Résumé

Charles Lévêque L’Œuvre païenne de Raphaël

L’Éros de Raphaël se tient à égale distance entre la sensualité et l’extase. Ne dites pas qu’il y a en lui quelque chose de l’ange ou du chérubin. Non, s’ils devenaient amoureux, les anges et les chérubins perdraient leurs ailes et leur séraphique nature. Or cet Éros, c’est l’amour amoureux, l’amour épris de la beauté visible ; seulement cette beauté, il la veut unie à l’esprit, et voilà pourquoi il choisit Psyché, c’est-à-dire une âme.
Conséquent avec lui-même, l’artiste a pareillement transfiguré le personnage de Vénus.
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Charles Lévêque L’Œuvre païenne de Raphaël

Ni l’habileté décorative du peintre, ni la brillante ordonnance de son tableau, ne dissimulent l’abîme qui sépare son œuvre de la création si poétique et si noblement expressive du Sanzio. Ici Carrache n’a emprunté à la plastique des Grecs que les dos qui se tordent, les membres qui ploient, les chairs qui frissonnent : il a compris la beauté païenne en écolier sensuel. Raphaël, lui, l’a comprise en maître, c’est-à-dire en penseur, car il en a surtout mesuré, renouvelé et agrandi la puissance expressive. On fait injure à son génie quand on lui impute je ne sais quel paganisme physique.
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Charles Lévêque L’Œuvre païenne de Raphaël

Ce trait, vrai ou faux, ne sera jamais imputé à Raphaël, qui a découvert non-seulement le visage, mais le corps magnifique de Galatée à l’heure même où la mort d’Acis a fait succéder pour elle les angoisses du désespoir aux ravissemens de l’amour. La douleur de la néréide purifie sa nudité. A travers ce corps ravissant, l’âme transparaît, et c’est elle qui conquiert l’attention et maîtrise le regard. En voyant cette attitude si pathétique, personne n’accordera que l’artiste n’ait obéi qu’au désir de peindre la nudité pour elle-même.
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