Résumé

Lucien Refort Essai d’introduction à une étude lexicologique de Michelet

Préférer un mot comme s’aheurter, ou débonnaireté, ou navré, dans des cas où les synonymes de la langue moderne seraient mieux à leur place, préférer les orthographes col ou fol, ou mol, là où aucune raison majeure n’en légitime l’emploi, dénote un souci d’archaïsme.
Ainsi le goût et l’accoutumance du vieux langage peuvent devenir assez obsédants pour l’imposer dans des passages où on l’attendait moins.
Ce n’est d’ailleurs pas une des manies les plus ordinaires de Michelet, et ce goût de l’archaïsme (dans l’expression) reste en somme extrêmement discret.
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Lucien Refort Essai d’introduction à une étude lexicologique de Michelet

Je crois qu’en aucun cas Michelet n’a préféré la formule au terme simple, lorsque la langue le lui fournissait.
On aurait tort de croire à une recherche. Rien ne permet d’affirmer que Michelet « travaille » sa langue. Comme toujours, il n’obéit qu’à son instinct, c’est-à-dire à celui d’utiliser le terme qui répond le plus exactement à sa pensée du moment. Profondément libertaire ici comme ailleurs, il ne reconnaît pas plus l’autorité d’une Académie en matière de lexique qu’il n’admet celle d’une Royauté ou d’une Eglise en matière de gouvernement.
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Ajoutons également que jamais il n’hésitera à utiliser un nom d’agent offert par la langue, quitte à lui donner un sens différent de celui qu’a consacré l’usage, ce qui, en somme, équivaut à une création véritable. Tel est le cas de bombardeur, mot ancien, pour déguiser le fabricant de bombardes, découvreur qui n’a dans l’ancienne langue que le sens d’éclaireur d’une troupe, réchauffeur, souteneur, que Michelet utilise communément pour nommer le général qui bombarde une ville, le voyageur qui découvre un pays, l’être qui réchauffe, ou l’homme puissant qui soutient un parti.
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