“ Ce qui distingue, en effet, l’art des Bellini, c’est son universalité. Ils n’accueillent pas seulement les influences extérieures, ils se les approprient et les transforment. En vrais Vénitiens, ils sont peintres avant tout. Jacopo s’éprend d’architlecture et de perspective comme Giovanni se grise de couleur. Tour à tour, Gentile da Fabriano, Pisanello, Squarcione, Mantegna, les artistes flamands et Antonello de Messine font entendre leur voix dans leur bottega ; et Giovanni, à l’âge de quatre vingts ans, ne dédaigne pas d’écouter celle du jeune Giorgione. Tous les sujets leur sont bons. ”
Émile Cammaerts
Élements biographiques
Émile Cammaerts (1878-1953), poète, traducteur et universitaire belge, incarne une figure transnationale de la littérature et de l’histoire artistique. Installé à Londres dès 1908, il fut professeur d’études belges à l’Université de Londres, tout en cultivant une œuvre qui mêle patriotisme, réflexions sur l’art et la religion, ainsi que collaborations musicales avec Edward Elgar.
Son essai Les Bellini explore l’universalisme de l’art vénitien, combinant analyse technique et humanisme. Ses traductions de Ruskin et sa biographie d’Albert Ier témoignent d’un souci d’interculturel, entre mémoire nationale et réflexion esthétique.
Citations de Émile Cammaerts
“ Il s’imprègne de l’atmosphère d’humanisme qui l’entoure, il dessine des monuments et des statues antiques. Mais, en vrai Vénitien, il perfectionne avant tout sa technique. Il exagère le recul de ses perspectives, dans tout le feu de la découverte ; il s’exerce avidement à saisir les mouvements violents, la lutte, la course ; il s’essaie même aux études de nu. Pour l’Italie de 1440, tout cela n’est pas nouveau. Pour Venise, c’est une révélation. Ni Gentile da Fabriano, ni Pisanello lui-même n’avaient élargi à ce point le cadre de leurs compositions. ”
“ Dans la Pie ta du musée Correr et dans la figure du Christ, dans le Sang du Rédempteur, son anatomie diffère nettement de celle de Mantegna. Il évite, autant qu’il le peut, toute sécheresse et s’efforce d’envelopper les contours de la musculature. Mais c’est dans, le paysage que l’originalité du jeune peintre se révèle avec le plus d’éclat. D’après les livres d’esquisses, Jacopo lui-même n’a jamais développé avec autant de bonheur les vastes horizons bordés de collines que des routes blanches contournent de leurs lacets. ”
