“ « Ainsi, je suis seule, seule au monde, avec ma honte, » se disait madame de Chasteller. Après avoir beaucoup pleuré dans le silence et l’obscurité, devant une grande fenêtre ouverte qui lui laissait voir à deux lieues vers l’Orient les bois noirs de la forêt de Burelviller, et au-dessus un ciel pur et sombre parsemé d’étoiles scintillantes, son attaque de nerfs se calma, et elle eut le courage d’appeler sa femme de chambre et de l’envoyer se coucher. Jusqu’à ce moment, la présence d’un être humain lui eût semblé redoubler d’une façon trop cruelle sa honte et son malheur. ”
Madame de Chasteller
Définition et enjeux
Citations sur “madame de Chasteller”
“ Quelle leçon de modestie ! Quel besoin d’agir pour être enfin sûr de soi-même, non plus par une vaine probabilité, mais d’après des faits ! Lucien fut tiré de sa rêverie profonde par un événement bien étonnant : madame de Serpierre le présentait à madame de Chasteller, et accompagnait cette cérémonie des louanges les plus excessives. Lucien était rouge comme un coq, et cherchait en vain à trouver un mot poli, tandis qu’on exaltait surtout son esprit aimable, admirable d’à-propos et d’élégance parisienne. Enfin, madame de Serpierre elle-même s’aperçut de l’état où il se trouvait. ”
Madame de La Fayette,
Œuvres complètes de mesdames de La Fayette…
“ Les reines les allèrent voir jouer, suivies de toutes les dames, et entre autres de madame de Clèves. Après que la partie fut finie, comme l’on sortait du jeu de paume, Chastelart s’approcha de la reine dauphine, et lui dit que le hasard lui venait de mettre entre les mains une lettre de galanterie qui était tombée de la poche de M. de Nemours. Cette reine, qui avait toujours de la curiosité pour ce qui regardait ce prince, dit à Chastelart de la lui donner : elle la prit, et suivit la reine sa belle-mère, qui s’en allait avec le roi voir travailler à la lice. ”
Madame de La Fayette,
Œuvres complètes de mesdames de La Fayette…
“ Cependant madame de Clèves s’habilla en diligence pour aller chez la reine. À peine parut-elle dans sa chambre, que cette princesse la fit approcher, et lui dit tout bas : Il y a deux heures que je vous attends, et jamais je n’ai été si embarrassée à déguiser la vérité que je l’ai été ce matin. La reine a entendu parler de la lettre que je vous donnai hier ; elle croit que c’est le vidame de Chartres qui l’a laissé tomber : vous savez qu’elle y prend quelque intérêt. Elle a fait chercher cette lettre ; elle l’a fait demander à Chastelart ”
Amédée de Pastoret,
Érard Du Châtelet : esquisses du temps de Louis XIV, 1661-1664
(1847)
“ Et les jours avaient passé ! et Louise, douce, franche, naïve, avait montré toujours à M. du Châtelet la même affection de soeur, la même confiance, une tendresse aussi vraie ! Erard en avait senti le prix, mais non le bonheur. Il ne pouvait se plaindre, il n'osait s'éclaircir. La soirée de madame de Mazarin, la querelle de Mariamne, le combat arrivèrent. Il ne s'en plaignit pas trop , peut-être. Une vie plus calme eût amené, il est vrai, les occasions qu'il avait cherchées d'abord. ”
Fortuné de Cholet, Madame. Nantes, Blaye, Paris, par le Bon Fortuné de Cholet (1833)
“ J'ai quitté S. A. R. le 7 à midi et demi. Sa santé était un peu altérée des suites d'un gros rhume, qui cependant n'avait rien d'inquiétant. Elle s'était promenée la veille sur les remparts, et le jour même dans le jardin. Je crois inutile de rappeler le courage de Madame et comment son noble caractère soutient toutes les peines de la captivité; il suffit de dire que Madame est elle-même. ”
Fortuné de Cholet, Madame. Nantes, Blaye, Paris, par le Bon Fortuné de Cholet (1833)
“ La cachette est ouverte ; Madame ne s'avance pas pour y entrer; mais voyant que personne ne se meut, elle reproche joyeusement à ses dévoués serviteurs d'avoir oublié les conventions ; elle ajoute : C'est comme à la répétition. La princesse et ses trois compagnons sont en effet depuis long-temps préparés à entrer, à se blottir, à s'encaisser dans cette cache, dans laquelle une personne seule serait encore à l'étroit. Plusieurs fois, dans leurs momens perdus, madame la duchesse, mademoiselle Stylie de Kersabiec, M. de Mesnard et M. Guibourg se sont exercés à y entrer et à s'y placer. ”
Madame de La Fayette,
La Princesse de Clèves
“ Les personnes galantes sont toûjours bien aises qu’un pretexte leur donne lieu de parler à ceux qui les aiment. Si‐tost que le Vidame eut quitté Madame, elle ordonna à Chastelart, qui étoit Favory de Monsieur d’Anville, & qui sçavoit la passion qu’il avoit pour elle, de luy aller dire de sa part, de se trouver le soir chez la Reine. Chastelart receut cette commission avec beaucoup de joye & de respect. Ce Gentilhomme estoit d’une bonne maison de Dauphiné, mais son merite & son esprit le mettoient au dessus de sa naissance. ”
“ Et, le soir, pendant le diner, où la mère et le fils furent invités en toute intimité, la jeune fille dut subir la conversation de son voisin, ce qu’elle fit en toute distraction. — Qu’a donc votre Charlette ? demanda madame Lechâtelier à Belle dans la soirée. Comme elle semble préoccupée !... Madame du Jonquier haussa les épaules. — Elle a besoin d’être mariée ! fit-elle avec une sécheresse, ayant fort bien remarqué le trouble de sa fille, lorsque celle-ci était descendue du traineau, ainsi que l’excitation joyeuse du romancier. ”
Amédée de Pastoret,
Érard Du Châtelet : esquisses du temps de Louis XIV, 1661-1664
(1847)
“ J'ai tant besoin de vous, je vis tant en vous, que mon amour en devient plus digne de vous être offert. Dites-moi quel est mon sort et ce que je dois attendre. Si vous m'aimez, je cours à votre mère, à M. de Saint-Remy, à madame Henriette ; je vous obtiendrai d'eux. Ah! je vous aime tant, que vous seriez heureuse! et il faut que je le 198 ERARD DU CHATELET. croie pour vous en parler avec cette insistance. Je vous adore, Louise, je ne puis rien être et rien sentir que par vous. Eh bien ! ”
Amédée de Pastoret,
Érard Du Châtelet : esquisses du temps de Louis XIV, 1661-1664
(1847)
“ En ce moment, un bruit se fit entendre du côté 202 ERARD DU CHATELET. de l'appartement de madame Henriette. A travers les fenêtres, on vit passer des pages portant des flambeaux. C'était l'heure où Monsieur et Madame allaient chercher le roi. " Déjà ! s'écria Erard, déjà vous quitter! Il le faut cependant, et quoi qu'il m'en coûte! Louise, une seule parole : quel souvenir dois-je emporter de cette soirée? — Que vous n'aurez jamais d'amie plus sincère , plus tendre; qu'il faut revenir de ce long voyage, si toutefois le départ est nécessaire ”
Madame de La Fayette,
La Princesse de Clèves
“ Cette heritiere estoit alors un des grands Partis qu’il y eut en France ; & quoiqu’elle fust dans une extrême jeunesse, l’on avoit déja proposé plusieurs mariages. Madame de Chartres qui estoit extrêmement glorieuse, ne trouvoit presque rien digne de sa fille, la voyant dans la seiziême année, elle voulut la mener à la Cour. Lorsqu’elle arriva, le Vidame alla au devant d’elle : Il fut surpris de la grande beauté de Mademoiselle de Chartres, & il en fut surpris avec raison. La blancheur de son teint & ses cheveux blonds, luy donnoient un éclat que l’on n’a jamais vû qu’à elle ”
Fortuné de Cholet, Madame. Nantes, Blaye, Paris, par le Bon Fortuné de Cholet (1833)
“ Alors on pressé Madame de se soustraire aux recherches ; la moitié des convives doit se cacher, et pour recevoir la ( 197 ) force armée les courageuses demoiselles Duguiny, madame de Charette et une demoiselle de Kersabiec demeures seules. Une cachette est prête. Depuis long-temps il a été décidé que son Altesse royale Madame, que mademoiselle Stylie, que M. Guibourg, que M. de Mesnard y chercheront un commun asile. Madame n'entend pas se dérober seule aux persécutions : la liberté de ses serviteurs lui est chère, au moins autant que la sienne propre. ”
Madame de La Fayette,
La Princesse de Clèves
“ Monsieur, lui répondit-elle en se jetant à ses genoux, je vais vous faire un aveu que l'on n'a jamais fait à son mari; mais l'innocence de ma conduite et de mes intentions m'en donne la force. Il est vrai que j'ai des raisons de m'éloigner de la Cour, et que je veux éviter les périls où se trouvent quelquefois les personnes de mon âge. Je n'ai jamais donné nulle marque de foiblesse, et je ne craindrois pas d'en laisser paroître, si vous me laissiez la liberté de me retirer de la Cour, ou si j'avois encore Madame de Chartres pour aider à me conduire. ”
François Chaussier,
Notice historique sur la vie et les écrits de Mme Lachapelle…
(1823)
“ CHAPELLE le soin dé les terminer elle-même. Il aimait-beaucoup-là-voir opérer sous ses yeux, et ne manquait jamais d'applaudir à.ses succès. Avant de commencer une manoeuvré quelconque, Madame LACHAPELLE avait toujours soin d'en prévenir la femme, de lui en faire sentir la nécessité, les avantages, et d'éloigner de son esprit lacrainte et l'inquiétude: s'agit-il del'application du forceps, « je ne manque jamais, nous dit-elle, » ainsi que Baudeloque en a donné lé judicieux » précepte, de faire voir l'instrument à la femme, » de lui expliquer à-peu-près son usage et safaçon » d'agir ”
Germain Nouveau,
Valentines et autres vers
“ Je connais, Madame, un bonhomme Qui serait bien mal à la Cour. Je ne sais comment il se nomme, Sa femme n’est pas laide, en somme, Non..., elle est très digne d’amour. Elle a de l’œil et de la taille, Un petit soulier de satin. C’est une blonde, toute en paille. Mais, voyez, Madame, elle bâille Dès les onze heures du matin. L’hiver, sa servante auprès d’elle, Elle garde le coin du feu, Demandant s’il vente ou s’il gèle ; Quelquefois un bout de querelle Avec son chéri, c’est fort peu. Au mois de juin, pour la distraire, Celui-ci la mène à la mer, Mais son fauteuil est solitaire ; ”
Madame de La Fayette,
Œuvres complètes de mesdames de La Fayette…
“ Le prince de Clèves devint passionnément amoureux de mademoiselle de Chartres, et souhaitait ardemment de l’épouser ; mais il craignait que l’orgueil de madame de Chartres ne fût blessé, de donner sa fille à un homme qui n’était pas l’aîné de sa maison. ”
Stendhal,
Le Rouge et le Noir
(1830)
“ Son amour ne fut plus seulement de l’admiration pour la beauté, l’orgueil de la posséder. Leur bonheur était désormais d’une nature bien supérieure ; la flamme qui les dévorait fut plus intense. Ils avaient des transports pleins de folie. Leur bonheur eût paru plus grand aux yeux du monde. Mais ils ne retrouvèrent plus la sérénité délicieuse, la félicité sans nuages, le bonheur facile des premières époques de leurs amours, quand la seule crainte de madame de Rênal était de n’être pas assez aimée de Julien. Leur bonheur avait quelquefois la physionomie du crime. ”
Stendhal,
Le Rouge et le Noir
(1830)
“ Monsieur Julien, de grâce modérez-vous, songez que nous avons tous des moments d’humeur, dit rapidement madame Derville. Julien la regarda froidement avec des yeux où se peignait le plus souverain mépris. Ce regard étonna madame Derville, et l’eût surprise bien davantage si elle en eût deviné la véritable expression ; elle y eût lu comme un espoir vague de la plus atroce vengeance. Ce sont sans doute de tels moments d’humiliation qui ont fait les Robespierre. ”
Stendhal,
Romans et Nouvelles II
“ Féder, exprimant aussi sa sensation sans y réfléchir, et se laissant mener par l’affreuse douleur de ses oreilles, refusa le dîner avec une énergie qui eût été offensante pour tout autre que les deux Gascons, si sûrs de leur mérite. Féder fut étonné lui-même de la vivacité de son accent et, craignant d’avoir pu offenser madame Boissaux, chez laquelle il soupçonnait plus de tact, se hâta de donner une foule de bonnes raisons que Valentine accueillit avec une froideur parfaite. Son âme était tout occupée à examiner cette question : « Ce monsieur Féder est-il un homme aimable ? » ”
Fortuné de Cholet, Madame. Nantes, Blaye, Paris, par le Bon Fortuné de Cholet (1833)
“ Quatre personnes seulement étaient présentes : madame de Charrette, mademoiselle de Kersabiec et les deux demoiselles Duguiny. La vue de cette table et de ses préparatifs dénoncés par Deutz et remarqués hautement par le préfet, n'émeut pas ces nobles dames ; pendant que l'on cherche, toutes quatre disant que leurs parentes invitées ont été épouvantées et repous- ( 208 ) sées par la force armée déployée à leur porte, finissent par se mettre à table : elles mangent même : elles se seraient étouffées pour manger. ”
Madame de La Fayette,
Œuvres complètes de mesdames de La Fayette…
“ Elle ouvrit la lettre avec beaucoup d’émotion, et y trouva à-peu-près ces paroles : « Je ne pense qu’à vous, madame : je ne suis occupé que de vous ; et, dans les premiers moments de la possession légitime du plus grand parti de France, à peine le jour commencé à paraître, que je quitte la chambre où j’ai passé la nuit, pour vous dire que je me suis déja repenti mille fois de vous avoir obéi, et de n’avoir pas tout donné pour ne vivre que pour vous. ”
Madame de La Fayette,
La Princesse de Clèves
“ Monsieur de Clèves ne trouva pas que mademoiselle de Chartres eût changé de sentiment en changeant de nom. La qualité de son mari lui donna de plus grands privilèges; mais elle ne lui donna pas une autre place dans le cœur de sa femme. Cela fit aussi que pour être son mari, il ne laissa pas d'être son amant, parce qu'il avait toujours quelque chose à souhaiter au-delà de sa possession; et, quoiqu'elle vécût parfaitement bien avec lui, il n'était pas entièrement heureux. Il conservait pour elle une passion violente et inquiète qui troublait sa joie; ”
“ De fort mauvaise humeur et très-humilié, Julien ne dormit point. Il était à mille lieues de l’idée de renoncer à toute feinte, à tout projet, et de vivre au jour le jour avec madame de Rênal, en se contentant comme un enfant du bonheur qu’apporterait chaque journée. Il se fatigua le cerveau à inventer des manœuvres savantes, un instant après, il les trouvait absurdes ; il était en un mot fort malheureux, quand deux heures sonnèrent à l’horloge du château. Ce bruit le réveilla comme le chant du coq réveilla saint Pierre. Il se vit au moment de l’événement le plus pénible. ”
“ Julien n’avait jamais vu un être aussi bien vêtu et surtout une femme avec un teint si éblouissant, lui parler d’un air doux. Madame de Rênal regardait les grosses larmes, qui s’étaient arrêtées sur les joues si pâles d’abord et maintenant si roses de ce jeune paysan. Bientôt elle se mit à rire, avec toute la gaieté folle d’une jeune fille ; elle se moquait d’elle-même et ne pouvait se figurer tout son bonheur. Quoi, c’était là ce précepteur qu’elle s’était figuré comme un prêtre sale et mal vêtu, qui viendrait gronder et fouetter ses enfants ! ”
Stendhal,
Molière, Shakspeare, la Comédie et le Rire
“ CLITANDRE Et j’ose maintenant vous conjurer, madame, De ne vouloir tenter nul effort sur ma flamme, De ne point essayer à rappeler un cœur Résolu de mourir en cette douce ardeur. Peu galants pour Henriette, et lourds comme toute la tirade. HENRIETTE Eh ! doucement, ma sœur. Où donc est la morale Qui sait si bien régir la partie animale, Et retenir la bride aux efforts du courroux Bonne plaisanterie, tirée du fond du sujet. ”
Alexandre Dumas,
La Reine Margot
(1845)
“ — Madame, lui dit-il, tout vient de vous, je le vois bien, et rien de mon beau-frère Charles ; c’est vous qui avez eu l’idée de m’attirer dans un piège ; c’est vous qui avez pensé à faire de votre fille l’appât qui devait nous perdre tous ; c’est vous qui m’avez séparé de ma femme, pour qu’elle n’eût pas l’ennui de me voir tuer sous ses yeux... ”
Guy de Maupassant,
Boule de suif
“ Pendant tout l'après-midi, on la laissa réfléchir. Mais, au lieu de l'appeler «madame» comme on avait fait jusque-là, on lui disait simplement «mademoiselle», sans que personne sût bien pourquoi, comme si l'on avait voulu la faire descendre d'un degré dans l'estime qu'elle avait escaladée, lui faire sentir sa situation honteuse. ”
Honoré de Balzac,
Illusions perdues
(1843)
“ Ses enfants, comme tous les enfants de l’amour, eurent pour tout héritage la merveilleuse beauté de leur mère, présent si souvent fatal quand la misère l’accompagne. Ces espérances, ces travaux, ces désespoirs si vivement épousés avaient profondément altéré la beauté de madame Chardon, de même que les lentes dégradations de l’indigence avaient changé ses mœurs ; ”
Madame de La Fayette,
Histoire d'Henriette d'Angleterre
“ Cela fit bientôt beaucoup de bruit à la Cour. La 45 Reine mère fut ravie de trouver un prétexte si spécieux de bienséance et de dévotion pour s'opposer à l'attachement que le Roi avoit pour Madame. Elle n'eut pas de peine à faire entrer Monsieur dans ses sentimens; il étoit jaloux par lui-même, et il le devenoit encore davantage par l'humeur de Madame, qu'il ne trouvoit pas aussi éloignée de la galanterie qu'il l'auroit souhaité.L'aigreur s'augmentoit tous les jours entre la Reine mère et elle. Le Roi donnoit toutes les espérances à Madame, mais il se ménageoit néanmoins avec la Reine mère ”
