“ Quand je réponds à ces assauts du monde contre moi, que je nomme sensations, non plus par la joie ou la tristesse, mais par le travail, elles n’apportent autre chose à la pensée que l’objet du travail. C’est ainsi que de son bâton comme d’une main l’aveugle, loin de subir purement et simplement, comme on croit volontiers, des contacts, palpe, non pas la matière sensible, mais l’obstacle. Et inversement pour chacun le bâton de l’aveugle n’est autre chose que son propre corps. Le corps humain est pour l’esprit comme une pince à saisir et palper le monde. ”
Simone Weil
Résumé
Sur la science, essai philosophique de Simone Weil, examine les fondements de la connaissance scientifique à travers une réflexion sur la nature de l’imagination, de l’énergie et de la matière. En s’appuyant sur les apports des Grecs (Eudoxe, Archimède) et des penseurs modernes (Planck), Weil questionne la relation entre l’esprit et le monde physique, mettant en avant le rôle du travail comme intermédiaire entre la pensée et la réalité.
L’ouvrage combine géométrie, physique et métaphysique, soulignant l’unité des lois universelles et la purification spirituelle que procure la science, à condition qu’elle soit pratiquée avec rigueur. Son approche innovante, située à l’intersection de la philosophie et des mathématiques, révèle une quête de vérité à la fois rationnelle et existentielle.
Citations de Sur la science (Simone Weil)
“ Ma propre existence que je ressens est une illusion ; ma propre existence que je connais, je ne la ressens pas, je la fais. Exister, penser, connaître, ne sont que des aspects d’une seule réalité : pouvoir. Je connais ce que je fais, et ce que je fais, c’est penser et c’est exister ; car du moment que je fais, je fais que j’existe. Je suis une chose qui pense. Dira-t-on que, sans le savoir, je suis, je fais peut-être autre chose encore, en dehors de la pensée ? Qu’est-ce à dire ? Que serait une puissance que je n’exerce pas ? ”
“ L’imagination me semble déréglée en toutes ces pensées marquées de passion, qui s’imposent à moi parfois aussi violemment que les impressions des sens, puis qui changent, que je change, qui m’échappent. C’est ainsi que parfois quelque chose, au tournant de la route, m’effraie ; qu’est-ce ? Non pas des impressions sensibles ; les impressions ne parviennent pas plus à ma pensée que les dessins bizarres formés par les lettres, lorsque je lis. Ce qui m’effraie, c’est l’idée, formée par l’imagination à l’occasion de ce que je vois, d’une volonté hostile et puissante qui me menace. ”
