“ Le pinceau semble avoir glissé sur ces victuailles comme s’il était empreint non de couleurs mais de clarté. Si la forme des objets était plus précisée et plus arrêtée, ce bain de lueurs où le mercure et le soleil semblent fusionner n’aurait certes pu aussi bellement, envelopper la toile. Qu’on voie la couleur, affirme Ensor, aussitôt on ne voit qu’elle ; de même, qu’on étudie la forme et l’œil n’est plus sensible qu’à la ligne. Unir dans une même œuvre le ton et le dessin, leur donner la même importance n’est possible qu’aux demi-natures qui ne sentent rien fortement. ”
Émile Verhaeren
Résumé
Émile Verhaeren consacre ce texte au peintre belge James Ensor, explorant son univers artistique à travers ses tableaux, ses masques et ses thèmes iconoclastes. L'auteur souligne la fusion audacieuse de lumière et de forme chez Ensor, ainsi que son rôle dans les débats esthétiques de son époque, notamment avec Toorop.
Verhaeren met en avant l'originalité de l'artiste, dont les œuvres comme Les Masques ou Tentations de Saint-Antoine combinent ironie, violence et splendeur, révélant une vision unique de l'art et de la vie.
Citations de James Ensor (Émile Verhaeren)
“ Je sais qu l'œil et non pas l'esprit doit dominer dans les arts plastiques. Nul plus que moi ne s'est fait un devoir de signaler combien il importait de voir, de regarder, de constater afin de bien traduire soit la ligne, soit la couleur, soit la lumière. Toutefois il ne faut pas qu'un peintre se prévaille de cette vérité qui peut apparaître, à juste titre, comme une manière de dogme esthétique, pour s'opposer à toute culture générale et se complaire à n'être volontairement qu'une brute qui peint. Il faut, au contraire, que tout artiste s'affine et s'éduque. ”
“ La musique l’a tenté autant que la littérature. Il compose et improvise. Blanche Rousseau fut, un jour, témoin de la façon dont il railla avec des notes ceux qui le raillaient avec des paroles. « À un dîner de noces où se trouvaient un grand nombre de bourgeois, Ensor, pâle et muet, se laissait taquiner, mais avec des sourires contraints, des regards dédaigneux où s’allumait parfois l’éclair fugace d’une colère ou d’une ironie effrayantes. Non loin de lui, je l’observais et j’avais presque peur. Tout à coup, quelqu’un l’interpelle : « De la musique, James, de ta musique. » ”
