“ Il n’en est pas ainsi. Tout dans la création est soumis à la méthode, y compris les points d’intersection entre ce monde et l’autre. C’est ce qu’indique le mot Logos, qui veut dire relation plus encore que parole. ”
Logos
Définition et enjeux
Le terme Logos, issu du grec, désigne à la fois parole, raison et principe créateur. Abordé par divers auteurs, il incarne des dimensions multiples : Simone Weil le relie à la nécessité et à l’amour, tandis que les théologiens catholiques le rattachent à l’Incarnation de Jésus-Christ, révélant ainsi une voie vers Dieu.
Philon d’Alexandrie le présente comme un médiateur divin, reliant l’infini au fini. Ce concept, traversé par la philosophie, la théologie et même la littérature (comme chez Victor Hugo), illustre la richesse des réflexions intellectuelles et spirituelles rassemblées dans cette revue.
Citations sur “Logos”
Alfred Vacant, Eugène Mangenot, Émile Amann, Dictionnaire de théologie catholique
“ Le Logos s’est fait chair pour devenir la voie, la vérité et la vie : par l’eau du baptême et l’Esprit, il donne une existence nouvelle ; par la chair de l’eucharistie et toute sa personne devenue nourriture des fidèles, il augmente et développe la vie surnaturelle. Le Logos — c’est encore une thèse du quatrième Évangile — vient unir Dieu et l’humanité ”
Dictionnaire de théologie catholique
“ Principe de manifestation, parole révélant la gloire du Père, tel nous est montré par les Pères le Logos, le Verbe qui s’est révélé aux hommes en se faisant chair. Mais le Logos nous est encore présenté, dans la spéculation qui a enrichi le texte et peut-être le sens du prologue johannique, comme la raison suprême des choses, raison qui est la raison même de Dieu et de toutes les créatures. Si le terme « Fils » nous fait mieux comprendre la génération divine, le Logos nous élève, par voie d’analogie, vers un mystère inénarrable. ”
Simone Weil,
Intuitions pré-chrétiennes
“ Ce mot Logos, emprunté aux stoïciens grecs qui l’avaient reçu d’Héraclite, a plusieurs significations, mais la principale est cette loi quantitative de variation qui constitue la nécessité. Fatum et logos sont d’ailleurs apparentés sémantiquement. Le fatum, c’est la nécessité, la nécessité, c’est le logos, et logos est le nom même de l’objet de notre plus ardent amour. ”
“ Or, cette idée, on peut et saint Jean pouvait l’exprimer par l’appellation de Logos, qui veut dire verbe, parole, manifestation. Dieu est esprit ; la parole est le résultat de l’énergie spirituelle, la pointe à laquelle elle se termine ; en d’autres termes, c’est par la parole que Dieu en tant qu’esprit se manifeste de la manière la plus complète. Logos est donc une dénomination du Fils de Dieu tout à fait analogue aux expressions qui désignent dans saint Paul ce même Fils de Dieu, image, splendeur, caractère ou empreinte. ”
Victor Hugo,
Œuvres complètes de Victor Hugo…
“ L’univers posé comme prémisse, c’est un impérieux raisonnement qui commence. Si vous ne voulez pas aller jusqu’au bout, ne vous laissez pas saisir par la logique du logos. Elle n’entend pas raison et dès qu’elle vous tient, elle ne vous lâche pas. ”
Alfred Vacant, Eugène Mangenot, Émile Amann, Dictionnaire de théologie catholique
“ A la manière stoïcienne. le Logos, comme les puissances, n’est pas seulement une idée, mais il devient une force, une loi puissante qui régit le monde, non abstraitement, mais physiquement, donc le lien qui en enchaîne les éléments et la force, l’énergie qui, tout entière en chaque partie, remplit tout, pour être la cause de tout ce qui se produit de bien dans le monde et dans l’homme. Tel est son rôle, cosmologique et physique. Au point de vue religieux, le Logos devient révélateur, et intermédiaire de culte, d’ascension vers Dieu. ”
Heinrich Graetz,
Histoire des Juifs
“ La somme de ces forces intermédiaires est ce que Philon nomme le Logos ou la Raison divine agissante, la Sagesse divine, l’Esprit de Dieu, la Cause des causes. Pour Philon, plus poète que philosophe, le Logos est le premier-né de Dieu, placé sur la limite de l’infini et du fini, les reliant et les séparant tout ensemble. II n’est ni incréé comme Dieu, ni créé comme les êtres finis. Le Logos est le prototype de l’univers, le représentant de Dieu, qui transmet ses ordres au monde ”
Dictionnaire de théologie catholique
“ Le Logos de Philon est l’instrument de Dieu dans la création du monde : « De la grande maison, de la grande cité qu’est le monde, la cause est Dieu qui l’a fait ; la matière, ce sont les quatre éléments dont il a été composé ; l’instrument est le Logos divin, par qui il a été construit ; le but de la construction est la bonté du démiurge. » ”
Léonce de Lavergne,
Dictionnaire encyclopédique usuel…
(1858)
“ LOGOS, mot grec qui signifie parole, discours, sens, raisonnement,- et dont Pévangéliste saint Jean et les Pères de l'Eglise grecque se servent pour désigner la seconde personne de la sainte Trinité. Le Logos n'est autre que l'émission ou l'émanation du principe de toutes choses, dont il manifeste la volonté suprême. On retrouve cette idée du Logos dans la religion de presque tous les peuples de la terre. ”
Alfred Vacant, Eugène Mangenot, Émile Amann, Dictionnaire de théologie catholique
“ Le problème à résoudre est théoriquement assez simple : Comment Dieu entre-t-il en relations avec le monde ? comment le monde entre-t-il en relations avec Dieu ? Par le Logos. Le Logos est l’intermédiaire désigné entre l’infini et le fini. Il permet à l’intelligence de s’élever jusqu’à Dieu ; il est l’intercesseur qui présente à Dieu les hommages du monde ; il est l’instrument de Dieu dans la création du monde. ”
Collectif, Revue de métaphysique et de morale
“ Depuis Sextus Empiricus, la doctrine du Logos est interprétée comme une doctrine mystique. En réalité, Héraclite, comme tous ses successeurs jusqu’à Aristote, emploie le mot Logos, dans son sens étymologique (calcul, combinaison mentale, Berechnung, p. 347-348) . Dans l’antiquité, il a passé pour un physicien empiriste (p. 350) . Sextus, le premier a systématiquement altéré le sens du fr. 1, et tous les traducteurs modernes (Diels compris) l’ont suivi (p. 355) . Mais chez Héraclite, comme chez Parménide, le Logos s’oppose à la poésie, à la fiction (σῆμειον, ἔπεα, ὄνομα) . ”
Stanislas de Guaita,
Rosa mystica
“ Le Logos saint, vêtu du rhythme grave et pur : Telle jaillit Aphroditè des flots d’azur !... Et tes larges yeux noirs, [où couve le mystère Mi-voilé, que ta bouche entr’ouverte doit taire Jusqu’au jour où, sublime entre tous, paraîtra Celui par qui, sommé, le Verbe parlera ;] Tes yeux noirs, langoureux, ou souriants, ou tristes, Quand tu daignes parfois les baisser jusqu’à nous, D’un tel enchantement baignent nos yeux d’artistes, Que nous rampons, ensorcelés, à tes genoux !... ”
Fulcran Vigouroux, Dictionnaire de la Bible - Vigouroux
“ Le Logos de Philon est une notion abstraite, vague et flottante, une idée constamment personnifiée, mais qui n’atteint pas la personnalité véritable. Jamais Philon n’a identifié son Logos avec le Messie et il aurait repoussé avec horreur la formule : ὃ Λόγος σὰρξ ἐγένετο. Le Logos de saint Jean est un être concret, le Fils de Dieu incarné, Jésus-Christ, gardant sa personnalité immuable à travers sa double existence préhistorique et historique. ”
Alfred Vacant, Eugène Mangenot, Émile Amann, Dictionnaire de théologie catholique
“ La terre et l’eau, placées au milieu de l’air et du feu et entourées par le ciel n’ont aucun appui extérieur, mais se tiennent entre elles, attachées l’une à l’autre par le Logos divin, architecte très sage et harmonie très parfaite. ”
Dictionnaire de théologie catholique
“ Philon. Clément a nettement affirmé le caractère essentiel du Logos supramondain. « Son concept du Logos n’est pas celui de Philon, mais celui de Jean, Logos personnel, incarné, celui même qui était DieuTen Dieu./ » Op. cit., p. 95. Et l’on voit facilement le rapport immédiat, l’influence profonde sur notre vie morale d’un Logos ainsi entendu. ”
Alfred Loisy,
Le quatrième Évangile
(1921)
“ Comment le Logos-Christ est né de Dieu, et comment il a opéré le-. Et il a habité parmi nous, salut des hommes, c'est ce qui va être maintenant expliqué. — « Et le Logos est devenu chair », — il s'est fait homme, il a paru en homme sur la terre. La chair désigne ici l'être vivant, comme il arrive souvent dans le langage biblique, et l'être vivant qu'est l'homme. Cependant la nature matérielle de l'homme est plus directement visée, pour mieux indiquer les deux extrêmes que réunit l'incarnation : le Logos éternel et la chair mortelle. ”
Fulcran Vigouroux, Dictionnaire de la Bible - Vigouroux
“ Zeitalter, Berlin, 1903, p. 346. Pour Philon, le Logos est encore l'âme du monde, idée qu’il emprunte à Platon. « Ce que l'âme est dans l’homme, le ciel, je pense, l’est dans le monde... Il y a donc deux natures indivisibles, la raison qui est en nous, et cette autre raison divine. » Quis rer. divin, hser., 48, t. i, p. 506. « Le Logos très ancien de Celui qui est, est entouré du monde comme d’un vêtement... Comme il est le lien de toutes choses, il tient ensemble et resserre toutes les parties, ne les laissant ni se dissoudre ni se disperser. » De profug., 20, t. ”
Voltaire,
Œuvres complètes de Voltaire
“ Que vous importe que le Logos soit fait ou engendré, pourvu qu’on lui soit fidèle, pourvu qu’on prêche une bonne morale, et qu’on la pratique si on peut ? J’ai commis bien des fautes dans ma vie, et vous aussi ”
Alfred Vacant, Eugène Mangenot, Émile Amann, Dictionnaire de théologie catholique
“ Il est la première des puissances intermédiaires entre Dieu et le monde ; il est le premier des anges, que Philon identifie avec « l’ange du Seigneur » dont parle l’Ancien Testament. A la manière platonicienne, le Logos, par rapport au monde, esl une idée ou plus exactement l’idée exemplaire du monde, la synthèse, l’ensemble et aussi la source de toutes les idées particulières, modèles des différents êtres. ”
René Maurice Gattefossé,
Les sages écritures : essai sur la philosophie et les origines de l'écriture
(1945)
“ Ainsi s'explique logiquement l'emploi de ce terme : curieux, incompréhensible, lorsqu'on ne se place pas au point de vue nominologique ; tout naturel, au contraire, trop naturel, quand on dit que Nomi- nation et Création se confondent, ce qu'il fallait expliquer : dans ce cas Créateur et Nominateur ne sont qu'un seul et même principe divin et c'est l'appeler Créateur que de le dire Logos. ”
Eusèbe de Salle,
Histoire générale des races humaines…
(1849)
“ Tout cela n'est pas l'âme humaine et encore une fois il faudrait que le cristal, la plante, l'enfant vagissant, la poule glou- santé , l'éléphant guèbre prissent notre propre langage pour que nous eussions le droit d'affirmer touchant leur moteur interne ce que nous affirmons sur le nôtre, à savoir : une âme pensante, dont le langage, le logos , est à la fois l'instrument et le signe. L'homme privé de la langue ordinaire sait en fabriquer bientôt une autre pour ses besoins. ”
Pierre-Joseph Proudhon,
De la justice dans la Révolution et dans l’Église
“ Il existe, disait le gnostique, dans le sein de l’âme divine, une raison qui lui est éternelle, et qui en émane, principe et type de toutes nos raisons à nous, pauvres mortels : c’est le verbe, le logos, la sophia, qui éclaire toute âme naissant à la vie, en s’unissant à elle par une infusion mystérieuse. Puis il y a une conscience, un amour, également éternel, procédant de l’âme suprême et de la raison protogène, qui inspire sur terre toute conscience, allume toute charité, comme le verbe illumine toute intelligence. ”
Georges Clemenceau,
Au soir de la pensée
“ En réalité, les symboles sont le début de l’idéographie, gravée, peinte, ou modelée, qui s’est maintenue, par la force des traditions, tout au travers des précisions de l’alphabet. Cela suffit à dire leur importance, puisque nous y devons trouver la formelle consignation des plus lointaines pensées de l’homme sur lui-même et sur le monde, en des âges où manquaient les moyens d’expression. ”
“ Le logo et le nom de wikisource Est-ce que je suis le seul qui pense que le nom wikisource, ça ne signifie pas grandchose ? Le logo d'un glacier n'apporte rien non plus. On dirait que le logo de glacier a été choisi parce que c'est une belle image, sans se soucier qu'il faudrait peut-être un lien avec ce que ça représente. ”
“ Mais 2-3 points me semblent essentiels : que tout le monde utilise le même logo (donc pas de lettres spécifiques dans l’eau qui sort du vase, sinon cela va finir comme les wiktionnaires où chaque langues possèdent son propre logo ou presque) , essayer de mettre des couleurs, simplifier le dessin, faire un SVG, etc. ”
Alfred Maury,
Une Nouvelle science auxiliaire de l’histoire - La sigillographie ou science des sceaux
“ L’image, dans nos mœurs administratives, fait de plus en plus place au simple énoncé, au titre officiel écrit à la main ou imprimé ; l’estampille ne porte plus guère que des mots et des numéros, à peine quelques restes d’armoiries. Cette révolution sigillographique est conforme à la marche que suit l’expression de la pensée humaine. À mesure que la société vieillit, que le langage s’assouplit et se perfectionne, notre esprit prend davantage l’habitude des termes abstraits ; il substitue de plus en plus le mot à l’image. ”
Goblet d’Alviella, Revue des Deux Mondes
“ On pourrait définir le symbole : une représentation qui ne vise pas à être une reproduction. La reproduction suppose que le signe représentatif est identique ou du moins semblable à l’objet représenté ; le symbolisme exige uniquement que l’un puisse rappeler l’autre, par une association d’idées naturelle ou convenue. En ce sens, il n’y a rien qui ne puisse fournir la matière d’un symbole. Nous vivons au milieu de représentations symboliques, depuis le drapeau qui flotte sur nos monumens jusqu’au billet de banque qui se trouve dans notre coffre-fort. ”
Paul Otlet,
Traité de documentation
“ Toute pensée qui s’exprime a besoin de signes extérieurs. À la suite de l’évolution, les deux plus importants parmi les signes sont devenus la parole d’une part, l’image de l’autre. La parole a été notée par l’écriture, sorte d’image, dont les principaux types sont aujourd’hui à base phonétique. L’image à son tour, concrète au début, a donné lieu à l’image abstraite dont sont sortis d’abord les idéogrammes et les alphabets et de nos jours les graphiques, les diagrammes, les schémas, les notations dérivant des alphabets ou formés de signes conventionnels. ”
Henri Focillon,
Vie des formes
“ Si, de ces couches profondes et complexes de la vie du langage, nous passons aux régions supérieures où il acquiert une valeur esthétique, nous voyons se vérifier encore le principe formulé plus haut et dont nous aurons souvent à constater les effets dans le cours de nos études : le signe signifie, mais, devenu forme, il aspire à se signifier, il crée son nouveau sens, il se cherche un contenu, il lui donne une vie jeune par des associations, par des dislocations de moules verbaux. ”
F. Brunetière,
Revue des Deux Mondes
“ Là, dans cette complexité, est la puissance, la beauté, la profondeur du symbole. Ce que la comparaison ou l’allégorie distinguent, divisent et séparent pour l’exprimer alternativement, le symbole, au contraire, l’unit, le joint ensemble, et n’en fait qu’une seule et même chose. Il relie l’homme à la nature, et tous les deux à leur principe caché. ”
Edmond Barthèlemy, Thomas Carlyle : essai biographique et critique
“ C'est de cette façon seulement qu'un symbole peut intégrer en lui toute la vie, ou toute une province de la vie. Pour qu'un symbole me parle et me guide, il faut que j'y reconnaisse la présence d'une âme, et dans cette âme la présence d'un monde. ”
Louis-Sébastien Mercier,
Néologie, ou Vocabulaire de mots nouveaux
“ Si la langue des signes a une si grande latitude dans toute l’expression physique du corps, comment osez-vous resserrer le signe écrit, et l’atténuer, lorsque j’en ai le plus grand besoin ? Assurons à nos écrivains la liberté d’enchaîner tout à-la-fois et des expressions toutes nouvelles, et des inversions hardies ; nous en verrons naître un coloris plus animé, une plus grande harmonie. Ne se plairait-on que dans le travail et la gêne ? La difficulté vaincue sera-t-elle le premier mérite ? ”
Honoré de Balzac,
Séraphîta
(1842)
“ L'assemblage des lettres, leurs formes, la figure qu'elles donnent à un mot, dessinent exactement, suivant le caractère de chaque peuple, des êtres inconnus dont le souvenir est en nous. Qui nous expliquera philosophiquement la transition de la sensation à la pensée, de la pensée au verbe, du verbe à son expression hiéroglyphique, des hiéroglyphes à l'alphabet, de l'alphabet à l'éloquence écrite, dont la beauté réside dans une suite d'images classées par les rhéteurs, et qui sont comme les hiéroglyphes de la pensée ? ”
Pierre Louÿs,
Le Crépuscule des nymphes
“ Du symbole est né le symbole et du symbole naîtra la Beauté. Elle est dans l’œuf bleu qui est sorti de toi. Depuis le commencement du monde, on sait qu’elle s’appellera Hélène ; et celui qui sera le dernier homme connaîtra qu’elle a existé. ”
“ Il faut appeler symbole, d’après le sens premier de ce mot, un tel objet qui signifie lui-même et en lui-même un monde, et autant d’autres mondes que l’on voudra, différents de lui et semblables à lui ”
Amélie Bosquet,
La Normandie romanesque et merveilleuse
“ La même opération de l’intelligence, ou plutôt de l’imagination, par laquelle le peuple personnifiait les systèmes, le conduisait ensuite à matérialiser les symboles. Ainsi, le symbole oral, au lieu d’être pris dans un sens figuré, se transformait en un récit merveilleux, mais supposé véridique, que la tradition propageait quelquefois sur tous les points de l’univers connu ”
