“ Qu’y a-t-il de plus beau au monde que l’aspect de la piazza di S. Marco, en venant du côté de la mer ? À gauche, le Palazzo Ducale avec sa façade de marbre rouge et blanc disposés en petits carreaux, sa ceinture de colonnettes, ses trèfles et ses ogives, ses gros piliers trapus dont le fût plonge dans le sol, sa frise crénelée, ses huit portes, son toit de cuivre, ses figures symboliques de Bartolommeo Bono, ses lions ailés, la griffe sur leur livre, son pont des Soupirs, son luxe lourd et sombre, qui le fait à la fois ressembler à une forteresse et à une prison. ”
Piazza San Marco
Définition et enjeux
Citations sur “Piazza San Marco”
J. de Beauregard, Au Pays de saint Augustin et aux rives du Tage… (1898)
“ AUX RIVES DU TAGE. LISBÔA 231 de la partie ancienne de la capitale, et qu'elle n'a pas, comme à Venezia, l'incomparable péristyle de la Piazza San Marco, elle n'offre guère, prise en elle-même, dans ses proportions et dans son architecture, rien qui la recommande, ni qui justifie assez le titre de « Real egreja », qu'elle porte. Le style gothique de la façade, laissée debout par le tremblement de terre, avec quelques chapelles, s'harmonise mal avec le syle français du XVIIe siècle dans lequel on a cru pouvoir reconstruire les parties mutilées de l'édifice. ”
Gabriele D'Annunzio,
Le feu
(1919)
“ On croirait que l' Adriatique a renversé les Murazzi et veut se railler de la défense du Sénat ! – dit Daniele en s' arrêtant devant le flot qui débordait jusque sur la Piazza et menaçait les Procuraties . – Nous sommes obligés de revenir en arrière . – Non . Faisons -nous passer en barque . Voici un sandalo ... Regarde San-Marco sur l' eau ! Le rameur les passait à la Tour de l' Horloge . La Piazza était inondée , pareille à un lac dans une enceinte de portiques , reflétant le ciel qui se découvrait derrière les nuages en fuite , coloré par le crépuscule de safran . ”
Marco Polo,
Les Merveilleux Voyages de Marco Polo dans l’Asie du XIIIe siècle
“ On trouve en quantité, beaux palais, beaux hôtels, belles maisons. Au milieu de la ville s’élève un édifice très vaste où est une cloche qui sonne la nuit ; quand elle a sonné trois fois, il est défendu de sortir et personne ne transgresse cette défense, sinon pour aller soigner les malades. En ce cas, ceux qui sortent se munissent d’une lumière. À chaque porte il y a une garde de mille hommes. Ce n’est pas qu’on craigne aucune attaque, mais c’est une marque d’honneur rendue au grand Khan qui habite la ville. ”
Victor Fournel,
Aux pays du soleil. Un été en Espagne…
(1883)
“ La Piazza, la Piazzetta et le Grand- Canal, ce Corso qui marche, résument tout Venise. Où trouver au monde une telle réunion de splendeurs? Où trouver un endroit mieux fait que la place Saint-Marc pour inspirer et pour désespérer en même temps les artistes? Sans cesse, par la plume et par le pinceau, ils l'ont admirablement décrite; il n'est personne qui ne la sache par cœur avant de l'avoir vue, et personne pourtant qui n'éprouve, en la voyant, une sensation sur laquelle il se croyait blasé d'avance, et qui, l'ayant vue, n'éprouve le désir de la revoir toujours. ”
Henry Cochin,
Le Bienheureux Frà Giovanni Angelico de Fiesole…
(1906)
“ Mais je note un fragment de la prédelle de San Marco. Il y a là un paysage urbain qui peut nous représenter d'après nature un coin de ville toscane au XVe siècle. C'est un palais florentin dans sa nudité gracieuse, avec ses fenêtres à plein cintre et son grand toit débordant. Il lui arrive aussi de représenter les cellules de San Marco, telles exac tement que nous les voyons encore aujourd'hui, avec leurs voûtes de plâtre à arêtes vives. ”
Charles de Rémusat,
Un Voyage dans le nord de l’Italie
“ Saint-Marc est ce qu’il y a de plus original à Venise. Le palais ducal est ce qu’il y a de plus beau. Il fait face à l’ancienne bibliothèque et à la Zecca ou monnaie, admirables ouvrages de Sansovino, qui partout ailleurs absorberaient toute l’attention du spectateur, car, par le dessin général et le goût des accessoires, par l’éclat des marbres et le mérite des statues, cette façade, classique sans froideur et régulière sans monotonie, se fait sur-le-champ reconnaître pour un chef-d’œuvre du goût et de la science. ”
H. Taine, L’Italie et la vie italienne.…
“ L’esprit s’enfonce involontairement dans ces profondeurs froides. Quelle vie étrange que celle de cette eau muette et nocturne ! Cependant les églises et les palais grandissent et nagent sur la mer avec un air de spectres. Saint-Marc se découvre, et ses architectures raient les ténèbres de leurs aiguilles et de leurs rondeurs multipliées. Pareille à la fantaisie d’un magicien, au décor aérien d’un palais imaginaire, on aperçoit la place, avec ses colonnes, son campanile, entre deux cordons de lumières. ”
Marcellin Berthelot,
Correspondance, 1847-1892
(1898)
“ Là est le palais communal; édifice toujours remarquable, où il y a un musée de peintures locales, des archives, le bureau de poste, toujours orné en ce pays, la grande fontaine avec architecture. Cette piazza n'a pas de nom, c'est la piazza ou le campo. On dit : aller in piazza, comme autrefois on disait: aller au forum.. Dans les grandes villes, comme Rome, Naples, Florence, au lieu d'une place il y a un Corso, longue rue plus large que les autres, qui traverse la ville, où se trouvent tous les magasins un peu propres, toutes les choses rares ou uniques. ”
Jules Gourdault, De Paris à Paris à travers les deux mondes… (1889)
“ Ce que la place San Marco est à la ville des lagunes, la place de la Seigneurie l'est à la cité de l'Arno. Toute l'histoire de la démocratie tlorentine et du principat des Médicis revit sur ce noble forum en un groupe d'édifices hors ligne : le sévère et massif PalaisVieux, jadis le siège du gouvernement, la fontaine de Neptune, la Loggia dei Lanzi avec ses arcades combles de chefs-d'œuvre de marbre et de bronze, et le palais-musée des Offices. ”
Marco Polo,
Les Merveilleux Voyages de Marco Polo dans l’Asie du XIIIe siècle
“ La cause était entendue : des hommes qui rapportaient de tels trésors ne pouvaient être des imposteurs. Remis en possession de leur palais, les Polo s’y installèrent avec une magnificence inouïe. Ce n’est pas vainement qu’ils avaient longtemps vécu au milieu d’une Cour digne des Mille et Une Nuits. Ils avaient pris des habitudes de faste qui étonnaient les Vénitiens eux-mêmes, si orgueilleux de leurs richesses et si portés à l’ostentation. Le « palais des millionnaires », tel fut le nom que la foule donna à la demeure des Polo. Marco Polo s’était tout de suite retrouvé Vénitien. ”
René Ménard, Le monde vu par les artistes : géographie artistique (1881)
“ A l'exception des arcades de la place Saint-Marc, Venise n'a pas de boutiques, car un étalage est fait pour les passants, et implique une rue où l'on puisse s'arrêter, et il n'y a pas de rues véritables, mais seulement des canaux ou des ruelles. ”
Joseph Louis Théodore Moyne, Italie : guide du jeune voyageur… (1878)
“ Les rues Julie et Ripetta, les plus remarquables du Campo Marzo, présentent quelques beaux palais. Mais ces quartiers sont tristes, sales, et en général mal percés; l'air y circule avec peine; le jour, on y rencontre un peuple en guenilles; la nuit, on court le risque d'y être assassiné. Rome est un peu, sous ce rapport, ce qu'étaient nos villes au moyen-âge. Ne serait-il pas possible de corriger ces vieux abus et d'y introduire, sans lui rien faire perdre de sa physionomie historique, quelques-uns des progrès matériels de la civilisation moderne? ”
Jean-Baptiste-Joseph Champagnac, Ernest et Fortunat ou Les jeunes voyageurs en Italie… (1852)
“ La ville a environ deux lieues de tour ; elle est très-bien bâtie, grâce surtout aux carrières de marbre des environs, où l'on compte jusqu'à trente-cinq espèces de marbre. Les rues sont belles, bien pavées, avec des trottoirs extrêmement commodes pour les piétons. De très-belles places embellissent cette ville, entre autres la Place d'Armes, sur laquelle figure une belle statue, représentant la république de Venise, et le Champ-de-Mars qui sert aux évolutions militaires. Celle qu'on nomme la piazza del Signori est le quartier le mieux peuplé et le plus fréquenté. ”
Charles Du Bois-Melly, Voyages d'artiste en Italie, 1850-1875 (1877)
“ Les deux colonnes vénitiennes, surmontées des statues de Sant'Apollinare et de San-Vitale, caractérisent la Piazza Maggiore, la seule qui offre ici quelque apparence d'animation. Cette place, bornée en partie par un lourd portique, n'a rien de la grandeur de celles de Bologne ou de Plaisance. C'est la grande place d'une petite ville, et ce n'est guère. Cependant elle a une physionomie particulière qui la rend assez intéressante. ”
Gabriel Soulages, L’Idylle Vénitienne
“ Du haut du clocher de Saint-Marc, la foule, sur la Piazza, ressemble à l’ombre d’un nuage qui passe. Le cri des bateaux à vapeur n’arrive plus jusqu’à nous. Rien ne gêne tes yeux, à présent, ni ne harcèle tes oreilles... Accoude-toi à la balustrade ; mets ton front dans ta main... D’ici, l’on voit les morts renaître ! ”
G. Teniers, Les mystères de Venise, ou Marino Marinelli… (1879)
“ Une grande foule s'était portée sur la place de St-Marc et sur la Piazetta, et comme l'on ignorait encore la vérité des choses, des cris menaçants se firent entendre. Antonio Memmo et quelques sénateurs avaient donc pris la décision de faire disperser la foule par les soldats. Les soldats la refoulèrent vers les escaliers de la Piazetta et dans les petites rues latérales de la rue de la Mercerie. Cette mesure ne fit qu'accroître l'agitation du peuple, il s'empara du Pont du Rialto, le point le plus important de la ville, et bientôt l'on put distinguer tous les signes d'une révolution. ”
Marco Polo,
Les Merveilleux Voyages de Marco Polo dans l’Asie du XIIIe siècle
“ La ville a cent soixante rues ; chaque rue, dix mille maisons ; en tout seize cent mille maisons, parmi lesquelles un grand nombre de palais somptueux. Il y a une église de chrétiens nestoriens. Sur la porte de chaque maison est inscrit le nom du chef de famille, de sa femme, de ses enfants, de ses esclaves, de ses hôtes. S’il y a des animaux, ils sont indiqués. Quand quelqu’un vient à mourir, on efface son nom. ”
Marco Polo,
Deux Voyages en Asie au XIIIe siècle
“ Le roi fut extrêmement réjoui et loua fort leur exactitude. Ils lui présentèrent aussi de l’huile de la lampe du saint-sépulcre, qu’il fit serrer dans un lieu honorable. Et ayant appris que Marco était le fils de Nicolas, il lui fit un fort bon accueil ; et il traita si bien les trois Vénitiens, à savoir le père, le fils et l’oncle, que tous les courtisans en étaient jaloux, quoiqu’ils leur portassent beaucoup d’honneur. ”
A.-V. Arnault, Souvenirs d'un sexagénaire, Tome III
“ La place Saint-Marc est le soir pour Venise ce qu'est le soir pour Paris le boulevard Italien, le rendez-vous des promeneurs. Dès que la chaleur était tombée, là, devant les cafés, sur plusieurs rangées de chaises, se réunissait l'élite de la société, qui, tout en prenant des rafraîchissemens, se faisait spectacle à elle-même. ”
H. Taine, L’Italie et la Vie italienne, souvenirs de voyage
“ Nous demandons aux monumens une assiette ferme, une consistance personnelle. L’imagination se lasse d’être toujours suspendue en l’air, tordue dans son vol, accrochée à des pointes, perchée sur des aiguilles. On va revoir la Piazza-dei-Signori, où un charmant petit palais de la renaissance s’appuie sur un portique d’arcades et de chapiteaux corinthiens. On goûte la finesse de ses colonnettes et les rondeurs élégantes de son balustre. ”
Marco Polo,
Les Merveilleux Voyages de Marco Polo dans l’Asie du XIIIe siècle
“ Auprès de chacune s’élève un grand et beau palais. Il y en a aussi à chaque angle. Chaque face de la muraille a donc trois portes et cinq palais. Tous contiennent des salles spacieuses où sont les armes de la garnison. Les rues sont si droites qu’on y voit d’un bout à l’autre ; elles sont percées de telle sorte que le regard va d’une porte à l’autre. On trouve en quantité, beaux palais, beaux hôtels, belles maisons. ”
Paul Jousset, Un tour de Méditerranée, de Venise à Tunis… (1893)
“ Tous les yeux restent fixés sur les quais de Saint-Marc étincelants de mille lumières. Les voix nous arrivent lointaines : déjà les lumières se confondent. Une seule brille encore, comme une étoile, à côté du palais des Doges. Il paraît qu'un malheureux fut autrefois exécuté et, depuis, reconnu innocent : la pitié publique lui a consacré cette lampe en expiation. C'est le dernier souvenir que Venise laissa dans nos yeux attristés. Bientôt l'étoile pâlit et disparut : nous étions en pleine mer, dans la nuit. Le lendemain, nous entrâmes à Trieste, avec le soleil. ”
Honoré Beaugrand,
Lettres de voyages
“ Le centre de la vie, à Venise, est la place St. Marc, l’ancien Forum de la ville, situé dans l’île, à l’est du grand canal ; elle comprend la Place proprement dite et la Piazzetta, qui aboutit à la mer. Sur la grande place s’élève la basilique de St. Marc, autrefois chapelle privée du Doge (977-1071) , spécimen curieux d’architecture byzantine en forme de croix grecque et surmontée de cinq coupoles. La façade, décorée de mosaïques et de bas-reliefs, est percée de cinq portes de bronze dont l’une supporte les chevaux de bronze doré, dits Chevaux de Venise. ”
Paul Thureau-Dangin,
Saint Bernardin de Sienne, 1380-1444…
(1896)
“ Le cadre est resté de nos jours à peu près ce qu'il était alors : elle est toujours là, véritable vision du Moyen âge, cette Piazza del Cctuipo, d 'aspect étrange et grandiose, creusée en forme de conque marine et entourée de ses palais gothiques; il est toujours là. ce Palazzo publico, massif, hérissé de créneaux, avec sa physionomie farouche et tragique, comme s'il gardait l empreinte des drames populaires qui l'ont jadis ensanglanté ”
Victor Fournel,
Aux pays du soleil. Un été en Espagne…
(1883)
“ Marc, c'est cet incomparable ensemble de richesses qui ornent la basilique depuis sa façade jusqu'à son chevet. Oui, Saint-Marc est le grand trésor où Venise a, pendant des siècles, accumulé toutes ses dépouilles opimes, tout l'effort de son art, comme tout le fruit de ses courses et de ses conquêtes à travers le monde. C'est une châsse qu'elle a enrichie et parée avec amour; c'est un livre de marbre et de bronze, de porphyre et d'or, monument de patriotisme et de foi, où elle est venue écrire-sa gloire page à page, en la consacrant à Dieu. ”
René Schneider, La peinture italienne du XVIe au XIXe siècle (1930)
“ De là la part énorme faite à la Piazza, à la Piazzetta, au Palais ducal, au quai des Esclavons, qui sont de larges taches colorées, aux canaux, qui sont des traînées lumineuses. Petits bonshommes sur les places, gondoles sur les canaux, sont eux-mêmes moins des éléments de la réalité vénitienne que des tons doués de valeurs. ”
Marco Polo,
Les Merveilleux Voyages de Marco Polo dans l’Asie du XIIIe siècle
“ Les prisonniers, comme tous les oisifs, aiment les récits. Marco Polo égayait ses compagnons et s’égayait lui-même en racontant ce qu’il avait vu autrefois. Du fond de son étroite prison, il évoquait la Chine, avec ses villes immenses et ses habitants sans nombre, les palais du grand Khan emplis de trésors et peuplés d’esclaves. ”
Teodor Tomasz Jeż, Les Uscoques : la patricienne de Venise… (1882)
“ La place du marché est le point le plus animé de toute cette ville fortifiée. Là où est l'église, là où est l'hôtel de ville, là sont les plus riches boutiques, et les plus belles maisons, et les hôtelleries les plus vastes. Aussi la physionomie en est-elle très attrayante. Les maisons qui s'élèvent tout autour, ornées d'arcades, de colonnes et de façades minutieusement travaillées, forment un ensemble qui indique que l'on a pris pour modèle la place de Saint-Marc à Venise. ”
Les évasions célèbres : d'après les récits des historiens… (1907)
“ Pendant une nuit superbe, toute la bonne société devait se promener sur la place Saint-Marc; je ne pouvais m'exposer sur le toit; mon ombre, se prolongeant sur la place, aurait fait porter les yeux vers nous; le spectacle extraordinaire que nous aurions offert n'aurait pas manqué d'exciter la curiosité générale, surtout celle de Messer Grande et de sa bande de sbires qui sont la seule garde de Venise, et notre beau projet aurait été bientôt dérangé par leur horrible activité. Je décidai donc impérieusement que nous ne sortirions de là-haut qu'après le coucher de la lune. ”
M. Adalbert de Beaumont, Le Tour du monde
“ On gravit l’escalier de marbre, qui de la mer monte sur la place, et passant entre ces deux pilastres, semblables aux montants d’une porte gigantesque, on a devant soi le plus merveilleux décor que l’imagination d’un peintre puisse rêver. À gauche c’est la Zecca, le palais des Monnaies, construit par cet illustre Sansovino, dont le nom est attaché aux plus grandes œuvres de Venise. À droite le palais ducal, avec ses marbres roses et sa merveilleuse colonnade à jour. Puis Saint-Marc, la basilique immortelle, toute éblouissante de l’or et des pierreries de ses mosaïques. ”
