“ Une comparaison confuse devait s’établir, dans son esprit, entre la souriante éclosion de cet art nouveau et la rigide splendeur des mosaïques des voûtes. Peut-être a-t-il également, au cours de ses flâneries sur les quais, observé le travail de l’un de ces nombreux sculpteurs anonymes qui contribuèrent à faire de la façade principale du palais des Doges une des merveilles du monde. ”
Palais des Doges
Définition et enjeux
Citations sur “Palais des Doges”
Alfred Mézières,
Au temps passé (2e éd.)
(1906)
“ Le palais des Doges est conservé . Les plus beaux après celui-là sont ceux des Doria et du marquis de Brignole Sale , ambassadeur du Piémont à Paris . Ce dernier surtout possède une galerie princière ; quatre personnes de sa famille ont été peintes en pied par Van Dyck . C' est déjà un fond de musée d' une inappréciable richesse . A côté de ces quatre grands tableaux on trouve des Titien , des Véronèse , des Rubens , des Tintoret . J' y remarque également un Caton du Guerchin et une très belle Cléopâtre piquée par un aspic . L' éternel sujet de Judith y est aussi traité par le Dominiquin . ”
Voyage à Goritz. (5 août 1880.… (1880)
“ Tout y est magnifique, tout y est digne d'une aristocratie puissante. Le palais des Doges rappelle les richesses de la Grande-Bretagne. C'est l'opulente Carthage, c'est l'orgueilleuse Tyr qui revivent ici. Les plafonds et les murailles ont été décorés avec une émulation qu'inspirait le plus ardent patriotisme. Tous les peintres célèbres qui virent le jour à Venise ont concouru à embellir ce palais, qui leur représentait la patrie et ses institutions. ”
Gabriele D'Annunzio,
Le feu
(1929)
“ Ils pourront donc pour la première fois te voir et t'écouter au milieu de cette inestimable magnificence qui leur paraît être le cadre approprié à ta nature. Le vieux Palais des Doges, resté dans les ténèbres pendant une si longue succession de nuits, s'illumine tout à coup et revit, ce soir. Pour eux, toi seul as eu le pouvoir d'en rallumer les torches. Comprends-tu maintenant leur anxieuse attente ! Et ne te semble-t-il pas que c'est pour eux seuls 40 LE FEU que tu dois parler? La condition que tu imposes à l'homme qui harangue une multitude peut, être remplie. ”
Souvenirs de voyages, l'an de grâce 1840 (1841)
“ Il en est de même de l'ancien palais ducal, où des fantômes de toile remplis de foin, tiennent la place destinée aux statues des doges et à celles des héros génois. Ainsi que je l'ai déjà dit, c'est à l'étage supérieur que se trouvent les appartements des maîtres de la maison. De beaux vestibules toujours ouverts, remplacent les coins de rue et souvent même les lieux d'aisance. Les étages inférieurs servent de magasins, et les escaliers sont balayés à tout le plus une fois l'an ! ”
Gabriele D'Annunzio,
Le feu
(1929)
“ Une clameur nouvelle, plus forte et plus longue, s'éleva d'entre les deux tutélaires colonnes de granit, au moment où la barque royale abordait à la Piazzetta noire de peuple. Durant la pause la foule compacte avait des remous, et les galeries du Palais des Doges s'emplissaient d'une rumeur confuse, pareille au bourdonnement illusoire qui anime les volutes des conques marines. ”
Félix-André Caban, Mémoires de F.-A. Caban, ancien architecte à Rouen (1876)
“ Tout n'est qu'or, sur les sculptures, les moulures, cadres de tableaux ; ces tableaux sont de grands maîtres, il y en a au pourtour et sous le plafond, c'est surtout le choix des sujets, l'exécution et le fini des peintures qui vous retiennent. Je vais sur la place de l'Hôtel-de-Ville, c'était la résidence du Doge, chef de la République, appelée autrefois palais Ducal. C'est une belle construction, les marches en marbre blanc du perron d'entrée sont d'un seul bout et ont huit mètres de long, je crois qu'il y en a douze. ”
Maurice Fleury, Le Palais de Saint-Cloud. Ses origines…
“ Si vous aimez rêver et revivre le passé, montez à l'ancien parc réservé. Des ombres fantastiques vous escorteront tandis que les gouttelettes tinteront dans les vasques sombres. Tour à tour reines et princes, marquis à perruques, dames poudrées ou en crinolines, diplomates ou soldats chamarrés apparaîtront dans un nuage irisé et vous murmureront à l'oreille les chroniques du palais d'Henriette et de Marie-Louise, de Marie-Antoinette et de Joséphine. ”
Maurice Charlot, Les palais nationaux : Fontainebleau…
“ L'intérieur du palais équestre est en tout digne du dehors. C'est une énorme galerie voûtée, haute comme une cathédrale, coupée par un dôme massif sous lequel se dressent de riches trophées de chasse, puissamment sculptés dans la pierre et rehaussés de couleurs d'un effet original. ”
Jules Beaujoint,
Histoire du Palais-Royal et de ses galeries
(1881)
“ Quand le peuple pénètre à travers les décombres fumants, trébuchant sur des cadavres noircis, des vêtements ensanglantés, des lambeaux humains calcinés, épars, il a horreur de sa victoire. Du sein de cette désolation, il prend dans ses bras, il enlève les blessés, les porte dans la galerie du Palais-Royal. ”
Pierre Quentin-Bauchart,
Les chroniques du château de Compiègne
(1911)
“ Voici que les fenêtres du premier étage au fond du palais s'ouvrent, et l'Empereur paraît au balcon. Les piqueurs sonnent la Royale ; les chiens, tout à l'heure silencieux, poussent de longs aboiements. ”
Théophile Gautier,
Constantinople
(1891)
“ Une des singularités du palais, c’est une grande salle recouverte par un dôme de verre rouge. Quand le soleil pénètre ce dôme de rubis, tout prend des flamboiements étranges : l’air semble s’enflammer et l’on croit respirer du feu ; les colonnes s’allument comme des lampadaires, le pavé de marbre rougit comme un pavé de lave ; un rose incendie dévore les murailles ; on se croirait dans la salle de réception d’un palais de salamandres bâti de métaux en fusion ; vos yeux reluisent comme du paillon rouge, vos habits deviennent des vêtements de pourpre. ”
Augustine Bulteau,
Un voyage. Belgique, Hollande, Allemagne…
“ Et les fresques sont là depuis quatre cents ans. Toutes ces choses usées, fanées, dégagent de la poésie, puisqu’elles rapportent l’image pâlie, mais exacte du passé... Mon esprit, dompté par les mystiques paysages, refuse l’enchantement. Et voici le souvenir que j’emporte de ce palais. Dans la plus riche salle, sous les arabesques et les personnages qui ornent le mur de leurs inventions abondantes, l’artiste a mis un chien. Pas bien beau, ni de grande race : c’est un chien vulgaire, un peu niais, un vrai chien, un portrait ressemblant. ”
Charles de Brosses,
Lettres familières écrites d’Italie à quelques amis en 1739 et 1740
“ Il conduit à un autre, fort orné de statues et de dorures, qui conduit lui-même aux salles où se tiennent les différents conseils. Ces appartements, selon l’ordinaire des vieux palais, sont mal distribués, mal tenus et assez sombres ; mais si fort enrichis de peintures des plus grands maîtres, qu’il n’a pas fallu moins de huit jours entiers à notre badauderie pour en voir le bout. Le Doge est logé dans ce palais ; c’est de tous les prisonniers de l’état le plus mal gîté à mon gré ; car les prisons ordinaires, qui sont près du palais, sont un bâtiment tout-à-fait élégant et agréable. ”
Princesse de Gonzague, Lettres de Madame la Princesse de G**… (1789)
“ Ses bords présentent une scène délicieuse , où la nature & l'art font en rivalité. De temps en temps je descends au rivage pour y admirer l'édifice qui m'a frappé. En y entrant, je crois être dans le palais d'un roi, & ce n'est que la maison de campagne d'une espèce d'esclave qui se croit maître. Cette agréable scène varie à chaque instant ; ici c'est un palais magnifique, où Palladio a donné un libre essor à son imagination , avec un jardin délicieux, orné de statues, de vases, de fontaines. ”
Albert Callet, L'agonie du vieux Paris (1911)
“ N'étaient la Sainte-Chapelle, la Grand'Salle et les grosses tours du quai de l'Horloge, que retrouverait-on de l'ancien Palais de la Cité? Presque rien. Et sa physionomie, combien s'est-elle modifiée ! Qu'on me permette de revenir en arrière et d'évoquer ce passé curieux : Le Palais, après avoir, durant plusieurs siècles, abrité les chevaliers et hommes d'armes, offrit un asile définitif aux légistes. Peu accessible jusqu'ici au populaire, il l'appela désormais dans son enceinte. ”
Alexandre Dumas,
Paris et les parisiens au XIXe siècle…
(1856)
“ A chaque extrémité de la grille, deux pavillons d'ordre dorique se couronnent d'un fronton triangulaire; entre les deux pavillons s'étend la cour du palais; au fond de la cour un bel escalier, sur lequel donne l'avant-corps du bâtiment, conduit à une sorte de galerie-vestibule. L'avant-corps est composé de quatre colonnes doriques, supportant un entablement à balustrade, décoré de statues allégoriques: la Force, l'Abondance, la Justice (elle est ici chez elle) et la Prudence. Au sommet de l'édifice, un dôme quadrangulaire, également orné de sculpture, est d'un effet pittoresque assez agréable. ”
F. Bessoule, Guide du touriste à Constantine (1902)
“ Comme dans les mille et une nuits, c'est un palais féerique qui se révèle à nos yeux... Avec ses immenses tapis aux couleurs chatoyantes, ses lampadaires, ses lustres, ses veilleuses rouge et or, ses piliers en marbre blanc, et la lumière diffuse qui filtre à travers d'innombrables petites fenêtres aux verres multicolores, l'immense salle consacrée aux offices apparaît, dans son ensemble, comme un véritable palais enchanté... ”
Fulgence Girard, Mystères du grand monde, par Fulgence Girard… (1880)
“ Il fallut de vastes et nombreux appartements pour les grands officiers, attachés au roi et aux princes; des salles spacieuses et magnifiques pour les réunions, pour les bals et pour les festins; des lices pour les tournois, des jardins pour les promenades et pour les fêtes, et l'étroit espace dans lequel les bras de la Seine resserraient le Palais, était hors d'état de les offrir. Le Louvre, tel même que l'avait réédifié Charles Y, n'était qu'une brillante forteresse, ne pouvant servir qu'exceptionnellement de résidence à un souverain. ”
Alexandre Dumas,
La femme au collier de velours
“ Tandis que tous les quartiers de Paris étaient sombres et déserts, tandis que les sinistres patrouilles, faites des geôliers du jour et des bourreaux du lendemain, rôdaient comme des bêtes fauves cherchant une proie quelconque, tandis qu’autour du foyer privé d’un ami ou d’un parent mort ou émigré, ceux qui étaient restés chuchotaient tristement leurs craintes ou leurs douleurs, le Palais-Royal rayonnait, lui, comme le dieu du mal ”
Eugène Vayssettes, Hanina, la vierge de Constantine… (1873)
“ Et les maîtres de toutes ces richesses gisaient, glacés par la mort, sur le seuil de leurs portes dont ils étaient même impuissants à défendre l'entrée. Quand les visiteurs eurent ainsi parcouru en détail les quartiers marchands, leurs pas les conduisirent en face du palais des rois, qui en était séparé par une immense place. A l'entrée étaient quatre pavillons disposés en carré, faits d'or et d'argent massif, ornés sur leur frontispice de guirlandes de perles et d'émeraudes. Au milieu se dressait un dôme superbe. ”
Gustave Flaubert,
L'Éducation sentimentale
(1869)
“ On apporta vite des fagots, de la paille, un baril d’esprit-de-vin. Le feu monta le long des pierres ; l’édifice se mit à fumer partout comme une solfatare ; et de larges flammes, au sommet, entre les balustres de la terrasse, s’échappaient avec un bruit strident. Le premier étage du Palais-Royal s’était peuplé de gardes nationaux. ”
Victor Baudot,
Au pays des turbans : Grèce, Syrie…
(1896)
“ Je hâte le pas, et bientôt, tournant à angle droit, je m'engage dans la rue d'Hermès et arrive au Palais royal. On sait que ce palais n'a aucune prétention architecturale : il est grand, massif, bourgeois. Le jardin qui l'entoure, vaste corbeille de cactus, d'agavés et d'orangers, est au contraire admirable de végétation orientale. ”
Alexandre Dumas,
Paris et les parisiens au XIXe siècle…
(1856)
“ On appellera architecture, si l'on veut, ces quatre colonnes du rez-de-chaussée, répétées au premier étage, et formant tour à tour péristyle et balcon. — Nous n'avons rien à voir ici : Arnal n'y joue plus. — C'est ailleurs qu'il faudra chercher l'esprit le plus bête et la bêtise la plus spirituelle, qu'on ait jamais vus briller derrière les lampions fumeux de la rampe. Le passage des Panoramas a bien aussi sa curiosité : les habitants du lieu l'appellent un petit Palais-Royal, et, vanité à part, ils n'ont pas tout à fait tort. ”
Histoire de Paris, l'ancien et le nouveau… (1879)
“ Entre le Palais de la Pairie et le Palais de la Science, entre ces deux masses de pierres; l'œil s'arrête agréablement sur des tapis de gazon, sur des plates-bandes fleuries, sur des quinconces épais, sur un vaste et pur bassin où se prélassent des cygnes gracieux, sur de longues et vertes allées de marronniers alignés comme des soldats. L'allée de l'Observatoire, la plus belle des allées du Luxembourg, prend ce nom à partir des deux lions classiques que le bon goût de M. de Gizors, architecte du Palais des Pairs, ne tardera pas sans doute à faire descendre de leurs ignobles piédestaux. ”
Victor Hugo,
Oeuvres illustrées, de Victor Hugo…
“ S’il pouvait nous être donné à nous, hommes de 1830, de nous mêler en pensée à ces parisiens du quinzième siècle et d’entrer avec eux, tiraillés, coudoyés, culbutés, dans cette immense salle du Palais, si étroite le 6 janvier 1482, le spectacle ne serait ni sans intérêt ni sans charme, et nous n’aurions autour de nous que des choses si vieilles qu’elles nous sembleraient toutes neuves. ”
Jules Verne,
Le Secret de Wilhelm Storitz
“ Place vraiment belle. D’un côté, s’élève le Palais du Gouverneur, avec ses hauts combles à girouettes, qui a conservé le caractère des anciennes constructions de la Renaissance. Au bâtiment principal accède un escalier à rampe de fer, et une galerie, décorée de statues de marbre, dessert son premier étage. La façade est percée de fenêtres à croisillons de pierre, fermées de vieux vitraux. Au centre, se dresse une sorte de donjon, coiffé d’un dôme à lucarnes, abrité sous les plis du pavillon national. ”
Frédéric Masson,
Napoléon et son fils
(1904)
“ Le palais domine tout : il a quatre cents mètres de façade. Au midi, l'Appartement d'honneur occupe tout le centre ; au nord, les appartements de l'Empereur et ceux de l'Impératrice ; dans les ailes en retour, vestibules, antichambres, salons de réception ; dans deux ailes prolongeant la façade du nord, appartements des princes et appartements des princesses. Au midi, la vue s'étend sur le Champ de Mars transformé en un cirque immense ayant pour fond l'École Militaire. ”
Arsène Alexandre,
Les monuments français détruits par l'Allemagne…
(1918)
“ Le corps principal et le plus ancien de style était la partie centrale. Elle conservait ou reproduisait la construction originale du XVIe siècle commençant, et, par suite, gardant les grâces capricieuses de l'ogival fleuri. Ce palais offrait au regard trois grandes et belles divisions horizontales : le porche à arcades, cinq en tiers-point et deux en plein cintre ; — l'étage, éclairé de huit somptueuses fenêtres, aux meneaux robustes et élégants, au-dessus desquelles, alternant, avec leur ornementation terminale, une rangée d'oeils-de-boeuf ”
George Perrot, Revue des Deux Mondes
“ Il ne se compose point, comme les palais modernes de l’Occident, d’un édifice unique qui forme un ensemble homogène et se laisse embrasser tout entier par un seul regard ; il ne ressemble point aux Tuileries ni à Versailles. C’est une collection de bâtimens d’importance très inégale et qui ont été construits par des princes différens ; c’est une suite de pavillons que séparent de beaux jardins ou des cours plantées d’arbres ; pour mieux dire, c’est tout un quartier, c’est toute une ville à part, une cité royale, qu’une muraille élevée enveloppe de tous côtés. ”
Joris-Karl Huysmans,
Cathédrale
(1898)
“ Et un inconcevable palais se dresse, abritant sous des dômes vertigineux des arbres en fleurs des tropiques plantés près de bassins tièdes ; des singes gambadent, se pendent en grappes aux branches, tandis que traînent des mélodies patelines grattées sur des instruments à cordes, et que les sons retentissants des tambourins font trembler les roues bleues des paons. ”
Joseph Louis Théodore Moyne, Italie : guide du jeune voyageur… (1878)
“ Le peuple génois est essentiellement décorateur : les riches prodiguent dans leur palais le marbre et l'or, les pauvres dissimulent la nudité de leurs demeures par des fresques grossières ou du moins sous un éclatant badigeon. Entre tous ces palais, celui du doge mérite une attention particulière, à cause de sa vaste étendue et de sa décoration , que le temps détruit Gênes. ”
Réginald Kann, Journal d'un correspondant de guerre en Extrême-Orient
“ Le quartier élégant, destiné à rivaliser avec les vieilles capitales de l’Occident, n’est encore qu’une succession de terrains vagues semés de tas d’ordures. Les abords du Palais Impérial, dont les escarpes de rochers bruts, couronnées de pelouses et de pins tordus, ne manquent ni d’originalité, ni même d’une certaine majesté barbare, ne peuvent se comparer qu’au glacis des fortifications de Paris. ”
