“ C’est par ambition uniquement que je me suis donnée à toi. Mais je meurs d’amour. Je suis une indigne, je l’avoue. Humilie-moi ; je mérite tous les mépris. Je meurs d’amour et de honte. Je tombe à tes pieds, je te demande pardon, je n’ai plus d’ambition ni même d’orgueil. Dis-moi ce que tu veux que je fasse à l’avenir. Je suis à tes pieds, humilie-moi tant que tu voudras ; plus tu m’humilieras, plus tu seras humain envers moi. » « Tout cela, est-ce encore de l’affectation ? » se disait Lucien. Il n’avait jamais vu de scène de cette force. ”
Stendhal
Élements biographiques
Henri Beyle, connu sous le pseudonyme de Stendhal (1783-1842), figure emblématique du roman français du XIXe siècle, incarne la tension entre réalisme psychologique et romantisme. Auteur de Le Rouge et le Noir et La Chartreuse de Parme, ses œuvres dévoilent les aspirations, les passions et les contradictions des individus à travers un style sobre et analytique.
En combinant introspection et critique sociale, Stendhal forge une vision unique de l’âme humaine, marquée par son « beylisme », une méthode personnelle de recherche du bonheur. Son œuvre, traversée par l’amour, l’ambition et la quête de vérité, reste un pilier de la littérature européenne.
Citations de Stendhal
“ Tout à coup madame de Rênal se jeta aux pieds de son mari : Julien vit qu’elle allait tout dire et se perdre à jamais. Par bonheur, ce mouvement singulier importuna M. de Rênal. — Adieu ! adieu ! dit-il en s’en allant. — Non, écoute-moi, s’écria sa femme à genoux devant lui, et cherchant à le retenir. Apprends toute la vérité. C’est moi qui tue mon fils. Je lui ai donné la vie et je la lui reprends. Le ciel me punit, aux yeux de Dieu, je suis coupable de meurtre. Il faut que je me perde et m’humilie moi-même ; peut-être ce sacrifice apaisera le Seigneur. ”
Stendhal,
La Chartreuse de Parme
(1839)
“ Tout cela est fort beau et fort bien inventé, se dit Fabrice ; je dois une reconnaissance éternelle au comte et à la duchesse ; ils croiront peut-être que j’ai eu peur, mais je ne me sauverai point. Est-ce que jamais l’on se sauva d’un lieu où l’on est au comble du bonheur, pour aller se jeter dans un exil affreux où tout manquera, jusqu’à l’air pour respirer ? Que ferais-je au bout d’un mois que je serais à Florence ? je prendrais un déguisement pour venir rôder auprès de la porte de cette forteresse, et tâcher d’épier un regard ! ”
