“ Ce sont de beaux yeux d’une teinte étrange, ni noirs ni bleus, ni gris ni fauves, mais d’un vert d’algue marine, des yeux orageux : Procellosi oculi. — Ce n’est peut-être pas un moyen d’éviter ce que je crains. — Dans ces prunelles transparentes et profondes, je reconnais les couleurs de l’océan. Il ne faut pas trop s’y mirer, le vertige pourrait vous prendre. Mon cœur se trouble... Que disais-je donc ? — Qu’Aphrodite, née du ciel et de l’écume de la mer, avait les prunelles de cette teinte, où l’azur des flots et l’or du soleil se fondent également, et rappellent ainsi sa double origine. ”
Théophile Gautier
Résumé
Zigzags, de Théophile Gautier, est un essai lyrique et ironique qui explore les contrastes entre Paris et Londres, mêlant observations sociales, descriptions pittoresques et réflexions sur la civilisation.
À travers des portraits de la vie urbaine, des cimetières anglais aux rues animées de la capitale, l'auteur dévoile une critique subtile des excès de la modernité et des préjugés nationaux. Les thèmes de la vapeur, des rats et des bouledogues s'entrelacent pour peindre une fresque à la fois satirique et poétique, où l'œil du voyageur déchiffre les paradoxes d'une époque en mouvement.
Citations de Zigzags (Théophile Gautier)
Théophile Gautier,
Zigzags
(1856)
“ Il est impossible de rien voir de plus nu, de plus aride, de plus triste à l'oeil et à l'âme, qu'un cimetière de Londres ; c'est à donner envie de vivre. Ni clôture, ni jardins, ni couronnes, ni fleurs ; un oubli glacial, un abandon navrant. Les tombes, de pierre noirâtre, gardent, comme les caisses des momies, une vague apparence de corps humain tout à fait lugubre. On sent la mort là-dessous. Comment les Anglais, ce peuple si ami du home et du comfort, peuvent-ils se résigner à être si mal à leur aise dans l'autre monde ? ”
Théophile Gautier,
Zigzags
(1856)
“ Paris s'occupe infiniment de lui-même; il se regarde, avec la plus grande naïveté, comme le centre, l'oeil et l'ombilic de l'univers. Il admet à peine qu'il existe quelque chose en dehors de lui. Il sait bien, vaguement, qu'il y a sur les cartes un petit point que les Anglais appellent London, au bord d'un mince filet tortillé que ces mêmes Anglais nomment Thames ; mais il s'en inquièle peu, et se décerne tranquillement la couronne de la civilisation. Donnez à un Parisien de pure race un carré de vélin, une plume et des couleurs, et dites-lui : « Faites-moi un croquis de mappemonde ! » ”
