Résumé

Portrait de Louis-Sébastien Mercier Louis-Sébastien Mercier Néologie, ou Vocabulaire de mots nouveaux

Plus d’un peuple a trouvé par lui-même l’invention de l’écriture par des signes et caractères dont on ne s’était jamais avisé avant lui. C’est ainsi que tout peuple à naître se fera une langue qui n’a jamais été, et qui ne laissera pas que d’exprimer d’une manière nouvelle, les mêmes choses que nous.
Quand j’intitule cet ouvrage Néologie, qu’on ne l’appelle donc pas Dictionnaire Néologique [3] ! Néologie se prend toujours en bonne part, et Néologisme en mauvaise ; il y a entre ces deux mot, la même différence qu’entre religion et fanatisme, philosophie et philosophisme.
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Ainsi, avec le simple mot, sans syntaxe et sans grammaire, vous aurez sous les yeux un tableau raccourci et fidèle de toutes les images de la nature, vous en ferez vous-même la liaison, vous en ferez la réunion, vous inventerez vous-même le style ; vous serez grammairien, sans le savoir. La Néologie s’attache au sens absolu, à la forme radicale des mots, parce que les mots font la matière première des syntaxes. Rudes et sauvages, ils dominent la grammaire, car peindre un objet en noir, en rouge, en verd, c’est toujours en vouloir tracer et transmettre l’image : la phrase viendra ensuite
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Quoi ! la nature n’a mis aucune barrière entre ma pensée et le terme dont je veux la colorer, et tu prétends gêner, anéantir mon expression ! Le sauvage est plus avancé que toi dans l’ordre éternel des choses ; il appelle l’écriture, le papier qui parle, et toi, tu ne veux pas que les mots parlent. Le papier qui parle ! Tu seras donc aussi loin de l’idée que de l’expression.
Un mot neuf, énergique, bien placé, imite la lampe de l’émailleur ; c’est une langue de feu qui fond tout, et à qui rien ne résiste. Pascal, Labruyère et Francklin possédaient cette langue si étrangère à nos académiciens.
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