Joseph Bédier 

Résumé

Joseph Bédier  Revue des Deux Mondes

Il apparut que ni la colère, ni la haine, ni même la vaillance ne sont puissantes, que seule l’intelligence est puissante. Cette lutte d’artillerie, ce n’était pas le déchaînement d’une tempête absurde, c’était le déroulement d’une pensée hardie et savante, réglée par la raison, et brillante de lumière. Cette bataille était construite selon les lois exactes du rythme et du nombre, comme un poème, et la voûte d’acier des trajectoires avait été calculée aussi précisément que la portée des arcs d’ogive de nos vieilles cathédrales.
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Joseph Bédier  Revue des Deux Mondes

Une même doctrine régnait alors dans toutes les armées. Toutes admettaient que l’artillerie ne tire utilement qu’à la faible distance où il reste possible d’observer le tir, c’est-à-dire à quatre kilomètres au plus, et qu’elle ne doit pas prétendre à détruire l’artillerie ennemie, abritée comme elle derrière des positions masquées, et par conséquent invisible. Dès lors, une artillerie de campagne, très légère et très mobile, assistée, en de certaines circonstances limitées, par des canons courts, semblait devoir suffire : ni la longue portée, ni les gros calibres n’offraient d’utilité.
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Joseph Bédier  Revue des Deux Mondes

C’est là une grande chose, dont seul un technicien saurait expliquer la noblesse. Mais ce que chacun, si profane soit-on, peut voir à plein, c’est qu’il faut bien que l’artillerie française ait possédé dès 1914 quelque vertu qui fût vraiment sienne, quelque germe de supériorité, puisque, si pauvre initialement en matériels et en munitions, si médiocrement soutenue au début par une industrie métallurgique désorganisée, elle a su résister, gagner du temps, donner à la nation le loisir de se reprendre et de s’armer.
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