“ L’influence de Mantegna est évidente, surtout dans les figures de saint Marc et de saint Théodore, se profilant devant une arcade antique semblable à celle qui encadre Saint Jacques devant son juge (Eremitani) : même perspective plongeante, raccourcissant les pieds des personnages, mêmes guirlandes de fruits ornementales. N’oublions pas pourtant que ces guirlandes et ces architectures se retrouvent dans les dessins de Jacopo, de qui Mantegna lui-même les tenait en partie. Le Saint François, au revers, reproduit exactement la composition d’une esquisse du recueil du Louvre (n° 67) . ”
Mantegna
Définition et enjeux
Citations sur “Mantegna”
Armand Dayot,
Le musée du Louvre, tome 2 (of 2…
“ Certes Mantegna ne put se débarrasser complètement de la raideur et de la sécheresse gothiques, mais comme déjà son style est supérieur et fait comprendre qu’un élément nouveau s’est introduit dans l’art! Sur Mantegna luit le premier rayon de la Renaissance; après la longue nuit byzantine et gothique, la Beauté revient charmer le monde surpris. ”
Eugène Müntz,
Les précurseurs de la Renaissance
(1882)
“ Quant à l'immortel disciple du Squarcione, Mantegna, ce n'est déjà plus un Précurseur, c'est la personnification même de la Renaissance, parvenue, par l'effort de son génie, à son plus complet et plus radieux épanouissement. Né en 1431, Mantegna se signalait, dès sa dix-septième année, par sa Madone de l'église Sainte-Sophie, de Padoue ; bientôt après, il inaugurait la série de chefs-d'oeuvre qui consacrèrent définitivement, dans le domaine de la peinture, le triomphe des idées nouvelles. ”
Gabrielle Rosenthal, Carpaccio
“ Tout s’y ordonnait en une harmonie mesurée et forte, car Mantegna avait l’instinct de la réalité décorative. Les vierges s’entouraient de guirlandes émaillées de fruits empruntées aux bas-reliefs antiques. La noblesse majestueuse des draperies s’accordait aux marches de marbre, aux trônes incrustés d’arabesques Renaissance, et la vie fraîche et riante se mêlait à cet ensemble par la grâce juvénile d’un ange musicien. ”
Charles de Rémusat,
Un Voyage dans le nord de l’Italie
“ On dit qu’Andréa Mantegna, dont la ville a conservé peu d’ouvrages, y avait beaucoup travaillé et répandu de bonne heure un goût qui tendait plus à l’imitation moderne de l’antiquité qu’à la conservation perfectionnée du style allemand ou byzantin. Ce n’est pourtant pas le nom de Mantegna qui est resté ici le nom populaire. Les villes italiennes pourraient en général être placées sous l’invocation d’un grand artiste. Ainsi Luini régnerait à Come, Paul Véronèse à Vérone, Palladio à Vicence, Titien à Venise, Corrège à Parme; Jules Romain domine à Mantoue. ”
Henri Delaborde,
Revue des Deux Mondes
“ Le burin de Mantegna, manié avec une fermeté qui n’est déjà plus de la sécheresse, n’imite pas encore les effets de la peinture, mais il imite du moins les effets du crayon. Au lieu de se contenter, à l’exemple de Pollaiuolo, de hachures timides et soutenant à peine le contour, il procède par masses d’ombre au moyen d’un grain plus serré, il indique les dégradations du ton, il cherche la saillie par le modelé intérieur, et ne se borne plus à tracer la silhouette d’une forme. En un mot, Mantegna graveur n’oublie pas sa science de peintre ”
Émile Michel,
Les maîtres du paysage...
(1906)
“ Ces étrangetés, cet amas de détails un peu incohérents et ce fini minutieux que nous remarquons dans les œuvres de la pleine maturité de Mantegna, s'allient chez lui à un sens pittoresque qu'on est loin de rencontrer à pareil degré chez ses contemporains. Et cependant, bien qu'un assez court intervalle le sépare du Corrège (v. 1494-1534) , quelle interprétation plus libre, plus large et plus vraie de la nature, nous pouvons constater chez ce dernier! Autant Mantegna est dur, âpre, violent et compliqué, autant le maître de Parme est simple, plein de grâce et de mesure. ”
Th. de Wyzewa, Revue des Deux Mondes
“ Nulle part ailleurs, pas même dans les cellules et les cloîtres du Couvent de Saint-Marc, nous ne sentons plus vivement tout ce que ce drame a eu de surnaturel, à la fois de simple et de sublime, de supérieur à nous et d’important pour nous : si bien qu’il ne faut pas moins que la vue des fresques du jeune Mantegna, dans l’église voisine, pour nous réveiller tout à fait de notre rêve mystique, en nous rappelant que la peinture sait aussi célébrer la beauté terrestre, et tirer de notre réalité même un ravissement pour nos yeux. ”
Pierre Petroz,
Esquisse d'une histoire de la peinture au musée du Louvre
(1890)
“ Au quinzième siècle, Andrea Mantegna peignait au palais San Sebastiano de Mantoue un Triomphe de César, dont les cartons sont aujourd'hui en Angleterre, et Mantegna, le concevant avec le mouvement ordonné, la pompe, la magnificence d'une fête romaine en l'honneur d'un grand citoyen victorieux, l'animait par des épisodes ingénieux, par la richesse de la mise en scène, la variété des accessoires, sans toutefois qu'aucun détail fût de nature à paraître étranger au véritable sujet de la composition. ”
Louis Gillet,
Histoire artistique des ordres mendiants
“ Ainsi Mantegna, dans son Saint Sébastien du Louvre, auprès du chapiteau brisé fait naître une pieuse acanthe et, devant le désastre des Colisées romains, rêve de l’humanité qui s’était élevé ces demeures magnanimes, qu’aujourd’hui déshonorent nos générations de pygmées. ”
Fortuné d' Andigné, Les musées de Paris (1931)
“ Non loin de ce Saint-Sébastien, éphèbe ravissant, déjà prédestiné à l'Opéra, le Saint-Sébastien de Mantegna, criblé de flèches, a toute la mine d'un forcené: œuvre pathétique et farouche, statue de chair meurtrie, liée à une colonne en ruine. Voilà l' implacable Mantegna, fanatique d'archéologie, affamé de supplices, et dont le génie anime, dans la seconde moitié du XVe siècle, toute l'Italie du nord. ”
Charles Blanc,
Histoire de la renaissance artistique en Italie…
(1889)
“ Placé à côté des chefs-d'œuvre de Mantegna dans la salle dite des Sept-Mètres, il ne souffre pas d'un tel voisinage : au contraire Fra Filippo Lippi s'y maintient l'égal des plus illustres maîtres et de Mantegna lui-même. Sa Vierge, debout devant un trône à colonnettes, porte dans ses bras l'enfant Jésus qu'adorent deux saints abbés à genoux, tenant des lys. Elle est entourée d'anges drapés; toutes les figures sont entières. On ne peut donner d'autre qualification que celle de grand peintre à l'auteur d'une pareille peinture. L'ordonnance, le style, la couleur, l'exécution, tout y est beau. ”
Charles Lévêque, L’Œuvre païenne de Raphaël
“ Il est aisé d’en juger au Louvre même, où sont réunies dans une même salle trois remarquables toiles de Mantegna, le Parnasse, la Sagesse victorieuse des Vices, et la Vierge de la Victoire. N’examinons ici que l’allégorie de la Sagesse victorieuse des Vices, où Mantegna s’est servi des formes nues pour traduire une pensée forte et bien définie, et où se manifeste un art parvenu à sa pleine vigueur. Minerve chasse devant elle à coups de lance la cohue des vices humains. La colère dont elle est enflammée n’altère pas sa mâle et superbe beauté. ”
Alfred Tonnellé,
Trois mois dans les Pyrénées et dans le midi en 1858
“ Ces sculptures me rappellent beaucoup le style que Mantegna a étudié et a ressuscité plus tard. Ce caractère romain de tous les deux a une analogie frappante, sauf qu’il retrouvait la forme, et qu’ici elle se perd ; que sa pensée luttait contre la forme encore indocile, pour la façonner et l’emplir, et qu’ici la pensée tombe dans une forme abâtardie qui l’entraîne. ”
Offices de Florence : les grands musées du monde illustrés en couleurs (1913)
“ Nous sommes donc en présence d'une œuvre de l'époque où Mantegna était dans la maturité de son beau génie, où il entrait dans cette glorieuse période de production qui allait donner les fresques de la Camera degli Sposi et l'immortel Triomphe de César. L'Adoration des Mages est un morceau de tous points remarquable par l'ingéniosité de la composition, la variété des groupements, le pittoresque du détail, la beauté du coloris. On y sent un maître en parfaite possession de son art que nulle difficulté d'exécution ne peut plus surprendre ni arrêter. ”
T. de Wyzewa, Revue des Deux Mondes
“ Voici maintenant les fresques de Mantoue. La science y reste toujours merveilleuse, mais elle n'y joue plus le rôle principal. Pour nous représenter ces princes et leur suite, assis ou debout en des poses familières, Mantegna ne se met plus en quête de perspectives bizarres, de raccourcis difficiles, ni d'expressions forcées. Seul le plafond, avec les célèbres figures au balcon, nous garde encore le souvenir de ses anciens tours de force; mais, sur les murs, le peintre n'a plus d'autre préoccupation que de figurer des êtres vivans, avec le plus de vérité possible. ”
H. Taine, Revue des Deux Mondes
“ Il y a dans tous les maîtres de ce temps, Mantegna, Pinturicchio, Francia, Signorelli, le Pérugin, un mérite semblable ; chacun d’eux invente par lui-même ; chacun se fait sa route, et marche dans sa voie par son propre essor. Que sa course soit limitée et que parfois il trébuche, peu importe, tous ses pas sont à lui, et son élan lui vient de lui, non d’autrui. ”
Camille Guymon, Le Corrège à Parme, par Camille Guymon (1877)
“ On peut, croyons-nous, avancer que le Corrège doit au Mantegna d'avoir été encouragé, par l'exemple de ce digne artiste, à persévérer dans la voie qu'il s'était ouverte à lui-même: l'interprétation libre et sincère de la nature guidée par un sentiment très-pur de l'idéal, un sens délicat et parfait des convenances esthétiques. La vérité dans le beau idéal, en un mot, telle fut la synthèse de l'enseignement tacite du peintre de Venise que recueillit le disciple parmesan, que jamais il ne méconnut et qui devait insensiblement le conduire aux limites suprêmes de l'art. ”
Pierre Larousse,
Grand dictionnaire universel du XIXe siècle
“ « Celui-ci me semble encore plus grand que l’autre.» Unteljugement méritait d’être mentionné ici, comme un hommage rendu sans prévention au génie de Mantegna par un esprit aussi mâle que délicat, aussi élevé que sincère, par un écrivain qui, lui aussi, est, k sa manière, un grand artiste. La vérité est que, sans placer Mantegna au-dessus de Raphaël, ni même à sa hauteur, nous ne le trouvons jamais plus beau que lorsqu’il est rapproché du maître par excellence. » Vasari regardait le Triomphe de César comme le chef-d’œuvre de Mantegna (la miglioracosa che lavorasse mai) . ”
Gérard d’Houville,
Revue des Deux Mondes
“ Bel éphèbe habité déjà par la folie sacrée du martyre, harmonieux et flexible, long, tendu, la tête petite sous le casque et la chevelure bouclée, la hanche, la jambe et le pied dessinés par Mantegna dans ses compositions les plus vivantes, l’épaule étroite, le bras souple, le corps tout entier pressé, épousé par l’or doux et lumineux qui le vêt, l’illumine et le protège, il entre, inoubliable, dans le trésor de nos visions, de nos souvenirs, et de nos rêves. ”
Charles Blanc,
Les Beaux-Arts à l'Exposition universelle de 1878
(1878)
“ Est-ce que Mantegna, dans le Triomphe de Jules César, Léonard de Vinci, dans la Cène, Michel-Ange, dans la Chapelle Sixtine, Raphaël, dans les Chambres du Vatican, ont prétendu nous renseigner sur le climat, le sol, la race, les coutumes et les costumes indigènes ? sur ce qui se passait à Mantoue, chez les Gonzague, ou à Milan, sous le gouvernement de Louis le More, ou à Rome, sous les pontificats de Léon X et de Paul III ? ”
T. de Wyzewa, Revue des Deux Mondes
“ C'est que, à force de réfléchir sur son art et de le pratiquer, Mantegna a deviné ce qu'avait jadis compris sans effort le clair génie de Phidias : que l'objet suprême de l'art n'est ni la science, ni la vérité, mais cette mystérieuse musique des choses qu'on nomme la beauté. ”
Georges Duplessis, Les merveilles de la gravure (3e édition illustrée de 34 vignettes sur bois… (1877)
“ Dans ces travaux où l'imagination est seule en jeu, où la forme humaine, lorsqu'on en fait usage, se ploie, sans préjudice pour l'art, à des exigences spéciales, aux caprices de l'artiste, les élèves de Mantegna, libres de donner carrière à leur imagination, et tout en restant fidèles aux principes de leur école, inventèrent et multiplièrent des œuvres durables et transmirent au loin avec leurs estampes quantités d'arabesques charmantes, dont on ne trouve pas l'équivalent ailleurs qu'à Venise, à Vérone ou à Padoue. ”
T. de Wyzewa, Revue des Deux Mondes
“ Et il y parvient d'emblée, comme à tout ce qu'il veut : car M. Kristeller a bien raison de dire que ces fresques de Mantoue sont l'œuvre la plus réaliste de toute la peinture. Réaliste, oui; mais toujours à la façon de l'antique, ou, en tout cas, sous l'inspiration directe de l'antique. La vie qu'on y trouve est simple, calme, immobile, comme celle de certains portraits d'empereurs romains. Après lui avoir appris à placer l'objet de l'art dans la science et l'adresse, l'art antique, maintenant, instruit Mantegna à le placer tout entier dans la « vérité. » ”
Robert de la Sizeranne, Revue des Deux Mondes
“ La plupart des grands maîtres n’ont jamais pu faire agréer leurs plans à ceux qui les faisaient vivre. Aujourd’hui, le moindre élève sorti de l’École de Rome, pourvu d’une commande de l’État, réalise plus facilement son rêve, que Mantegna, aux ordres d’Isabelle d’Este, obligé de traduire les minutieux thèmes de sa protectrice, ou que van Dyck qui rêva, toute sa vie, de faire de la grande peinture décorative et qui fut toujours obligé par son protecteur de s’en tenir aux portraits. ”
Musées royaux des arts décoratifs et industriels… (1899)
“ Ces peintures, dit M. Lafenestre, dans lesquelles « Mantegna résuma, d'une main puissante et sûre, tous les résultats acquis par l'effort enthousiaste du XVe siècle., ont eu sur le développement postérieur de la peinture, en Italie par Jules Romain, en Allemagne par Durer et Holbein, en Flandre par Rubens, en France par Lebrun, une action puissante et durable. Le chef-d'œuvre du vieux Mantegna marque une -des étapes les plus importantes de l'imagination humaine dans le développement de la Renaissance ». ”
Camille Guymon, Le Corrège à Parme, par Camille Guymon (1877)
“ Et qu'on ne nous objecte pas encore que le Corrège n'était âgé que de douze ans à la mort du Mantegna, car qu'est-ce que cela prouve ? Nous ne sommes certes point de ceux qui veulent à tout prix lui donner un maître, car nous croyons qu'il n'en a guère eu d'autre que l'art antique. Mais un fait reconnu par la critique, c'est que Corrège a connu les ouvrages du Mantegna, et nous pensons aussi que, jeune encore, il a pu être frappé du savoir d'un aussi éminent artiste. ”
E. Müntz, Titien et la formation de l’École vénitienne
“ Mais si nous nous attachons aux œuvres de Giorgione, des Palma, de Bonifazio, c’est encore bien pis : nous nous trouvons en face d’impressionnistes, étrangers atout ce qui constitue la vie réelle ou l’observation objective. Proclamons-le hautement : pour triompher de l’hostilité ou de l’indifférence à l’égard des leçons de l’antiquité, ces leçons qui se traduisaient partout par la netteté et la précision, il eût fallu l’intervention d’un artiste de génie tel que Mantegna. ”
Anna Brownell Jameson,
La peinture et les peintres italiens
(1862)
“ Chose étonnante, Andrea Mantegna, qui avait épousé la sœur des Bellini, et avait exercé pendant quarante ans une sorte d'autorité patriarcale sur tous les peintres de l'Italie septentrionale, n'eut presque aucune influence sur ses beaux-frères. Cependant, l'aîné, Gentile, se pénétra toujours de l'école de Mantegna, et se plaisait à étudier d'après une Vénus antique mutilée qu'il gardait dans son atelier. ”
Giorgio Vasari, Vies des peintres, sculpteurs et architectes
“ Il établit son atelier à Mantoue, qui devint ainsi, à son tour, un centre important, avec la protection des Gonzaga. Le Mantegna peut être compté parmi les peintres les plus éminents du XVe siècle, et son influence fut considérable, non-seulement en Lombardie, mais dans le reste de l’Italie. Son dessin a de la grandeur et de l’élégance ; on y trouve souvent des souvenirs de la statuaire grecque, comme dans le Parnasse de notre Musée. L’esprit de la Renaissance est bien saisissable dans ses œuvres ”
Anna Brownell Jameson,
La peinture et les peintres italiens
(1862)
“ Agé de treize ans seulement, en 1506, lors de la mort de Mantegna, il avait si bien profité des conseils du maître et de ceux de Francesco Mantegna qui continua l'école de son père, qu'il dessinait déjà fort bien, et avait acquis dès lors cette habileté dans le raccourci qui distingue ses productions postérieures : le raccourci est un art dont Mantegna peut être regardé presque comme l'inventeur, et qui pour la première fois fut enseigné dans son académie. ”
Karl Robert, Traité pratique de la gravure à l'eau-forte… (1891)
“ Le petit nombre d'estampes que Mantegna nous a laissées atteste qu'il s'essaya longtemps avant de produire sa gravure au grand jour; mais le fini de chacune d'elles nous permet d'affirmer qu'elles ne sont pas de simples essais. Une remarque à faire, c'est que Mantegna avait vingt-deux ans quand fut tirée l'épreuve de la paix conservée au Cabinet des estampes du Louvre ; or, comme il mourut en 1505, la découverte de Maso Finiguerra ne mit que peu d'années à devenir un art. ”
