Émile Verhaeren

Émile Verhaeren

Résumé

Portrait de Émile Verhaeren Émile Verhaeren Contes de minuit

Alors, d’une loge d’avant-scène où il se tenait caché, le mystérieux docteur Vellini, l’évocateur des spectres impalpables, encore vêtu de l’habit noir et de la cravate blanche, descendit dans la salle complètement vide et vint prendre place aux fauteuils d’orchestre. Aussitôt d’une flambée, les lustres rallumés scintillèrent ; une clarté intense redora les murs, les colonnes, le plafond, les frises, les balcons, les promenoirs, les jardins : de partout sortirent des fantômes pâles, légers dans leur marche, grotesques dans leur pose.
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Portrait de Émile Verhaeren Émile Verhaeren Contes de minuit

Car rien n’est plus délicat, plus frileux que ces teintes célestes où toute la pureté de l’immatériel se reflète. Les tons voisins les torturent, le noir les tue. Il symbolise le deuil, la souffrance, la mort ; c’est l’insulte de la misère terrestre aux blancheurs divines.
De sorte qu’au seul grincement de la clef du bedeau dans les ferronneries de la serrure, tout s’était évanoui par crainte d’un contact impur. La petite vierge, avec ses compagnons, avait fui, trouvant à peine une crête de toit encore givrée, pour rentrer chez elle, aux sonneries des matines.
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Portrait de Émile Verhaeren Émile Verhaeren Contes de minuit

Des bandes de fantômes se nouaient entre elles et tournaient en sens inverse sans se lâcher ; des accouplements de danseurs pirouettaient obstinément, comme mus par des ressorts sans frein ; des culbutes soudaines provoquaient des avalanches de chutes, des élans prodigieux traversaient les masses dansantes, des entrechoquements brisaient les poussées furieuses, des prises à bras le corps de jongleur à squelette enlevaient les couples de l’un à l’autre bout de la salle, les boules du jongleur volant au hasard, les tibias du squelette flageolant fiévreusement.
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