“ Pour une génération nourrie d’histoire romaine, l’Empire, qui n’est pas la royauté, succède normalement à la République. N’est-ce pas même quelque chose de plus grand que la royauté ? Empereur est le titre que les rois de France ont désiré quelquefois, qui a échappé aux Français depuis Charlemagne, qui convient à une Gaule étendue jusqu’au‐delà de ses limites. Alors les imaginations, et celle de Bonaparte est la plus puissante, volent sur toutes les ailes du temps. Le vieil ennemi, le César germanique, est vaincu. La dignité impériale, usurpée depuis des siècles, lui sera arrachée. ”
Jacques Bainville
Résumé
L'œuvre Napoléon de Jacques Bainville examine la carrière et l'héritage du chef militaire et politique, analysant la passage de la République à l'Empire, les alliances mouvementées avec l'Autriche, la Russie et l'Angleterre, ainsi que les conflits entre pouvoir absolu et idéaux révolutionnaires.
À travers des réflexions sur les victoires, les échecs diplomatiques et l'ambition de Bonaparte, l'auteur dépeint un personnage à la fois visionnaire et isolé, dont le désir de domination européenne perturbe les équilibres continentaux. La mise en perspective de ces thèmes révèle une réflexion sur la fragilité des alliances et la complexité de l'ascension impériale.
Citations de Napoléon (Jacques Bainville)
“ Mais l’inaction de la Russie est déjà pour lui une défaite politique et morale. « Ce n’est pas une alliance que j’ai là et j’y suis dupé ! » s’écrie-t-il lorsque s’évanouit le dernier espoir qu’Alexandre tienne sa promesse, se comporte en allié loyal, joigne ses forces à celles de la France. Puis ce cri du cœur, cet aveu qu’il a trop compté sur la Russie, qu’il a trop osé en se reposant sur elle : « Si j’avais pu me douter de cela avant les affaires d’Espagne ! » À Tilsit, il croyait toucher au but. Il n’avait plus de paix à conclure qu’avec l’Angleterre. ”
“ Mais il était trop intelligent pour ne pas comprendre que, pour lui presque autant que pour les Bourbons, les temps avaient changé, que la France ne serait plus telle qu’il l’avait connue avant la défaite et l’invasion, avant la Charte de Louis XVIII, l’octroi des libertés, la répudiation du pouvoir absolu. Il ne s’agit pas, comme au retour d’Égypte, de promettre l’ordre. Ce n’est pas ce qui manque. Le langage qu’il faut parler maintenant, celui de la Révolution pure, la situation elle‐même l’impose, et rien n’embarrasse moins Bonaparte, fait à celui‐là comme aux autres. ”
