Résumé

T. de Wyzewa Revue des Deux Mondes

Puis, quand le Glockenspiel avait fini de jouer, un orgue mécanique lui répondait, du haut de la forteresse. C’était, ce « Taureau de Salzbourg, » un véritable chef-d’œuvre d’invention et d’art. Longtemps, depuis deux siècles et demi, il avait joué le même air, un vieux chant d’un contrepoint ingénu : mais l’archevêque régnant, Sigismond de Schrattenbach, avait décidé de joindre à ce chant d’autres morceaux d’un goût plus moderne, qu’il avait commandés aux sieurs Jean-Ernest Eberlin et Léopold Mozart, les deux compositeurs les plus estimés de la ville.
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Un chant d’oiseau, tel était déjà, je l’ai dit, le premier menuet de Wolfgang Mozart, composé à six ans, en janvier 1762 ; tels devaient être ces airs qu’il improvisait du matin au soir, assis sur un haut escabeau devant le clavecin paternel, tandis que ses parens, et le trompette Schachtner, et le bon épicier Hagenauer avec tous les siens, écoutaient, ébahis et ravis, debout près de la porte dans la chambre voisine : car l’enfant n’aimait pas qu’on l’entendît jouer, et, au premier éloge qu’on lui faisait, courait se cacher en pleurant dans les jupes de sa mère.
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Mais, à présent, elle scintille et crépite joyeusement en lui ; elle le soulève sur la haute chaise où on l’a perché, elle fait flotter les basques de son bel habit bleu, elle agite ses petits pieds, que nous voyons frémir sous les boucles d’argent ; elle donne une grâce exquise au mouvement de ses mains, qui volent, croirait-on, au-dessus des claviers ; et de quel étonnant sourire elle illumine ses traits ! Un sourire non plus seulement de plaisir enfantin, comme dans le tableau de Salzbourg, mais de rêve, d’extase : le sourire d’un enfant qui entendrait la musique des anges, dans le paradis.
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