“ L’Unité, c’est le Tao. C’est du Tao que tous les êtres ont obtenu ce qui constitue leur nature. Les hommes de l’empire voient les êtres et oublient le Tao ; ils se contentent de savoir que le ciel est pur, que la terre est en repos, que les esprits sont doués d’une intelligence divine ; que les vallées sont susceptibles d’être remplies, que les dix mille êtres naissent, que les vassaux et les rois sont les modèles du monde. ”
Citations sur “Tao”
“ Mais dès qu’un homme est délivré de la gloire et des richesses, le Tao et la Vertu le favorisent, et les esprits le protègent. Sa gloire éclate d’elle-même, et ses richesses égalent celles du ciel et de la terre. ”
“ Le Tao peut être considéré comme un arbre dont sa lumière est la racine, et l’émanation de sa lumière, les branches. Ces branches se divisent et produisent dans l’homme la faculté de voir, d’entendre, de sentir, de percevoir. Le Tao coule de la racine aux branches. L’étude part des branches pour chercher la racine. C’est pourquoi Lao-tseu dit : Si l’homme fait usage de l’éclat du Tao pour revenir à sa lumière, c’est ce qu’on appelle être doublement éclairé. ”
“ Le Saint renouvelle la pureté de sa nature et fonde dans l’empire le Tao et la Vertu. Les hommes de l’empire sont touchés de son exemple et se soumettent du fond du cœur. Ses œuvres sont éternelles. C’est pourquoi ses mérites coulent jusqu’à dix mille générations et ses bienfaits s’étendent à l’infini. Voilà un homme qui sait fonder et conserver le Tao. ”
“ Le ciel couvre les dix mille êtres, et la terre les contient et les supporte ; elle répand sur eux les dons qu’elle reçoit du ciel. Le Tao conçoit, comme une mère, les dix mille êtres ; le ciel leur ouvre la voie et les amène à la vie. ”
“ Ainsi donc, docteur, si vous cultivez le Tao, si vous vous élancez vers lui de toute votre âme, vous y arriverez de vous-même. À quoi bon l’humanité et la justice ? Vous ressemblez à un homme qui battrait le tambour pour chercher une brebis égarée. ”
“ Si l’homme se sert de l’éclat du Tao pour apercevoir les mouvements imperceptibles des créatures et se soustraire à leur influence, s’il revient à la lumière du Tao pour rentrer dans une quiétude absolue, il n’ouvrira pas la bouche, les oreilles, ni les yeux, et n’augmentera pas ses désirs ”
“ La vie dont le ciel l’anima ne ressemblait point à celle des hommes ordinaires ; il était destiné à devenir le maître et le propagateur du Tao : c’est pourquoi il put être protégé par les esprits du ciel et commander à la multitude des immortels. ”
Charles De Harlez,
Les religions de la Chine : aperçu historique et critique
(1891)
“ C'est une voie, mais une voie par laquelle on marche, la conduite. C'est la voie bonne et droite, la voie que l'on doit suivre, la conduite que le ciel tient et approuve. Yeou-tao est celui qui a de sages règles de conduite et les observe, qui suit un principe d'action vrai, conforme au devoir et à la nature tant du ciel que de l'homme. C'est comme tel que Lao-tze l'a pris et l'a mis à la base, comme au sommet de son oeuvre philosophique. Le Tao c'est le principe d'action, vrai et juste, réalisé en un être source de tous les êtres. ”
“ Cette faculté n’exclut pas nécessairement le Tao, mais elle n’en est que la fleur ; ce n’est pas de l’ignorance, mais c’est le commencement de l’ignorance. La véritable étude du Tao consiste à nourrir ses esprits. Quoique l’éclat (de la vertu du Saint) puisse illuminer l’univers, il le renferme dans son intérieur. Quant à ces hommes qui font usage de leurs facultés intellectuelles pour prévoir la paix ou le désordre des états, pour prédire le malheur ou le bonheur, ils peuvent, il est vrai, exciter l’admiration du siècle ”
“ Celui qui à l’intelligence du Tao paraît enveloppé de ténèbres. Celui qui est avancé dans le Tao ressemble à un homme arriéré. Celui qui est à la hauteur du Tao ressemble à un homme vulgaire. L’homme d’une vertu supérieure est comme une vallée. ”
“ Le Tao est la mère de l’univers, il nourrit également tous les êtres, et le ciel et la terre l’aident par la vertu combinée du principe in 陰 « femelle, » et du principe yang 陽 mâle. » Voilà pourquoi ces trois choses sont grandes. Quoique ces trois choses subsistent, s’il n’y avait pas un roi, il leur serait impossible de gouverner les dix mille êtres. C’est pourquoi il a été nécessaire de donner le commandement à un homme, pour qu’il devînt le maître des peuples. De là vient que le roi aussi est grand. ”
Louis-Nicolas Bescherelle, La mythologie de tous les temps… (1854)
“ Le Tao, selon Morisson et Abel de Rémusat, ressemble au Logos des Grecs. Le Tao, suivant Hoai-Han-Tseu, philosophe de l'école de Lao-Tseu, conserve le ciel, soutient la terre ; il est si élevé qu'on ne peut l'atteindre, si profond qu'on ne peut le sonder; si immense qu'il contient l'univers ; il est cependant tout entier dans les plus petites choses. Si nous écoutons les sectateurs de Kong-Fou-Tseu, se conformer au Tao, c'est suivre la nature. Le Tao est toujours près des hommes. Si un homme méprise ce qui est commun et facile à pratiquer, ce n'est point le Tao qu'il poursuit. ”
“ Mais celui qui pratique le Tao retranche les choses qui peuvent augmenter sa vie (c’est-à-dire le faire vivre avec plus d’intensité) ; il renonce aux objets sensibles, il cultive sa nature et revient à sa vertu primitive. Quand sa vertu est devenue parfaite, il ressemble à un nouveau-né. ”
“ Le Tao est sans nom et tous les êtres du monde peuvent en faire usage, de même qu’on emploie un homme d’une condition basse et abjecte. Si les princes et les rois restaient sur leur trône noble et élevé sans posséder le Tao, ils seraient bientôt renversés. ”
“ Le Tao voile sa vertu et cache son nom. Il est constamment inerte ; il semble extrêmement petit et délié. E : Le Tao est calme et sans désirs ; il existe et il paraît comme n’existant pas ; il est plein et il paraît vide. On peut presque l’appeler petit. (7) E : Quand tous les êtres se sont soumis au Tao, à la fin il se détache d’eux comme s’ils lui étaient étrangers. On peut l’appeler grand. (8) E : Le cœur du saint homme ressemble au Tao. Quoique sa vertu soit extrêmement grande, jamais il ne se regarde comme grand. C’est par là qu’il est grand. ”
“ Tout être qui reste dans sa place est tranquille ; dès qu’il sort de ses limites, il rencontre des obstacles. De là vient que celui qui circule partout est exposé aux dangers. Le Tao n’a point de compagnon dans le monde. H se tient seul au delà des limites des êtres et n’a jamais changé. En haut, il s’élève jusqu’au ciel ; en bas, il pénètre jusqu’aux abîmes de la terre. Il circule dans tout l’univers et n’est jamais exposé à aucun danger. ”
“ Ainsi, dans son livre, le mot Tao signifie tantôt la Voie sublime par laquelle tous les êtres sont arrivés à la vie [31] , tantôt l’imitation du Tao, en restant, comme lui, sans action, sans pensées, sans désirs [32] . C’est dans ce dernier sens que l’on dit au figuré : « marcher, avancer dans le Tao, se rapprocher du Tao, arriver au Tao. » Il y aurait beaucoup à dire sur la doctrine de l’émanation et sur le retour à l’âme universelle [33] , qu’on a cru trouver dans certains passages de Lao-tseu. ”
“ Si nous déracinons nos affections, si nous réprimons nos pensées, alors les souillures et le trouble disparaîtront, et un éclat céleste viendra briller en nous. Si nous concentrons en nous-mêmes notre faculté de voir et d’entendre, alors nos esprits se calmeront, et nous naîtrons à la vie spirituelle. Si l’homme peut agir ainsi, de grossier qu’il était, il deviendra délié et subtil, et il ressemblera aux sages qui possédaient le Tao dans l’antiquité. ”
“ La voix qui s’exprime par des sons s’entend à peine jusqu’à cent lis ; la voix qui est dénuée de son pénètre au delà du ciel et ébranle tout l’empire. Les paroles humaines ne sont pas comprises des différentes espèces d’hommes ; mais, à la parole de l’être qui ne parle pas, le In et le Yang (le principe femelle et le principe mâle) répandent leurs influences fécondes, le ciel et la terre s’unissent pour produire les êtres. Or le Tao et la Vertu n’agissent pas, et cependant le ciel et la terre donnent aux créatures leur entier développement. ”
“ On conviendra sans peine que le plus sûr moyen de comprendre le sens de Tao 道 dans la doctrine de Lao-tseu, c’est d’interroger le maître lui-même, et de consulter les philosophes de son école les plus rapprochés de l’époque où il a vécu, tels que Tchoang-tseu, Ho-houan-tseu, Ho-chang-hong, etc. qui sont tous antérieurs à l’ère chrétienne. Or, suivant eux, le Tao est dépourvu d’action, de pensée, de jugement, d’intelligence [30] . Il paraît donc impossible de le prendre pour la raison primordiale, pour l’intelligence sublime qui a créé et qui régit le monde. ”
Maurice Magre, Le roman de Confucius (1927)
“ Et, assis sur les pierres branlantes ou sous les entrelacements de bambous, l’archiviste de l’Empire expliquait bienveillamment à son serviteur le mystère du Tao et ses propres idées devenaient plus claires par la magie de l’expression. Siu-Kia connut que le Tao est la raison suprême, l’essence primordiale, la voie où chemine l’esprit, l’esprit en mouvement, et il connut que le Te est le deuxième aspect du Tao, la vertu suprême, l’idéale perfection, l’amour en mouvement qui permet à l’esprit de l’homme d’être absorbé par le Tao, l’essence divine. ”
“ Si quelqu’un nourrit lui-même un enfant, il devient nécessairement son maître. Qui pourrait, comme le Tao, porter au suprême degré la vertu qui fait aimer et nourrir les êtres, et ne pas les regarder comme son bien particulier ? C’est par là que le Tao est grand. ”
“ Je « ne connais pas son nom ; pour le qualifier, je l’appelle le Tao ou la Voie. » (Chap. xxv.) Ho-chang-kong, le plus ancien commentateur de Lao-tseu, qui florissait dans le IIe siècle avant notre ère, explique ainsi ce passage : « Je ne vois ni le corps ni la figure du Tao ; je ne sais comment il faut le nommer : mais, comme je vois que tous les êtres naissent en venant par le Tao, je le qualifie en l’appelant le Tao ou la Voie. » Ho-kouan-tseu, philosophe Tao-sse, offre (liv. III, fol. 20) une définition analogue du même mot : « Le Tao est ce qui a donné passage aux êtres. » ”
Charles De Harlez,
Les religions de la Chine : aperçu historique et critique
(1891)
“ A l'origine de toutes choses est le Tao. Qu'est-ce que le Tao ? C'est l'être primordial, absolu, universel qui ne peut avoir de nom ni être atteint par le raisonnement. Etant l'être absolu, la plénitude de l'être, il n'a point de qualité distincte car toute détermination indique une limite, une imperfection. Il n'y a point de notion supérieure dont on puisse se servir pour le définir. En son état innomable il est l'origine du ciel et de la terre, il n'est point alors cognoscible. Quand il le devient c'est qu'il donne naissance aux êtres particuliers. ”
“ Lao-tseu représente le Tao comme un être dépourvu d’action, de pensées, de désirs, et il veut que, pour arriver au plus haut degré de perfection, l’homme reste, comme le Tao, dans un quiétisme absolu ; qu’il se dépouille de pensées, de désirs, et même des lumières de l’intelligence, qui, suivant lui, sont une cause de désordre. ”
“ Le Saint emploie son Tao dans l’intérêt des hommes, il donne aux hommes toutes ses richesses (littéralement : « son profit » le mot richesses se prend ici au figuré) . Quoiqu’il les répande (son Tao et ses richesses) sur tous les hommes de l’empire et les lègue aux générations futures, son Tao s’augmente de plus en plus et reste inépuisable ; ses richesses s’accroissent de plus en plus et n’éprouvent nulle diminution. ”
André Duboscq, Unité de l’Asie
“ Le Tao, ce « principe d’ordre suprêmement efficace », n’est pas une doctrine, mais une discipline civilisatrice par laquelle se réalise l’ordre universel. Le Tao règle l’ordre qui règne dans les choses et celui qui règne dans la société humaine, l’ordre naturel et l’ordre social qui, dans la pensée chinoise se confondent. À travers la nature et la société, le Chinois cherche un ordre identique auquel il s’associe et qu’il contribue à maintenir. Le Tao est ordre et en même temps puissance ”
Paul Giran, Magie et religion annamites : introduction à une philosophie de la civilisation du peuple d'Annam (1912)
“ LA MAGIE 217 Tao a produit un, un a produit deux; deux a produit trois et trois a donné naissance à tous les êtres ». Un commentateur chinois explique : « L'unité primordiale se divisa en deux principes : le yang mâle et le yin femelle; puis, de ces deux principes réunis il résulta l'harmonie ». Ainsi la cosmogonie taoïste se rattacherait à celle que nous avons exposée au début de cet ouvrage. Le Tao se rapprocherait ainsi du tinh et on peut même se demander s'il n'y a pas là une seule et même notion exprimée sous deux vocables différents. ”
“ Le Tao vrai et éternel, nous l’avons reçu dès l’origine ; mais les hommes vulgaires ne peuvent en conserver l’héritage et l’abandonnent. Si l’homme suit les conseils de Lao-tseu, on pourra dire qu’il conserve l’héritage du Tao. ”
“ Quand l’homme vertueux a obtenu le Tao, c’est comme s’il possédait un trésor au dedans de lui ; et partout où il va, il peut en tirer un immense profit. (3) E : L’homme dénué de vertu a commencé à perdre le Tao. Lorsqu’une fois il craint le malheur et songe à son salut, s’il peut chercher son appui dans le Tao, il pourra changer le malheur qui le menaçait en un bonheur durable. Lao-tseu veut dire que le Tao est répandu dans l’univers, et que les bons comme les méchants peuvent en profiter. ”
“ Les hommes du siècle savent seulement que le roi est grand, et ils ne savent pas que le saint homme prend le ciel et la terre pour modèles. On voit par là que le ciel et la terre sont plus grands que le roi. Ils savent que le ciel et la terre sont grands ; ils ne savent pas que le ciel et la terre sont sortis du sein du Tao, et le prennent pour modèle. Aussi le Tao est-il plus grand que le ciel et la terre. ”
“ Celui qui se laisse aller à la violence de son caractère et aime à discuter, s’éloigne de plus en plus du Tao. Plus bas Lao-tseu compare ces hommes qui aiment à discuter, et dont la loquacité ne peut se soutenir longtemps, à un vent rapide qui ne peut durer toute la matinée, et à une pluie violente qui ne peut durer tout le jour. ”
Charles De Harlez,
Les religions de la Chine : aperçu historique et critique
(1891)
“ En lui-même, dans son essence spirituelle, il est sans désir ; produisant les êtres contingents, il est mû par le désir de les produire. Mais comme existant en lui-même et comme créant les êtres, il est identique à lui-même et dans cette unité de nature subjective et productive, il est un abîme insondable. Le Tao est éternel, il est insaisissable par les sens et infini (Ch. IV. XXI et XIV) . ”
“ Si Lao-tseu eût été un pur esprit du ciel, ajoute Ko-hong, il était naturel qu’il parût dans chaque siècle, qu’il descendît d’un rang honorable pour entrer dans une humble condition, qu’il quittât la paix et la quiétude pour se soumettre à la fatigue, qu’il renonçât à la pureté pour s’exposer aux souillures du monde, qu’il laissât une magistrature céleste pour accepter des fonctions humaines. La science du Tao découle de l’existence du ciel et de la terre ; les saints qui possèdent le Tao n’ont fait défaut à aucune époque. ”
“ On aurait beau interroger les autres jusqu’à la fin de sa vie, on ne pourrait les atteindre, les comprendre. Mais si l’on renonce à ses lumières, si l’on se dépouille de son corps, alors on les comprendra, c’est-à-dire on comprendra le Tao dont elles sont les attributs. ”
“ Il est impossible aux hommes vulgaires de marcher sans laisser des traces, de parler sans commettre des fautes, de compter sans instruments de calcul, de fermer une porte sans verrou, de lier quelque chose sans faire usage de cordes. Mais il n’y a que l’homme en possession du Tao qui marche sans le secours de ses pieds, qui parle sans l’intermédiaire de sa bouche, qui calcule sans faire usage des facultés de son esprit. On ne peut ouvrir ce qu’il a fermé, ni détacher ce qu’il a lié (A : Il emprisonne ses passions, il enchaîne les désirs de son cœur) , parce qu’il s’est identifié avec le Tao. ”
