amas d'artères fangeuses et de cabanes de paille et de bousillage. Seuls, quelques riches indigènes ont, eux aussi, sur les rives de l'Hougly, au nord de la Ville Blanche, de belles maisons avec toits en terrasse. ”
Alfred Jacobs, Voyage en Asie et en Afrique, d'après les récits des derniers voyageurs (1855)
“ A l'extrémité de la Ville Noire, et au pied des fortifications, la population indigène, très-nombreuse, a élevé des multitudes de demeures, entrecoupées de jardins à l'ombre desquels on rencontre aussi de délicieuses villas bien plus commodes et bien mieux distribuées que les maisons entassées dans l'intérieur de la ville. Un luxe raffiné a présidé à la disposition de ces charmantes demeures dont les défauts d'architecture sont amplement compensés par le bon goût et la parfaite convenance des dispositions intérieures. ”
B. Van Vorst, Revue des Deux Mondes tome 12, 1902
“ J’entends parler toutes les langues ; cette prodigieuse ville noire est un bazar occidental où les peuples se rassemblent non pas pour acheter, mais pour chercher fortune. L’écume stagnante des autres pays flotte jusqu’ici, à la poursuite du succès, et se purifie dans un bouillonnement d’activité furieuse. ”
Jules Gourdault, De Paris à Paris à travers les deux mondes… (1889)
“ La Ville Noire, ou Palta, peuplée uniquement d'indigènes, n'est guère qu'un assemblage de cases de roseaux et de bambous, mêlées de maisonnettes d'argile et de briques, le tout formant un écheveau de rues étroites et sordides dominé par des temples indous, des mosquées sans nulle apparence architecturale, où trône la divinité favorite du peuple, cette sanglante Kali qui ne vit que de sacrifices humains et dont les idoles sont toujours entourées de crânes et de cadavres. ”
“ Sept-Épées était accoutumé à entendre son parrain parler avec mépris de la ville haute. Loin d’en jouir par les yeux avec orgueil et contentement comme le jeune Gaucher, il la traitait avec une morgue de vieillard, et se vantait de n’y avoir pas mis les pieds sans nécessité trois fois en sa vie. Travailleur austère, cœur dévoué, cerveau étroit, ce vieux ne faisait aucune merci aux parvenus, raillait leur luxe, et, du fond de sa Ville Noire, blâmait les plus simples jouissances du bien-être comme des vices, comme des attentats à la dignité de la race ouvrière. ”
G. Sand, La Ville noire (RDDM)
“ Et à présent, dans cette noire crevasse de rocher, dans cet escalier de chutes d’eau qu’on appelle la ville basse, nous voilà plus de huit mille paires de bras trouvant leur emploi, huit mille hommes chaque jour assurés du lendemain et pouvant ainsi, par le travail, aller du jeune âge à la mort sans trop de misère et de soucis, tandis que là-haut, au lieu d’une bicoque misérable, une ville riche s’est élevée, une ville bariolée de couleurs tendres et riantes que les voyageurs comparent à une ville d’Italie, une ville quasi neuve avec des fontaines, des édifices, des routes ! ”
G. Sand, La Ville noire (RDDM)
“ On n’a pas encore résolu le problème de la misère d’une manière promptement applicable, et on y travaille toujours. C’est une bonne chose d’y travailler ; mais, comme c’est la chose la plus difficile qui soit au monde, il faut, pour y travailler utilement, beaucoup de génie et d’instruction. Je ne doute pas de vos capacités naturelles, mais vous ne savez rien de ce qui se passe à dix lieues de votre Ville-Noire, et vous ne vous faites aucune idée de la société. Vous perdez votre temps, et vous vous épuisez le cerveau sans profit pour personne. ”
“ Dès qu’il vit une voiture publique, il s’y jeta, de là dans un convoi de chemin de fer, et puis enfin, au bout de cinq jours de voyage aussi rapide que possible, il se vit à pied sur le haut du chemin de montagne, au-dessus des abîmes qui s’entr’ouvrent pour recevoir dans leurs flancs abrupts les constructions entassées et les machines bruyantes de la Ville Noire. ”
Jean de Pontevès de Sabran, L'Inde à fond de train : avec une carte itinéraire… (1887)
“ La ville noire est très bien tenue; les Anglais, toujours pratiques, savent utiliser le fouet des noirs policiers pour faire exécuter leurs ordonnances, et ils ont raison. Pas de boîtes à ordures : les aigles, les vautours, les milans se - chargent des détails de la voirie. Les maisons sont, comme presque toutes les demeures orientales, des cubes de pierres blanchis à la chaux et surmontés d'une terrasse ; enfin toute une population multicolore babille, fume, pâture, dort et travaille même sans trop de bruit, sous ce climat torride. ”
“ Sept-Épées ne répondit pas. — Allons, allons, veux-tu que je te dise ? reprit le vieillard en roulant ses yeux brillants comme la braise, et en prenant tout à coup l’accent de la colère : tu voudrais la fille sans le mariage, et voilà ce que je trouve bête de ta part ! Il ne manque pas de femmes peu sévères dans la ville haute, qui est le rendez-vous des baladins et des aventurières, et je ne comprends pas que tu songes à faire une sottise à une honnête fille d’ouvrier de la Ville Noire ! Sept-Épées était accoutumé à entendre son parrain parler avec mépris de la ville haute. ”
“ Et, s’élançant comme une flèche sur le talus du chemin neuf, en deux sauts et trois enjambées, il arriva au niveau de la terrasse de Tonine, dont il franchit aisément la petite balustrade de briques chargée de clématites sauvages. Tonine était là en effet, elle l’avait entendu accourir, elle s’élança dans ses bras, et tous deux furent si contents de se revoir que les larmes coupèrent les premières paroles. Puis ils se regardèrent avec ravissement. Sept-Épées était plus que jamais le plus joli homme de la Ville Noire. ”
“ Ce que l’on ne faisait point à la Ville Noire avait sa raison de n’y être pas adopté : le manque de moyens, d’espace, de grands moteurs, de grands cours d’eau, de bras, de débouchés, de capitaux. Il est facile de voir ce qui serait mieux, mais il s’agit de pouvoir le faire ; toute la science de l’industrie est dans l’équilibre de ces deux termes. À quelques-uns le génie qui féconde largement les petits moyens, mais à une foule d’esprits inquiets l’ambition des vues mal combinées et des volontés sans puissance. ”
“ Ce jour-là, l’orgueil visita ton âme, et tu te sentis plus grand de toute ta tête. Tu te baissas pour sortir par la porte de l’atelier ; tu regardas le soleil cherchant s’il ne lui manquait pas un rayon dérobé par toi pour éclairer l’acier que tu venais de façonner, et il te sembla que toute la Ville Noire avait les yeux sur toi, en disant : — Rangeons-nous, il n’y a plus d’enfant ici, vrai Dieu ! Voilà un de nos citoyens qui passe !... ”
G. Sand, La Ville noire (RDDM)
“ Quand je me décidai à demander la ville basse, on me rit au nez. — Pour trouver la ville basse, mon garçon, vous n’auriez pas dû faire une lieue en montant. À présent, il faut redescendre ; mais on va vous montrer un sentier un peu raide qui vous y mènera tout droit. — Et je descendis à travers les jardins, puis le long du roc, et enfin dans les petites rues où l’on marche à tâtons, et je me hasardai à demander mon parrain, le père Laguerre. Descends encore, me fut-il répondu ; descends jusqu’au Trou-d’Enfer, et là tu verras à ta gauche l’atelier où il travaille. ”
G. Sand, La Ville noire (RDDM)
“ Il faut le dire à l’honneur de la ville basse : il entre partout, et partout pauvres ou riches lui donnent à boire et à manger ce qu’ils ont de mieux. Aussi tu peux voir qu’il est plus frais et moins maigre que tu ne l’as jamais vu. ”
“ Si je n’avais pas de famille à nourrir, et si j’avais tes talents, je voudrais, dans dix ans d’ici, monter une fabrique à mon compte. — Oui, oui, devenir maître, payer et surveiller des ouvriers, tenir des écritures, faire du commerce, pour, au bout de dix autres années, acheter un terrain dans la ville haute, et faire bâtir une grande maison qui vous ruine, parce que la folie de la richesse vous prend ? Voilà l’ambition de l’ouvrier d’ici. — Eh bien ! pourquoi donc pas ? reprit Gaucher. Un peu de raison au bout de la tâche, et l’ouvrier peut devenir un gros bourgeois. ”
“ Voudrait-on me voir, comme mon parrain, passer soixante ans à battre une barre de fer, toujours de la même manière, pour lui donner éternellement la même forme ? Mon parrain est vieux ! De son temps, quand on n’était pas soldat, on ne devenait jamais rien. Aujourd’hui c’est autre chose, l’industrie règne, et la jeunesse peut arriver à tout ! En discutant ainsi avec le fantôme de Tonine, il devint fort triste, car il lui semblait l’entendre gémir sur elle et sur lui, et la voix plaintive des eaux ruisselant à ses pieds prenait par moments l’accent d’un sanglot. ”
“ Le bonheur est ici, se dit le jeune exilé. Il n’y est peut-être pas pour moi, mais il y est pour qui serait sage et patient. Sans doute, dans cette vie lente et uniforme de la terre, le cœur d’un homme actif étoufferait bien quelquefois celui qui le porte. Cette nature qui fait son œuvre à pas comptés, jour par jour, heure par heure, et qui n’obéit à l’homme qu’avec une régularité imposante, c’est comme une loi sourde et aveugle qui se rit de nos fièvres d’activité. ”
Léon Ville, Aventures d'un numismate (1901)
“ Nous allons, pour un moment, nous soustraire au bruit monotone du train roulant sur les rails et laisser la machine qui l'emporte semer sur son parcours les halètements de son souffle puissant, pour voir un peu ce qu'est le Caucase, cette chaîne de montagnes qui s'étend obliquement du nord-ouest au sud-est, entre la mer Noire et la mer Caspienne, depuis le 35° jusqu'au 47e degré de longitude orientale, et qui doit être considérée comme formant, par sa ligne de faîte, la limite naturelle de l'Europe et de l'Asie. ”
George Sand,
Le Secrétaire intime — Mattea…
“ Là ce ne sont pas la terre ingrate et l’air insalubre qui ont exilé la population, c’est la grande propriété, c’est la richesse. Pour certains habitants sédentaires de Paris qui n’ont jamais vu de campagne que la Brie ou la Beauce, la nature est un mythe, le paysan un habitant de la lune. Il y a autant de différence entre cette sorte de campagne et la Vallée-Noire, qu’entre une chambre d’auberge et une mansarde d’artiste. ”
“ Il attend toujours quelque chose qui, un peu plus tôt, un peu plus tard, doit venir à coup sûr, pluie ou soleil, ombre ou lumière ; tandis que l’artisan, enfoui dans les mines ou courbé dans l’atelier sombre, a toujours l’esprit et les yeux tournés vers un seul point, l’agriculteur regarde en haut ce qui, des rayons ou des nuages, doit venir donner la dernière et souveraine façon à son œuvre. ”
P. Scudo, La Musique dans les Villes rhénanes
“ Ce qui, à mon avis, gâte le plaisir qu’on aurait à passer quelque temps dans cette délicieuse vallée, qui touche aux limites de la Forêt-Noire, c’est la population flottante qui l’habite, c’est le demi-monde parisien avec sa littérature, ses artistes, ses bouffons jouant de toute sorte d’instrumens qui se donnent ici en spectacle. ”
Gabriel Faure,
Revue des Deux Mondes
“ Il y a ainsi des villes, comme des personnes, que nous évitons pendant des années sans en savoir au juste la raison et que nous regrettons ensuite d’avoir si longtemps ignorées, lorsqu’une circonstance fortuite les met sur notre chemin. Dans mon esprit, Novare m’apparaissait comme une triste et banale ville de plaine, loin de toute montagne et de tout fleuve, surmontée d’un affreux dôme, et dont le principal intérêt était un excellent buffet aux caves renommées, dans une grande gare toujours encombrée de trains, au point de jonction de nombreux embranchemens. ”
Exposition de la "Cité Moderne"… (1913)
“ En cent quarante ans, malgré des périodes de maux et de vicissitudes — coupées, il est vrai, de périodes d'éclat qui ont répandu sa renommée dans le monde — Nancy a vu doubler sa population, sa physionomie se transformer, ses monuments publics se reconstruire ou s'embellir. La vie déborde de la Cité, qui étouffe dans l'étroit périmètre de ses anciennes murailles; le moment est venu, où il faut songer à jeter les fondements de ce qui va devenir la ville Ville-Neuve. ”
