“ Sept-Épées était accoutumé à entendre son parrain parler avec mépris de la ville haute. Loin d’en jouir par les yeux avec orgueil et contentement comme le jeune Gaucher, il la traitait avec une morgue de vieillard, et se vantait de n’y avoir pas mis les pieds sans nécessité trois fois en sa vie. Travailleur austère, cœur dévoué, cerveau étroit, ce vieux ne faisait aucune merci aux parvenus, raillait leur luxe, et, du fond de sa Ville Noire, blâmait les plus simples jouissances du bien-être comme des vices, comme des attentats à la dignité de la race ouvrière. ”
Sept-Épées
Définition et enjeux
Citations sur “Sept-Épées”
“ Tonine n’était donc pas mariée ! La joie fut le premier sentiment qui domina l’émotion de Sept-Épées. Il s’arrêta peu à l’inquiétude. Tonine n’était pas perdue, puisqu’on l’appelait à son aide ; on n’a pas tant de prévisions pour ceux qui vont mourir ; d’ailleurs l’amour fait des miracles, et Sept-Épées sentit qu’il aimait Tonine plus que jamais. ”
G. Sand, La Ville noire (RDDM)
“ J’avais aussi mes jours d’ambition ; j’aurais voulu être à même de faire beaucoup de bien, et ton dépit ne me semblait pas de la véritable amitié. Je me confesse à toi, Sept-Épées. Pendant quelques jours, croyant que tu songeais à Clarisse, j’ai songé à un autre, mais sans pouvoir l’aimer. Et quand j’ai connu ton chagrin, tout a été fini. J’ai remercié ce jeune homme, je lui ai dit que je t’aimais toujours, malgré moi, mais que je t’aimais, toi, et non pas lui ! ”
“ Dès lors, tu vois, mon ami, cette condition-là, je ne sais pas si la loi nous en demanderait compte ; mais je sais que Dieu est bon comptable, et qu’on ne le triche pas. C’est à nous de bien nous tenir, si nous ne voulons pas qu’il nous abandonne. — Sois tranquille ! répondit Sept-Épées, qui jusque-là s’était senti un peu accablé sous le bienfait de Tonine, et qui tout aussitôt releva la tête avec enthousiasme. Je ne sais pas si je suis aussi bon et aussi religieux que toi ; mais je suis diablement fier, et je ne crois pas qu’il me serait possible de vivre sans te voir fière de moi. ”
“ Allons, Dieu fasse qu’il se marie bientôt et qu’il ne regrette rien ! Moi, je serai peut-être heureuse, qui sait ? — Oui, oui, reprit Lise ; tu as bien assez pensé aux autres, il est temps que tu songes un peu à toi-même. Elle embrassa Tonine et se retira sans voir Sept-Épées, qui se baissa dans l’obscurité au moment où elle passa près de lui. Il resta là une heure, vingt fois sur le point de frapper et de dire à Tonine : — Ne vous mariez pas, j’en mourrais ! — Mais cette conduite lui parut indigne d’un homme de cœur, et, pour résister à la tentation, il s’enfuit dans la montagne. ”
G. Sand, Revue des Deux Mondes
“ Quand il revint à la baraque, où Va-sans-Peur était déjà debout, sa pâleur effraya celui-ci. Va-sans-Peur, quoique rude et d’une laideur farouche, avait beaucoup d’affection et même de la sensibilité, comme il arrive à certaines natures impétueuses pleines de contrastes. Sept-Épées vit qu’il le regardait avec anxiété, et que des larmes de tendresse et d’inquiétude coulaient sur sa face de sanglier. Ces larmes provoquèrent tout à coup celles du jeune artisan ; il pleura beaucoup et se sentit soulagé. ”
G. Sand, La Ville noire (RDDM)
“ Gaucher, surpris, exhorta Sept-Épées à parler. Tonine attendit qu’il parlât. Sept-Épées, cherchant une échappatoire qui ne venait pas, demeura plus muet qu’une souche. Tonine sentit deux grosses larmes couler sur ses joues. Peut-être, s’il les eût vues, Sept-Épées eût-il été vaincu ; mais il ne les vit pas, et Tonine comprit qu’elle devait tout prendre sur elle. — Ne boudez pas, compagnon, dit-elle d’un ton enjoué, qu’elle mit toute sa fierté et tout son courage à soutenir ; je ne vous suis pas ennemie et je ne vous méprise pas. Je vous sais honnête homme et bon ouvrier ”
G. Sand, La Ville noire (RDDM)
“ Comme son camarade, il avait les bras nus, maculés de taches noires, et la tête exposée à l’ardent soleil de midi, fraîcheur relative pour ceux qui vivent dans l’enfer de la forge : Sept-Épées ne répondit pas à Gaucher. Il lui serra la main pour lui faire comprendre qu’il était reconnaissant de son intérêt ; mais il baissa la tête et regarda couler le torrent. — Voyons, voyons, reprit le coutelier, tu as, dans ton idée, quelque chose qui ne va pas ! Est-ce quelque chose où l’on puisse t’aider ? parle ! J’ai de l’amitié pour toi, et je voudrais te rendre service. ”
“ Oh ! non, jamais, puisque j’épouse Tonine ! — Est-ce vrai ? est-ce possible ? s’écria à son tour Gaucher, dont l’étonnement se refléta sur la figure du parrain, immobile et stupéfait. Puis, tout à coup levant les épaules : — Mon garçon, dit le vieillard à son filleul, tu es donc toujours fou ? Toi, épouser Tonine ? à présent ? toi, toi ? — Mon Dieu ! reprit Sept-Épées cherchant des yeux Tonine, qui avait disparu, est-ce que vous voudriez y mettre empêchement ? Et pour quelle raison ? — Tu le demandes ? tu plaisantes, je crois ! Voyons, j’en ai assez, moi, de la plaisanterie ! ”
G. Sand, La Ville noire (RDDM)
“ Quand une idée noire s’empare d’un cerveau logique, elle trouve toujours à s’y fonder sur des inductions désespérantes. Sept-Épées s’imagina que Tonine avait pu avoir un intérêt grave, tout différent d’un intérêt de cœur, à le rappeler auprès d’elle. Pourquoi n’avait-elle pas osé lui écrire elle-même ? Pourquoi avoir employé Lise à l’insu de son mari et du vieux parrain ? Et ces mensonges gratuits qu’on lui avait faits pour éprouver son dévouement, la maladie, la misère, la laideur même ? ”
G. Sand, La Ville noire (RDDM)
“ Rien ne rend lâche comme de se laisser plaindre. Est-ce que vous ne voyez pas tout ce que je surmonte quand je m’occupe des autres afin de m’oublier ? J’ai trouvé cette consolation-là, qui est grande, si grande qu’elle me donne du bonheur malgré tout. — Peut-être bien, dit la Lise, que Sept-Épées a la même peine que toi, et qu’en vous expliquant encore une fois vous pourriez vous entendre. — Non ! reprit Tonine, nous ne nous entendrions pas mieux, car nous ne voyons pas de la même manière. ”
“ Ceci bien prouvé, Sept-Épées, après beaucoup de luttes contre lui-même, comprit son devoir. — Il ne faut pas, se dit-il, qu’elle me voie souffrir ; il faut qu’elle ne perde pas l’occasion de son bonheur, puisque voilà un jeune homme qui l’aime comme elle le mérite, et mieux apparemment que je n’ai su l’aimer. Je n’ai qu’une manière de réparer mon tort : c’est de ne pas faire obstacle à son mariage, c’est de refouler ma jalousie et de cacher ma peine. Allons ! j’ai mis une fois mon courage à vaincre l’amour pour l’ambition, tâchons de le mettre aujourd’hui à vaincre l’amour pour l’honneur. ”
“ C’est quelque chose, mon camarade, que d’être dans un endroit où les hommes ne sont ni endormis ni inconstants, et il n’y a guère d’habitants de la ville haute qui ne regardent avec orgueil les fumées et les tonnerres de la ville basse monter dans les airs, comme un cantique et un encens, en l’honneur de celui qui les a fait grandir et prospérer. — Tu as raison, répondit Sept-Épées, et ton bon courage me remonte les esprits ! Oui, elle est belle, notre ville basse, notre ville noire, comme on l’appelle dans le pays. ”
“ Comment Tonine savait-elle qu’il devait être reçu et accueilli chez la demoiselle, et qu’il y aurait précisément cette chambre-là ? Cette demoiselle si bonne... beaucoup trop bonne peut-être !... avait-elle un frère, un neveu ?... — Non, non ! s’écria Sept-Épées en se levant comme pour échapper aux suggestions d’un mauvais esprit ; tout ce qui me vient là est épouvantable, et Tonine est toujours un ange du ciel ! Tonine, Lise ! Tonine, Gaucher ! où êtes-vous ? Pourquoi suis-je seul au moment où mon cœur déborde et où ma tête se perd ? ”
“ Gaucher avait chaudement partagé les illusions de son jeune ami. Il avait lui-même l’esprit jeune, et sa confiance dans le succès des autres le rendait aimable et conciliant. Il se consolait, par cette sympathie généreuse et désintéressée, d’une vie pénible et dure pour son propre compte. — Bah ! disait-il à sa femme quand celle-ci s’efforçait de lui persuader qu’il était plus heureux que Sept-Épées, on est toujours assez heureux quand on fait ce qui plaît ! Mon plaisir est de vivre et de travailler pour toi ; si le camarade pense différemment, il a bien fait de suivre sa pente. ”
G. Sand, La Ville noire (RDDM)
“ Nous sommes trop simples, nous ne savons pas causer ni porter le chapeau. Les dames nous trouvent gauches et se moquent de nous. Moi aussi je suis fière, c’est mon défaut ; je veux épouser mon pareil, et jamais un compagnon qui pense à la ville haute ne sera mon mari. Voilà tout ce que j’avais à dire ; vous voyez, Sept-Épées, qu’il n’y a pas de quoi vous offenser. Chacun a son goût et sa volonté, je vous prie de ne pas m’en vouloir et de ne plus songer à moi. Là-dessus, la Tonine se retira, quelque chose que pût lui dire Gaucher. ”
“ Qu’importe que j’aie ce chagrin ? se disait-il ; je sais bien que ce n’est pas le chagrin qui fait un homme solide et méritant : c’est au contraire ce qui l’affaiblit et le rabaisse. Tonine ne m’a-t-elle pas dit qu’il fallait persévérer dans mon entreprise ? Sans doute elle me mépriserait, si je quittais la partie pour aller pleurer à sa porte comme un chien battu. Allons ! un jour viendra peut-être où elle verra qui je suis, où les faits vaudront mieux pour la convaincre que de belles paroles pour l’attendrir ! Sept-Épées n’avait pas réalisé ses rêves d’aisance. ”
G. Sand, La Ville noire (RDDM)
“ Faites-moi place parmi vous, mes amis, je veux vous chanter l’épithalame de ces heureux époux. — Au dessert ! au dessert ! dit le parrain, qui ne goûtait pas toujours la poésie de son camarade de jeunesse ; nous avons à parler d’affaires sérieuses. Voyons, filleul, que dis-tu de ce qui t’arrive ? — Je dis que je suis heureux, parce que j’épouse Tonine, que j’ai toujours aimée, répondit Sept-Épées, voilà tout ce que je dis !... Qu’elle soit riche ou pauvre, peu importe, c’est elle ! ce n’est pas son nouveau rang et sa nouvelle fortune qui l’ont faite ce qu’elle est ! ”
“ Et, s’élançant comme une flèche sur le talus du chemin neuf, en deux sauts et trois enjambées, il arriva au niveau de la terrasse de Tonine, dont il franchit aisément la petite balustrade de briques chargée de clématites sauvages. Tonine était là en effet, elle l’avait entendu accourir, elle s’élança dans ses bras, et tous deux furent si contents de se revoir que les larmes coupèrent les premières paroles. Puis ils se regardèrent avec ravissement. Sept-Épées était plus que jamais le plus joli homme de la Ville Noire. ”
“ Aucun mouvement ne révélait cependant la présence d’un être humain. Sept-Épées frappa ; mais soit que le clapotement de l’eau couvrît le bruit, soit que l’on ne voulût pas répondre, il frappa en vain. Sentant sa curiosité excitée par ce silence, et remarquant que la lumière se projetait sur un rocher planté au beau milieu de l’eau, et tout à fait en face de la fabrique, il franchit le bras du torrent sur une planche qui y était fixée, et grimpa le bloc de manière à voir dans l’intérieur de l’habitation. ”
G. Sand, La Ville noire (RDDM)
“ Au bout de peu de temps, Sept-Épées sentit que plus on complique son existence, plus on y fait entrer de soucis et de périls. Il s’effraya de ne pas se trouver aussi positif qu’il faut l’être pour marcher à coup sûr et rapidement à la richesse. Il n’était pas avare ; il ne savait pas marchander avec âpreté. Il avait pitié de ses ouvriers malades ou serrés de trop près par la misère. ”
“ Au premier reproche de son jeune maître, le brave homme s’affecta profondément. Il était aimant, sensible, délicat à l’excès : il avait toutes les qualités du cœur, toutes les vertus de l’âme ; mais il était de ceux dont on peut dire, en comparant la machine intellectuelle à une machine d’industrie, qu’il manque à leur cerveau la cheville ouvrière. Il perdit trois jours à se reprocher sa faute, et Sept-Épées, voyant son découragement, fut forcé, pour le remettre à la besogne, de lui demander pardon de sa réprimande. ”
“ Il n’est guère d’homme qui, au moment d’en finir volontairement avec la vie, ne soit distrait de lui-même par l’occasion de sauver son semblable. Le malheureux vieillard, qui avait peut-être la tête déjà passée dans la corde, s’élança dehors et trouva Sept-Épées qui accourait vers lui, et qui le saisit dans ses bras, triomphant du succès de son stratagème. — Diable ! vous m’avez bien dérangé, dit le pauvre Audebert, quand tout fut expliqué de part et d’autre ; mais ce qui est différé n’est pas perdu ! ”
G. Sand, La Ville noire (RDDM)
“ Une idée sinistre traversa l’esprit du jeune armurier. Il regarda avec attention ce qui était écrit sur le mur, et parvint à lire ces mots, dont il est inutile de reproduire les incorrections : « Je meurs de ma main, pour la honte et le chagrin que j’ai d’avoir tout perdu. J’ai été honnête homme et courageux. Priez pour mon âme. » Sept-Épées, voyant bien qu’il avait assisté aux préparatifs d’un suicide, allait s’élancer de nouveau vers l’usine, quand il vit reparaître le malheureux artisan. ”
G. Sand, La Ville noire (RDDM)
“ Un homme était seul dans ce hangar, le dos tourné à la lumière, qui se reflétait sur son front chauve et luisant. C’était un crâne élevé comme ceux des enthousiastes, mais défectueux dans la fuite du front, qui dénotait le manque de suite ou de force dans la réflexion. Il s’occupait à écrire au charbon sur le mur. Il écrivait gros et péniblement. Quand il eut fini, il se retourna, et Sept-Épées reconnut le pauvre Audebert, qui lui parut pâle avec les yeux ardens. ”
G. Sand, La Ville noire (RDDM)
“ Tu as perdu ta fabrique, lui dit-il. La montagne a voulu se venger de nos défis. Je vois que tu prends cela avec courage et sagesse, et tu as bien raison. Le bonheur n’est pas dans un tas de pierres, et, pas plus que moi, tu n’étais destiné à être l’esclave d’une machine. La joie t’attend au véritable logis : celui de l’amour et de l’amitié ; c’est pourquoi je te quitte, car tu dois être pressé de revoir ce que tu aimes ! Là-dessus il embrassa encore Sept-Épées, et continua sa promenade avec les enfans, qui se remirent à l’escorter, fiers de montrer au voyageur le soin qu’ils avaient de lui. ”
François Lenormant,
La magie chez les Chaldéens et les origines accadiennes…
(1874)
“ Les Sept, les Sept, — au plus profond de l'abîme les Sept, — abomination du ciel, les Sept, — se cachant au plus profond de l'abîme et dans les entrailles de la terre, — ni mâles, ni femelles, — eux, captifs étendus, — n'ayant 'pas d'épouses, ne produisant pas d'enfants, — ne connaissant ni l'ordre ni le bien, — n'écoutant pas la prière, —vermine qui se cache dans la montagne, — ennemis du dieu Èa, — ravageurs des dieux, — fauteurs de troubles, prépotents par la violence, — les agents d'inimitié, les agents d'inimitié, Esprit du ciel, souviens-t'en ! Esprit de la terre, souvienst'en ! ”
L. Vitet, Revue des Deux Mondes
“ Ainsi, vers les dernières années du XVIe siècle, pendant que les Sept-Provinces affermissaient leur liberté naissante grâce aux efforts de ces gueux héroïques qui, sur terre et sur mer, continuaient l’œuvre du Taciturne, rien n’annonçait encore qu’en matière de peinture ce nouveau petit peuple fût près de s’affranchir. ”
Aymard de Saint-Saud,
Armorial des prélats français du XIXe siècle…
(1906)
“ SCEAU (à relief) . — Ecu aux armes (il semble que l'or soit figuré par des diagonales) ; ornements comme le dessin donné ; légende : Abbaye de Sept-Fons (Allier) . 1. On remarquera que le scel à impression de Sept-Fons. que nous reproduisons, donne un semé de Coquilles, et erreur plus grave, un lion contourné. Nous appelons de nouveau respectueusement l'attention de ceux chargés de dessiner des blasons religieux sur l'intérêt qu'ils ont à consulter les sources, les bons auteurs, pour éviter des erreurs. La simplicité monastique doit marcher de front avec la vérité. ”
