“ Lorsque, vers 1410-1419, l’Ombrien Gentile da Fabriano et le Véronais Pisanello sont, à leur tour, conviés par la République à achever la décoration de la salle du Grand Conseil, la situation de la peinture vénitienne ne s’est guère améliorée. Certes, les tableaux d’autel de Niccolo Semitecolo et surtout l’Annonciation de Lorenzo Veneziano (Académie de Venise) révèlent, à la fin du xive siècle, des traces indiscutables d’influences giottesques. Les visages se détendent, les draperies se libèrent. ”
Gentile da Fabriano
Définition et enjeux
Citations sur “Gentile da Fabriano”
“ Jacopo se montre, dans ses dessins, le digne élève de Gentile da Fabriano, le digne émule de Pisanello. Il rompt définitivement avec le hiératisme byzantin et se lance à corps perdu dans le nouveau champ d’exploration qui s’ouvre devant lui. Il découvre la vie : La cour d’abord, dans laquelle il se trouve, et le tohu-bohu de ses équipages, ses processions de seigneurs et de dames, ses pages élégants, sa valetaille empressée, ses bouffons et ses bateleurs. ”
Eugène Müntz,
La Renaissance en Italie et en France à l'époque de Charles VIII
(1885)
“ Soutiendra-t-on que c'est à son séjour sur les bords de l'Arno que l'artiste doit cette connaissance approfondie de l'art antique ? Mais Gentile da Fabriano aussi avait passé plusieurs années à Florence, et cependant rien, dans son oeuvre, ne trahit la plus légère préoccupation de l'antiquité. D'ailleurs, jusque vers 1430, les peintres florentins eux-mêmes, loin de sacrifier aux tendances de leurs confrères les architectes et les sculpteurs, prirent pour unique règle le naturalisme. ”
“ L’or est employé avec plus de discrétion encore ; son usage est limité à la couronne, aux auréoles et à la broche qui retient les plis souples du manteau bleu de ta Vierge. L’influence de Gentile da Fabriano n’apparaît plus que dans le type de la Madone, dans la coupe des paupières et dans la forme de la bouche. Si insuffisantes qu’elles soient, au point de vue de l’ensemble de l’œuvre du maître, ces deux Madones sont néanmoins précieuses comme fournissant l’origine de la demi-figure devant une balustrade, motif que Giovanni Bellini variera plus tard à l’infini. ”
Joseph Caccia, Nouveau guide général du voyageur en Italie… (1873)
“ Fabriano (6,600 hab ) ; ses importantes papeteries remontent au XVI° siècle (1564) . — Patrie du peintre Gentile da Fabriano (1370-1450) , dont l'école y a laissé de bonnes peintures. A Fabriano on rejoint la ligne du chemin de fer d'Ancône à Foligno. Au delà de Fossato, on gravit la montagne de Sigillo, dans les flancs de laquelle est une galerie de stalactites terminée par un petit lac. Sigillo (1,200 h. ) , l'antique Helvillum, Scillum, l'une des stations de la via Flaminia ; on attribue à Flaminius deux ponts qui sont dans son voisinage. ”
Alfred Rambaud,
Histoire générale du IVe siècle à nos jours…
(1893-1901)
“ Il n'en est pas moins un des génies les plus remarquables de la peinture. La Crucifixion et la Prédication de saint Etienne se peuvent comparer à tout. Gentile da Fabriano (né entre 1360 et 1370, mort vers 1450) , quoique plus âgé que Fra Angelico, se rapproche davantage des tendances nouvelles. Comme le moine, il emploie volontiers les éclatantes couleurs des miniaturistes, prodiguant des tons qu'il serait impossible de retrouver dans la nature ”
“ Il s’imprègne de l’atmosphère d’humanisme qui l’entoure, il dessine des monuments et des statues antiques. Mais, en vrai Vénitien, il perfectionne avant tout sa technique. Il exagère le recul de ses perspectives, dans tout le feu de la découverte ; il s’exerce avidement à saisir les mouvements violents, la lutte, la course ; il s’essaie même aux études de nu. Pour l’Italie de 1440, tout cela n’est pas nouveau. Pour Venise, c’est une révélation. Ni Gentile da Fabriano, ni Pisanello lui-même n’avaient élargi à ce point le cadre de leurs compositions. ”
Henry Cochin,
Le Bienheureux Frà Giovanni Angelico de Fiesole…
(1906)
“ Sous Martin V plusieurs admirables artistes étaient venus travailler à Rome. Masaccio avait peint à SainteMarie Majeure le pape Libère sous les traits de Martin V; Gentile da Fabriano recevait en 1426 un salaire de trois cents florins pour peindre au Latran. ”
Théodore de Wyzewa,
Revue des Deux Mondes
“ La leçon que Gentile de Fabriano est venu apporter à tout l’art chrétien, lui-même l’a apprise du glorieux compatriote qui, jadis, errant par les collines et les vallées de l’Ombrie, avait forcé la nature entière à s’unir avec lui dans un élan prodigieux d’enthousiasme mystique ”
Auguste de Villiers de L’Isle-Adam,
Isis
“ Voici en peu de mots l’histoire de la noblesse assez étrange de Fabriana, continua le prince. Il est bon que vous la connaissiez. Tullia Fabriana descend, par les femmes, des Fabriani vénitiens, dont sa famille a pris le nom, et par les hommes, des Visconti de Pise, lesquels ne sont liés d’aucune parenté avec ceux de Milan. ”
Théodore de Wyzewa,
Revue des Deux Mondes
“ Autant d’hommes entre qui Palla Strozzi aurait pu choisir, — puisqu’il trouvait l’occasion de doter Florence d’un nouveau chef-d’œuvre, — au lieu d’aller dénicher quelque part ce Gentile de Fabriano dont l’art, évidemment grossier et rudimentaire, était bon tout au plus à contenter le goût barbare des trafiquans de Venise, ou de populations à demi « tudesques » comme celles de Vérone et de Brescia ! ”
Various, L'Illustration, No. 0013, 27 Mai 1843
“ Fabricio passe pour un homme sans foi, et l'ambassadeur pour un grand politique. L'un a les profits et la gloire du succès, l'autre n'en récolte que la honte.Tous deux reviennent à Modène, le comte chargé d'honneurs, le graveur plus misérable que jamais. Ferrari, ne sachant plus qu'en faire, a jeté Fabricio sur le pavé, et la comtesse s'est divertie de son amour. Que vous dirai-je? Fabricio n'a plus qu'à se pendre; il ne se pend pas, malheureusement, et va jusqu'au crime. De faux billets de banque circulent à Modène: on cherche le coupable et l'on découvre Fabricio. ”
Stendhal,
La Chartreuse de Parme
“ Le comte regarda Fabrice : jamais cette belle figure lombarde ne lui avait paru si simple et si noble ! Fabrice faisait plus d’attention que la duchesse aux embarras qu’il racontait. Réellement, se dit-il, cette tête joint l’extrême bonté à l’expression d’une certaine joie naïve et tendre qui est irrésistible. Elle semble dire : il n’y a que l’amour et le bonheur qu’il donne qui soient choses sérieuses en ce monde. Et pourtant arrive-t-on à quelque détail où l’esprit soit nécessaire, son regard se réveille et vous étonne, et l’on reste confondu. ”
Johann Wolfgang von Goethe,
Le Salmigondis
“ Fabrice. Cela t’arrive souvent. Guillaume. Si tu l’avais connue ! Je te dis que c’était une des plus belles créatures ! Fabrice. Elle était veuve, quand tu fis sa connaissance. Guillaume. Si noble et si pure ! Hier encore je lisais une de ses lettres. Tu es le seul homme qui en ait jamais vu quelque chose. (Il va à la cassette.) Fabrice, à part. S’il m’épargnait seulement aujourd’hui ! J’ai déjà entendu cette histoire si souvent ! En d’autres moments, je l’écoute aussi volontiers, car cela lui part toujours du cœur ”
Stendhal,
La Chartreuse de Parme
“ Fabrice, comparé à tous ces jeunes gens, était celui qui portait le plus de légèreté dans ses relations de cœur. Il était en prison, il s’ennuyait, il faisait la cour à l’unique femme à laquelle il pût parler; quoi de plus simple? quoi même de plus commun? et c’était ce qui désolait Clélia. Quand même, par une révélation complète, elle eût appris que Fabrice n’aimait plus la duchesse, quelle confiance pouvait-elle avoir dans ses paroles? ”
Johann Wolfgang von Goethe,
Le Salmigondis
“ Guillaume ! non ! non ! Je ne te laisserai jamais ! Tu es à moi !... Je te tiens ! je ne puis te quitter ! (Entre Fabrice.) Ah ! Fabrice, vous venez à propos ! Mon cœur est assez ouvert et assez fort pour que je puisse vous le dire : je ne vous ai rien promis. Soyez notre ami. Je ne vous épouserai jamais. Fabrice, froidement et avec amertume. Je le pensais bien, Guillaume. Si tu mettais tout ton poids dans la balance, je devais être trouvé trop léger. Je reviens pour vous déclarer ce que j’avais sur le cœur. ”
Stendhal,
La Chartreuse de Parme
“ C’est avec regret que nous allons placer ici l’une des plus mauvaises actions de Fabrice : au milieu de cette vie tranquille, une misérable pique de vanité s’empara de ce cœur rebelle à l’amour et le conduisit fort loin. En même temps que lui se trouvait à Bologne la fameuse Fausta F***, sans contredit l’une des premières chanteuses de notre époque, et peut-être la femme la plus capricieuse que l’on ait jamais vue. ”
Stendhal,
La Chartreuse de Parme
“ Fabrice se plaisait fort dans la société du comte: c’était le premier homme supérieur qui eût daigné lui parler sans comédie; d’ailleurs ils avaient un goût commun, celui des antiquités et des fouilles. Le comte, de son côté, était flatté de l’extrême attention avec laquelle le jeune homme l’écoutait; mais il y avait une objection capitale: Fabrice occupait un appartement dans le palais Sanseverina, passait sa vie avec la duchesse, laissait voir en toute innocence que cette intimité faisait son bonheur, et Fabrice avait des yeux, un teint d’une fraîcheur désespérante. ”
Stendhal,
La Chartreuse de Parme
“ Comme Fabrice revenait tout ébouriffé de son audience au palais, et racontait à sa tante les diverses attaques du prince:—Il faut, lui dit-elle, que tu ailles tout présentement chez le père Landriani, notre excellent archevêque; vas-y à pied, monte doucement l’escalier, fais peu de bruit dans les antichambres; si l’on te fait attendre, tant mieux, mille fois tant mieux! en un mot, sois apostolique!—J’entends, dit Fabrice, notre homme est un Tartufe.—Pas le moins du monde, c’est la vertu même.—Même après ce qu’il a fait, reprit Fabrice étonné, lors du supplice du comte Palanza? ”
Stendhal,
La Chartreuse de Parme
“ «Est-il bien possible, se disait Fabrice en revenant au palais Sanseverina, que ce soit là l’homme qui a fait hâter le supplice de ce pauvre comte Palanza!»—Que pense Votre Excellence, lui dit en riant le comte Mosca, en le voyant rentrer chez la duchesse (le comte ne voulait pas que Fabrice l’appelât Excellence) .—Je tombe des nues; je ne connais rien au caractère des hommes: j’aurais parié, si je n’avais pas su son nom, que celui-ci ne peut voir saigner un poulet. ”
Pierre Jules de Bourrousse de Laffore, Généalogies des maisons de Fabri et d'Ayrenx (1884)
“ X. BARTHÉLÉMY DE FABRI ou DE FABRY, coseigneur d'Espinouse, auteur des seigneurs de Fabrègues, est le troisième fils d'Antoine I de Fabri, chevalier, et de Huguette de Claritys. Il a deux frères aînés : Raymond de Fabri, seigneur en partie de Saint-Julien et de Ries, né en 1403, et Monet de Fabri, né en 1408, élevés au château d'Angers, enfants d'honneur avec le bon roi René, qualifiés en 1416 sergents d'armes de Louis II de France, duc d'Anjou, comte de Provence, roi titulaire de Naples (voir p. 19 et 20) . ”
Gustave Flaubert,
Correspondance de Gustave Flaubert
“ Jusqu’à présent, il ne m’a rien accordé de toutes les requêtes semblables que je lui ai faites ; tant il est vrai que le Pouvoir abrutit les hommes. Car enfin quel intérêt a-t-il de décorer Fabre ? L’hypothèse touchant Hébrard me paraît juste. Mais non ! J’aime mieux croire que Fabre est décoré uniquement parce qu’il est médiocre. ”
Stendhal,
La Chartreuse de Parme
(1883)
“ Mais devinez-vous, dit la duchesse au comte, d'où vient cette passion subite du bon archevêque pour Fabrice ? – Je n'ai pas besoin de deviner ; le grand-vicaire dont le frère est capitaine me disait hier : – Le père Landriani part de ce principe certain, que le titulaire est supérieur au coadjuteur, et il ne se sent pas de joie d'avoir sous ses ordres un del Dongo, et de l'avoir obligé. Tout ce qui met en lumière la haute naissance de Fabrice ajoute à son bonheur intime : il a un tel homme pour aide de camp ! En second lieu, monseigneur Fabrice lui a plu, il ne se sent point timide devant lui ”
Stendhal,
La Chartreuse de Parme
“ Tout cela est fort beau et fort bien inventé, se dit Fabrice ; je dois une reconnaissance éternelle au comte et à la duchesse ; ils croiront peut-être que j’ai eu peur, mais je ne me sauverai point. Est-ce que jamais l’on se sauva d’un lieu où l’on est au comble du bonheur, pour aller se jeter dans un exil affreux où tout manquera, jusqu’à l’air pour respirer ? Que ferais-je au bout d’un mois que je serais à Florence ? Je prendrais un déguisement pour venir rôder auprès de la porte de cette forteresse, et tâcher d’épier un regard ! ”
Édouard Bergounioux, Charette, par Édouard Bergounioux (1832)
“ Fabricius, au contraire, gros, gras, rond, visage, franchement épanoui, malicieux et spirituel, si vous le voulez, avait l'air d'un homme incapable de garder un secret, d'un homme à tout conter au convive qui lui ferait raison, un verre à la main, auprès d'une joyeuse nymphe de l'Opéra. Les apparences sont trompeuses; défiezvous-en. Fabricius ne parlera à personne du pont des Tuileries tel qu'il l'a vu certain soir; et, pour que Gesner ne la comprenne pas toute entière, qu'on se garde de lui dire un mot de sa pensée. ”
Stendhal,
Revue des Deux Mondes
“ Fabrice était un grand homme maigre, d’une agilité et d’une force incroyables : quoiqu’à peine âgé de quarante-cinq ans, ses cheveux et sa moustache étaient d’une blancheur éclatante, ce qui le contrariait fort ; à ce signe on pouvait le reconnaître en des lieux où il eût mieux aimé passer incognito. À mesure que les paysans le voyaient, ils criaient : Vive Colonna ! ”
Various, L'Illustration, No. 0013, 27 Mai 1843
“ L'incartade de Fabricio mérite châtiment: on renferme dans un cachot bien noir, et pour le reste de sa vie. La peccadille commise par le Ferrari contre la jeune soeur ayant fait scandale, le prince condamne le délinquant à huit jours de retraite dans une jolie prison tout à fait semblable à un boudoir; Fabricio se désespère et gèle sous les verrous; le comte de Ferrari est bien nourri, bien chauffé, visité par ses amis et caressé par son médecin.Fabricio mourrait là de désespoir, si la comtesse de Ferrari ne lui ouvrait les portes. ”
Alexandre Dumas,
La peinture chez les anciens : Léonard de Vinci…
(1856)
“ Comme Gentil Bellin, il était fils de Jacques 1er, élève du peintre ombrien, Gentile di Fabriano, auquel le sénat de Venise fit une pension d'un ducat d'or par jour et donna l'autorisation de porter la robe de sénateur. C'est en mémoire de ce digne maître que Jacques avait appelé son premier fils Gentile.1 Antonello de Messine fit deux voyages à Venise, l'un vers l'an 1431, l'autre vers l'an 1475 ”
Johann Wolfgang von Goethe,
Le Salmigondis
“ Fabrice. Qu’as-tu donc ?... Cela me fait mal... Cette répugnance... Si tu dois avoir un beau-frère, comme il arrivera tôt ou tard, pourquoi pas moi, que tu connais, que tu aimes ? Du moins je croyais... Guillaume. Laisse-moi !... Je n’ai pas mes idées. Fabrice. Je dois tout dire. Mon sort dépend de toi seul. Son cœur a de l’inclination pour moi : tu dois l’avoir observé. Elle t’aime plus que moi, je le veux bien : elle aimera son mari mieux que son frère. ”
Stendhal,
La Chartreuse de Parme
“ À son retour dans ce palais formidable, bâti par les plus belliqueux de ses ancêtres, Fabrice ne savait rien au monde que faire l’exercice et monter à cheval. Souvent le comte Pietranera, aussi fou de cet enfant que sa femme, le faisait monter à cheval, et le menait avec lui à la parade. En arrivant au château de Grianta, Fabrice, les yeux encore bien rouges des larmes répandues en quittant les beaux salons de sa tante, ne trouva que les caresses passionnées de sa mère et de ses sœurs. Le marquis était enfermé dans son cabinet avec son fils aîné, le marchesino Ascanio. ”
Léon Gozlan,
Les martyrs inconnus
(1866)
“ Singuliers amis, ceux parmi lesquels il faut ranger Fabry ; on ne sait pas toujours s'ils vous aiment, et l'on sait fort souvent qu'ils vous détestent. De leur côté, ils ne doutent pas du sentiment qu'ils vous inspirent ; c'est un attachement répulsif qui ne s'altère jamais. J'ai connu Fabry au collége, et Fabry m'enlevait déjà tous les premiers prix sans y avoir plus de droits qu'à Saumur, où je le rencontre encore avec ses mêmes instincts de rivalité froide, contenue et toujours triomphante. Au sortir de l'école, on m'envoie en Algérie ”
Stendhal,
La Chartreuse de Parme
“ Maintenant la vanité piquée de cet homme peut lui suggérer les idées les plus singulières; leur cruauté bizarre ne ferait que piquer au jeu son étonnante vanité. S’il revient à ses anciens propos de fade galanterie, s’il me dit: Agréez les hommages de votre esclave, ou Fabrice périt: eh bien! la vieille histoire de Judith... Oui, mais si ce n’est qu’un suicide pour moi, c’est un assassin pour Fabrice; le benêt de successeur, notre prince royal, et l’infâme bourreau Rassi font pendre Fabrice comme mon complice. ”
