Simone Weil

Simone Weil

Résumé

Portrait de Simone Weil Simone Weil Sur la science

Quand je réponds à ces assauts du monde contre moi, que je nomme sensations, non plus par la joie ou la tristesse, mais par le travail, elles n’apportent autre chose à la pensée que l’objet du travail. C’est ainsi que de son bâton comme d’une main l’aveugle, loin de subir purement et simplement, comme on croit volontiers, des contacts, palpe, non pas la matière sensible, mais l’obstacle. Et inversement pour chacun le bâton de l’aveugle n’est autre chose que son propre corps. Le corps humain est pour l’esprit comme une pince à saisir et palper le monde.
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Portrait de Simone Weil Simone Weil Sur la science

Ma propre existence que je ressens est une illusion ; ma propre existence que je connais, je ne la ressens pas, je la fais. Exister, penser, connaître, ne sont que des aspects d’une seule réalité : pouvoir. Je connais ce que je fais, et ce que je fais, c’est penser et c’est exister ; car du moment que je fais, je fais que j’existe. Je suis une chose qui pense. Dira-t-on que, sans le savoir, je suis, je fais peut-être autre chose encore, en dehors de la pensée ? Qu’est-ce à dire ? Que serait une puissance que je n’exerce pas ?
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Portrait de Simone Weil Simone Weil Sur la science

L’imagination me semble déréglée en toutes ces pensées marquées de passion, qui s’imposent à moi parfois aussi violemment que les impressions des sens, puis qui changent, que je change, qui m’échappent. C’est ainsi que parfois quelque chose, au tournant de la route, m’effraie ; qu’est-ce ? Non pas des impressions sensibles ; les impressions ne parviennent pas plus à ma pensée que les dessins bizarres formés par les lettres, lorsque je lis. Ce qui m’effraie, c’est l’idée, formée par l’imagination à l’occasion de ce que je vois, d’une volonté hostile et puissante qui me menace.
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