“ Napoléon répondit avec feu : « Quelle plate folie ! Excellente preuve de la manière dont la passion peut obscurcir cette sûreté de jugement dont les Anglais sont si fiers ! Pourquoi faire périr par un crime un homme que toutes les lois de son pays conduisaient à l’échafaud ? Vos gens seraient excusables s’il s’agissait de Moreau. Si ce général eût trouvé la mort en prison, il y aurait des raisons pour ne pas croire au suicide. Moreau était chéri du peuple et de l’armée, et sa mort dans l’ombre d’une prison, quelque innocent que j’en eusse été, ne m’aurait jamais été pardonnée. » ”
Citations de Vie de Napoléon (Stendhal)
“ Napoléon eut donc toute raison de chercher à arrêter la Russie tandis que la France avait un grand homme pour souverain absolu. Le roi de Rome, né sur le trône, n’eût probablement pas été un grand homme et encore moins un souverain despotique. Le sénat et le corps législatif devaient tôt ou tard prendre de la vigueur et certainement l’influence de l’empereur des Français serait tombée, à la mort de Napoléon, en Italie et en Allemagne. Rien ne fut donc plus sage que le projet de guerre contre la Russie, et, comme le premier droit de tout individu est de se conserver, rien ne fut plus juste. ”
“ Refaire la République c’est-à-dire donner une constitution qui pût se soutenir par elle-même, Napoléon ne se sentait pas les moyens de résoudre ce problème. Il trouvait les hommes à employer trop méprisables et trop vendus à leurs intérêts. Enfin il ne voyait pas de place assurée pour lui-même, et, s’il se trouvait encore un traître pour vendre la France aux Bourbons ou à l’Angleterre, sa mort était la première mesure à prendre. Dans le doute, l’ambition l’emporta, comme il est naturel ; et, du côté de l’honneur, Napoléon se dit : « Je vaux mieux à la France que les Bourbons. » ”
“ Louis XIV, qui s’entendait en vanité n’eût pas commis cette faute. Tout l’argent qu’on avait rapporté de Prusse, environ cent millions, ne paraissait pas devoir suffire à la guerre d’Espagne. Napoléon, accoutumé à nourrir la guerre par la guerre, ne s’accoutumait pas à porter son argent en Espagne. Il voulait que Joseph payât la guerre ; l’Espagne y aurait suffi à peine en temps de paix. C’était le dernier degré de l’absurde, au moment où les troupes françaises n’étaient exactement maîtresses que du terrain qu’elles occupaient militairement et qu’elles épuisaient à fond. ”
“ Quelles réclamations en effet se sont élevées contre ce grand crime ? Quel généreux transport de tout le peuple, à l’ouïe de cette infamie, a désavoué son gouvernement aux yeux des nations ? Ô Sainte Hélène, roc désormais si célèbre, tu es l’écueil de la gloire anglaise ! L’Angleterre, s’élevant par une trompeuse hypocrisie au dessus des nations, osait parler de ses vertus ; cette grande action l’a démasquée ; qu’elle ne parle plus que de ses victoires tant qu’elle en aura encore. Cependant l’Europe est muette et elle accuse Napoléon ou, du moins, elle semble écouter ses accusateurs. ”
“ Dès la veille de l’arrivée du roi Charles IV, Napoléon avait fait appeler M. Escoïquiz et l’avait chargé de signifier au prince des Asturies que toute négociation avec lui était rompue et qu’à l’avenir, il ne traiterait plus qu’avec le roi d’Espagne. Or il était maître absolu des volontés du roi d’Espagne par le prince de la Paix. Les Anglais ont beaucoup dit qu’il y eut de la violence, des conspirations ; la vérité est qu’il n’y eut ni comploteurs ni conspirateurs, mais seulement, comme à l’ordinaire, des imbéciles conduits et dupés par des fripons. ”
“ À chaque moment, il arrivait à une nouvelle idée qu’il envoyait proposer aussitôt aux ministres espagnols. Ce n’est pas dans un tel état d’angoisse qu’un homme peut feindre : on put voir à fond dans l’âme et dans la tête de l’empereur. Il avait l’âme d’un soldat généreux, mais une pauvre tête en politique. Les ministres espagnols refusant tout avec l’indignation de la générosité, jouaient le beau rôle. Ils partaient toujours du principe que Ferdinand n’avait aucun droit de disposer de l’Espagne sans le consentement de la nation [3] . Leurs refus réduisaient Napoléon au désespoir. ”
“ La nation ne pense pas, comme en Allemagne, que c’est l’affaire des troupes de la défendre. On a tant d’orgueil national, on est si patriote en Espagne que même les prêtres le sont. Aujourd’hui, la moitié des généraux qui se battent en Amérique pour la liberté, se sont élevés de la classe des curés. C’est une ressemblance de plus avec les Turcs. La physionomie du clergé est peut-être le trait qui sépare le plus l’Espagne du reste de l’Europe. Le clergé réside en Espagne ; de plus, c’est le seul grand propriétaire qui vive au milieu des peuples. ”
“ Napoléon eut le défaut de tous les parvenus : celui de trop estimer la classe à laquelle ils sont arrivés. Pendant la route de Hanau à Paris, Napoléon n’avait pas la moindre idée de son péril. Il pensait à l’élan sublime de 1792, mais il n’était plus le premier consul d’une république. Pour abattre le consul il fallait abattre trente millions d’hommes. En quatorze ans d’administration, il avait avili les cœurs et remplacé l’enthousiasme un peu dupe des républiques, par l’égoïsme des monarchies. La monarchie était donc refaite ; le monarque pouvait changer sans véritable révolution. ”
“ Si Napoléon n’eût pas fait la paix de Campo-Formio, il pouvait anéantir l’Autriche et épargner à la France les conquêtes de 1805 et 1809 [1] . Il paraît que ce grand homme n’était à cette époque qu’un soldat, entreprenant, doué d’un génie prodigieux, mais sans aucun principe fixe en politique. Agité de mille pensées ambitieuses, il n’avait aucun plan arrêté pour satisfaire son ambition. « Du reste il était impossible, disait M. de Merveldt, d’avoir avec lui dix minutes de conversation, sans s’apercevoir que c’était un homme à grandes vues et d’une étonnante capacité. » ”
“ Au reste, l’esprit qui sert à acquérir n’est pas le même que celui qui sert à conserver. Si, le lendemain de la paix de Tilsitt, tout le génie de Napoléon se fût converti en simple bon sens, il serait encore le maître de la plus belle partie de l’Europe. Mais vous, lecteur, vous n’auriez pas la moitié des idées libérales qui vous agitent, vous brigueriez une place de chambellan, ou, petit officier de l’armée, à force de vous montrer le séide de l’empereur, vous chercheriez à monter d’un grade. ”
“ Le despote héréditaire prit le parti de la monarchie élective, et le soldat de fortune fut pour l’ordre de la naissance. « Combien peu y a-t-il à parier qu’un homme, que le hasard de la naissance appelle au trône, aura les talents nécessaires pour gouverner. » — « Combien peu d’hommes, répliquait Napoléon, ont possédé les qualités qui donnent des droits à cette haute distinction : un César, un Alexandre, dont on ne trouve pas un par siècle ; de manière qu’une élection, après tout, est encore une affaire de hasard et l’ordre successif vaut sûrement mieux que les dés. » ”
“ Il oublie que les fiers Castillans avilis d’abord par Charles-Quint, sont gouvernés, depuis ce célèbre empereur, par le plus lâche de tous les despotismes. M. d’Urquijo dit dans sa lettre au général La Cuesta : « Par malheur depuis Charles-Quint, la nation n’existe plus, parce qu’il n’y a point réellement de corps qui la représente, ni d’intérêt commun qui la réunisse vers un même but. Notre Espagne est un édifice gothique composé de pièces et de morceaux avec presque autant de privilèges, de législations, de coutumes et d’intérêts qu’il y a de provinces. L’esprit public n’existe point. » ”
“ En vertu du traité de Fontainebleau, conclu par le prince de la Paix, l’Espagne fut inondée de troupes impériales. À la fin, ce favori, aussi puissant que ridicule, s’aperçut que Napoléon se moquait de lui ; il eut l’idée de fuir au Mexique ; le peuple voulut retenir son roi ; de là les événements d’Aranjuez qui appelèrent Ferdinand VII au trône et renversèrent le plan de Napoléon. Le 18 mars 1808, ce peuple si stupide et si brave, se souleva. Le prince de la Paix, aussi abhorré qu’il méritait de l’être, passa du pouvoir souverain dans un cachot. ”
“ Tenez, jeune homme, dit Napoléon à son frère, apprenez, par cette scène, que, pour un militaire, c’est autant une affaire de conscience que de prudence, d’étudier profondément son métier. Si le misérable qui a fait marcher ces braves gens à l’attaque avait su son métier [4] , un grand nombre d’entre eux jouiraient maintenant de la vie et serviraient la République. Son ignorance les a fait périr, eux et des centaines d’autres, dans la fleur de la jeunesse et au moment où ils allaient acquérir de la gloire et du bonheur. ”
“ Napoléon, qui avait vécu en Corse et en France au milieu de nations pleines d’énergie et de finesse, fut à l’égard des Espagnols la dupe de son cœur. L’Espagne, de son côté, manqua une occasion que la suite des siècles ne lui représentera plus. Chaque puissance a un intérêt (mal entendu il est vrai) à voir ses voisins dans un état de faiblesse et de décadence. Ici, par un hasard unique, l’intérêt de la France et de la péninsule pour un moment se trouva le même. L’Espagne avait l’exemple de l’Italie que Napoléon avait élevée. ”
“ « J’ai gagné du temps », dit-il après Tilsitt, et jamais délai n’a été mieux mis à profit. En cinq ans, l’armée russe déjà si brave, fut organisée presque aussi bien que la française, et avec cet immense avantage qu’un soldat français coûte autant à sa patrie que quatre soldats russes. Toute la noblesse russe est engagée, de près ou de loin, dans l’intérêt commercial qu’exige la paix avec l’Angleterre. Quand son souverain la contrarie, elle le fait disparaître. La guerre avec la France était donc également indispensable du côté de la Russie. ”
“ Le Midi s’enflammait et l’on craignait des assassinats ; Bordeaux s’était déclaré pour ce roi qui devait enfin nous donner le gouvernement constitutionnel. Le Nord délibérait avec ce calme qui l’a distingué dans tout le cours de la Révolution. L’Est, animé des plus nobles sentiments, ne demandait que des armes pour purger le sol de la France. Napoléon, sourd à la voix de la raison qui lui conseillait de se jeter dans les bras de l’Autriche, ne paraissait occupé que de son admirable campagne contre les Alliés. Avec 70.000 hommes, il résistait à 200.000 et les battait sans cesse. ”
“ Si Bonaparte eût fait pendre le prince de la Paix, renvoyé Ferdinand VII en Espagne avec la constitution de Bayonne, une de ses nièces pour femme, une garnison de 80.000 hommes et un homme d’esprit pour ambassadeur, il tirait de l’Espagne tous les vaisseaux et tous les soldats qu’elle pouvait fournir. Qui peut assigner le degré d’adoration auquel se serait abandonné un peuple, chez lequel la louange devient un hymne et l’admiration une extase ? Il est hors de doute que Napoléon fut séduit par l’exemple de Louis XIV. Une fois provoqué à Iéna, il voulut faire autant que le grand roi. ”
“ Joseph partageait l’erreur de son frère ; il ne méprisait pas assez la canaille humaine. Il croyait que donner aux Espagnols l’égalité et toute la liberté qu’ils pouvaient concevoir, c’était s’en faire des amis. Loin de là, les Espagnols furent piqués de ce que les 80.000 hommes qu’on fit pénétrer en Espagne n’étaient pas des troupes d’élite ; ils virent là une marque de mépris. Dès lors, tout fut perdu. Comment prendre, en effet, un peuple ignorant, fanatique, sobre au milieu de l’abondance, tirant de ses privations autant de vanité que les autres en tirent de leur jouissance ? ”
“ Toute la vigilance d’une police infatigable était mise en défaut. Mes ministres allèrent jusqu’à suspecter le général Moreau. Ils me pressèrent souvent de signer l’ordre de son arrestation ; mais ce général avait alors un si grand nom en France qu’il me semblait qu’il avait tout à perdre et rien à gagner en conspirant contre moi. Je refusai l’ordre de l’arrêter ; je dis au ministre de la police : « Vous m’avez nommé Piehegru, Georges et Moreau ; donnez-moi la preuve que le premier est à Paris et je ferai immédiatement arrêter le dernier. » ”
“ Alors l’épée de Frédéric (du vainqueur de Rosbach) , apportée aux Invalides, la consolait de la perte d’un droit. Très souvent la tyrannie était exercée dans l’intérêt général : voyez la fusion des partis, l’arrangement des finances, l’établissement des Codes, les travaux des Ponts et Chaussées. On peut concevoir au contraire un gouvernement qui ne fasse éprouver que peu de gêne à l’individu parce qu’il est faible, mais qui emploie toute sa petite force à molester l’intérêt général. Le premier consul se convainquit bien que la vanité était en France la passion nationale. ”
“ Quand on voit les conséquences de ceci, on en vient presque à se réjouir de la chute de Napoléon. On voit encore mieux le combat du génie du grand homme contre le cœur du tyran dans son règne des Cent Jours. Il appelle Benjamin Constant et Sismondi ; il les écoute avec plaisir en apparence, mais bientôt il revient avec passion aux lâches conseils de Regnault de Saint-Jean d’Angély et du duc de Bassano. Et de tels hommes montrent combien la tyrannie l’avait déjà corrompu. Du temps de Marengo il les eût repoussés avec mépris. Ce sont ces deux hommes qui l’ont perdu plus que Waterloo. ”
“ L’aristocratie de Gênes, plus méprisable que celle de Venise, fut sauvée pour quelque temps par l’adresse d’un de ses nobles qui, d’abord l’ami de Napoléon, éprouva, depuis, plusieurs années de persécution, en conséquence de ce trait de patriotisme. L’Helvétie fut forcée d’accepter sa médiation. Mais, tandis qu’il empêchait la liberté de naître en Italie, il voulut la ramener en Suisse. Il créa le canton de Vaud et arracha ce beau pays, où la liberté subsiste encore aujourd’hui, à l’avilissante tyrannie de l’aristocratie bernoise. ”
“ Les ministres anglais n’avaient pas calculé cette chance, ces ministres qui n’ont d’influence que parce qu’ils profitent de la liberté qu’ils abhorrent. La Russie partira du point où ils l’ont mise pour recommencer Napoléon et d’une manière bien plus invincible, car elle ne sera pas viagère : nous verrons les Russes dans l’Inde. En Russie, personne n’en est encore à s’étonner du despotisme. Il se confond avec la religion ; et, comme il est exercé par le plus doux et le plus aimable des hommes, il ne choque que quelques têtes philosophiques qui vont voyager. ”
“ Le ministre qui ne répondait pas franchement et en homme qui ne se serait occupé que de cette idée toute la journée, était vilipendé, eût-il eu d’ailleurs les lumières du duc d’Otrante. Quand Napoléon apprit que Crétet, le meilleur ministre de l’intérieur qu’il ait eu, allait succomber à une maladie mortelle, il dit : « Rien de plus juste ; un homme que je fais ministre, ne doit plus pouvoir pisser au bout de quatre ans. C’est un honneur et une fortune éternelle pour sa famille. » Ces pauvres ministres étaient réellement hébétés par ce régime. ”
“ Je ne serais pas étonné que l’empereur, totalement étranger à l’esprit amusant, n’eût [eu] de l’éloignement pour les gens de ce caractère, si indispensables dans une cour, si l’on veut que la cour rivalise avec la ville. Tous les hommes de la cour de Saint-Cloud étaient les plus honnêtes gens du monde. Il n’y avait nulle noirceur dans cette cour dévorée d’ambition ; il n’y avait que de l’ennui, mais il était assommant. L’empereur n’était jamais qu’un homme de génie. ”
“ Napoléon, qui n’osait plus faire fusiller un soldat, se garda bien de parler de discipline. L’armée, à son retour de Moscou à Smolensk, était précédée de trente mille fuyards prétendus malades, mais se portant fort bien les dix premiers jours. Ces gens gaspillaient et brûlaient ce qu’ils ne consommaient pas. Le soldat fidèle à son drapeau se trouva faire un métier de niais. Or, comme c’est là ce que le Français abhorre par-dessus tout, il n’y eut bientôt plus, sous les armes, que les soldats à caractère héroïque et les nigauds. ”
“ Il était curieux de suivre dans l’âme de Napoléon les combats du génie de la tyrannie contre la raison profonde qui en avait fait un grand homme. Il fallait voir son inclination naturelle pour les nobles combattue par les bouffées de mépris qui lui montaient aux yeux dès qu’il les voyait de trop près. On sentait bien à tout ce qu’il faisait contre eux que c’était la colère d’un père. Aux bonnes gens qui auraient des doutes, nous leur ferions remarquer sa colère contre ce qui était vraiment libéral. ”
“ Joseph et la convention quittèrent Bayonne le 7 juillet. Si l’on n’avait jugé ce qui venait de se passer que par le cortège qui l’entourait, on n’aurait jamais soupçonné le changement étonnant qui venait de s’opérer. Il apparaissait aux Espagnols au milieu des ministres et des officiers qui avaient servi leurs anciens maîtres. De tout ce qui avait existé à la cour des Bourbons, il n’y avait de changé que le roi. Qu’on dise après cela que l’appui des rois est dans leur noblesse ! La noblesse au contraire est ce qui rend la royauté odieuse. ”
“ Ses justifications qui partent de Sainte-Hélène veulent bien l’excuser sur l’extrême médiocrité des gens de sa famille. Les talents ne manquent jamais et naissent en foule dès qu’ils sont demandés. D’abord il éloigna Lucien ; il ne tira pas un assez grand parti de Soult, de Lezay Marnezia, de Levoyer d’Argenson, de Thibaudeau, du comte de Lapparent, de Jean de Bry et de mille autres qui se seraient présentés. Qui devinait au temps de l’empereur les talents du comte Decazes ? Le malheur de sa famille est donc une pauvre excuse ; il n’eut pas de gens à talent parce qu’il n’en voulut pas. ”
“ On a cru souvent Napoléon perfide, et il n’était que changeant. Voilà la disposition qui le rendait le prince de l’Europe le moins propre au gouvernement constitutionnel. Il avait commencé par céder très sincèrement l’Espagne à Joseph : certainement, à Bayonne, il ne songeait pas à s’approprier une seule de ses provinces. En revenant de Benavente où, malgré tous les obstacles que la neige, l’hiver et les montagnes, peuvent entasser, il avait poursuivi les Anglais, il s’arrêta à Valladolid où il attendait avec impatience la députation de la ville de Madrid. ”
“ Il fallait qu’un peuple très fin sentît au milieu des phrases de stabilité, de postérité, que rien n’était stable que son pouvoir, que rien n’était progressif, que son autorité. « Les Français, dit-il vers ce temps, sont indifférents à la liberté ; ils ne la comprennent ni ne l’aiment ; la vanité est leur seule passion, et l’égalité politique, qui permet à tous l’espérance d’arriver à toutes les places, est le seul droit politique dont ils fassent cas. » Jamais rien de plus juste n’a été dit sur la nation française [1] . ”
“ Mme Bonaparte faisait de fréquents voyages à Gênes, et mit, dit-on, en sûreté cinq ou six millions. En cela, Bonaparte fut criminel envers la France. Quant à l’Italie, des pillages cent fois plus révoltants encore n’auraient pas été un prix excessif pour l’immense bienfait de la renaissance de toutes les vertus. C’est un argument des aristocrates que celui des crimes qu’entraîne une révolution. Ils oublient les crimes qui se commettaient en silence avant la Révolution. L’armée d’Italie donna le premier exemple de soldats se mêlant du gouvernement. ”
“ La France marchait par l’extrême émulation que Napoléon avait inspirée à tous les rangs de la société. La gloire était la vraie législation des Français. Partout où il se montrait, et il parcourait sans cesse son vaste empire, si le vrai mérite pouvait percer le rempart de ses ministres et de ses chambellans, il était sûr d’une immense récompense. Le moindre garçon pharmacien travaillant dans l’arrière-boutique de son maître, était agité de l’idée que s’il faisait une grande découverte, il aurait la croix et serait fait comte. ”
“ Au retour de ses ministres, Napoléon parcourait avec eux avec la rapidité ordinaire de son imagination et de son élocution toutes les faces de cette question. Quand on lui disait qu’il n’y avait pas moyen d’engager le prince des Asturies à échanger les monarchies d’Espagne et d’Amérique contre le petit royaume d’Étrurie, qu’après s’être vu enlever le premier trône, la possession du second devait lui sembler bien précaire. « Eh bien, qu’il me déclare la guerre ! » Un homme capable d’une sortie aussi singulière, n’est pas un Philippe II, comme on voudrait nous le faire croire. ”
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