“ Splendeur du beau, splendidement ! La loi du rimeur, c’est la rime. ENVOI Prince, infâme est celui qui ment À son art. Pour tout autre crime Du bon poète sois clément. La loi du rimeur, c’est la rime. ”
Rimeur
Définition et enjeux
Citations sur “rimeur”
Trambly, Les Passe-temps, ou Macédoine poétique… (1840)
“ La rime est une esclave Qui ne doit qu'obéir; Du poète elle entrave L'œuvre qu'il veut polir; Pauvre, il faut qu'on la brave Et qu'on la laisse fuir; Mais elle est une épave Lorsqu'on la voit surgir Riche, noble et suave, Et promptement s'offrir Au rimeur, à l'œil cave, Joyeux de la tenir. ”
Julien Paillet, Poésies à l'usage de la jeunesse… (1843)
“ Qu'importe un plat rimeur, dont la froide Minerve En de fades écrits vient d'épancher sa verve? Que font au genre humain quelques vers mal rimés, Qui ne riment pas mieux par ta muse opprimés? C'est contre les méchants qu'un vertueux délire Doit lancer tous les traits d'une mâle satire. ”
André Chénier,
Poésies choisies de André Chénier
“ Creusant dans les détours de ces âmes profondes, S’y teindre, s’y tremper de leurs couleurs fécondes ? Un rimeur voit partout un nuage, et jamais D’un coup d’œil ferme et grand n’a saisi les objets ”
Adolphe Mazure, Dictionnaire étymologique de la langue française… (1863)
“ Ce verbe est pris en assez mauvaise part dans le sens de faire des vers qui n'ont d'autre mérite que la rime. Dans ce sens aussi, un rimeur, « qui se tue à rimer. » Ces nuances défavorables sont plus marquées dans les dérivés, rimaille, rimailler, rimailleur, idée de composer beaucoup de vers, et de méchants vers. ”
Gustave Le Vavasseur,
Poésies complètes
“ La Rime n’est pour rien dans sa gloire posthume. En vain même, ajoutant de l’or à son costume, Du bruit à ses grelots, des notes à sa voix, Nous la montrez-vous riche et sonore à la fois, Poètes et rimeurs qu’on nomme et qu’on renomme, Vous ne pourrez jamais effacer le bonhomme. ”
Gustave Le Vavasseur,
Poésies complètes
“ Nous savons respecter les marottes des autres. Pour nous le soleil luit, le ciel est radieux Et nous croyons encore à tous nos anciens dieux ; Les rimeurs sont croyants et non pas philosophes, Sur l’univers qui croule ils arrangent des strophes. Peut-être la Raison est-elle morte, mais La Rime, mon ami, ne périra jamais. ”
Victor Delaporte, De la rime française : ses origines… (1898)
“ La rime, quels qu'aient été les premiers rimeurs de l'humanité, vient physiologiquement du plaisir que cause le retour régulier d'un même son ; plaisir qui est senti par tout le monde, à commencer par les enfants qui balbutient. La rime est chose humaine. Chez tous les peuples, on s'est aperçu, sans aucune peine, qu'il était agréable d'entendre répéter des sons identiques, à court intervalle, ou même de suite : que ce soit des phrases et mélodies musicales, que ce soit des syllabes chantées ou parlées. ”
Jean Aicard,
Miette et Noré
(1880)
“ On peut dire de la rime riche qu’elle est trop souvent la rime prévue. En ce cas, je l’ai souvent effacée, lui préférant cent fois une rime suffisante, mais inattendue. Les rimes inévitables ont engendré l’horreur qu’on a des rimeurs. Du reste, richesse des rimes, coupes des vers, allure de style, tout cela se modifie selon l’intention du poème, le sujet et le genre. ”
Alfred de Musset,
Poésies nouvelles
(1852)
“ A nous autres rimeurs, de qui la grande affaire Est de nous consoler en arrangeant des mots, Que nous font les sifflets, les cris ou les bravos? Nous chantons à tue-tête; il faut bien que la terre Nous réponde, après tout, par quelques vains échos. ”
Henri Chamard,
Histoire de la Pléiade. 4
(1963)
“ III, 170a, 2 1 67, 2 1 81, 2 93. rime : sa définition, IV, 122; — ce qu'elle doit être d'après du Bellay, I, 200-201; IV, 124; — d'après Peletier, II, 116-118; IV, 126-127; — d'après Ronsard, IV, 127; — rime équivoque ou équivoquée, I, 162, 200, 2011, 213-214; IV, 123. — Pour la richesse et l'alternance des rimes, voir les art. alternance et richesse. rime tierce : voir l'art. terza rima. rimeurs, au sens péjoratif : I, 161, 191, 359; — le terme de rimeur rejeté par Sebillet pour celui de poète, l, 162. RINCON (Antonio) , parrain d'Antoine de Baïf : I, 59. ”
Victor Delaporte, De la rime française : ses origines… (1898)
“ Le Dictionnaire de rimes, à ceux qui savent en user, fournit, si j'ose dire, moins de rimes que d'idées. Les écoliers et les rimeurs ne voient là qu'une suite de mots finissant à peu près comme celui qu'ils ont couché sur leur papier. Les artistes lisent au delà. Il y a des livres aide-mémoire ; celui-ci, pour les poètes, aide l'oreille et la pensée. Pardon de ce dithyrambe, en faveur d'un pauvre serviteur fort commode et trop décrié. ”
Jean Nicot,
Thresor de la langue françoise
(1606)
“ Marot en vne Epistre au Roy le prent en ceste signification. Car vous trouuez assez de rime ailleurs &, ;Mais moy à tout ma rime & ma rimaille. &, ;Elle prendra plaisir en rime oyant. Rimer, ou bien Rymer, actiu. acut. Est escrire en rime, & parler en Ryme. Marot en vne epistre au Roy. En m'esbatant ie fay rondeaux en ryme, Et en rymant bien souuent ie m'enrime, &, ;Et m'est aduis que si ie ne rimois. Rymeur, m. acut. Est celuy qui fait des vers en rime. Marot en ladite epistre. Si vous supply qu'à ce ieune rimeur, Faciez auoir vn iour par sa rime heur. ”
Victor Delaporte, De la rime française : ses origines… (1898)
“ Tous les poètes, sauf deux ou trois, depuis les Odes et Ballades, ont visé à la rime riche. Et, la plupart du temps, pour juger d'un coup d'oeil si le poème qui vous tombe sous la main est soigné, s'il vaut quelque chose, il vous suffira d'examiner les rimes. Lisez les vers par la fin; si les rimes sont riches, il y a dès chances que l'oeuvre soit belle. Les lettres d'appui sont le trébuchet des bonnes pièces de poésie. ”
Alexandre Weill, Mon théâtre (1885)
“ Quand on a lu tous les. chefsd'oeuvre de nos grands poètes, on est étonné de la fréquence des mêmes rimes dont l'une appelle, l'autre comme une paire d'oiseaux. Toutes nos rimes sont usées, même celles de nos Parnassiens. Sur vingt rimes de nos modernes soi-disant novateurs, je parierais tout ce que l'on voudra que sur dixneuf, j'indiquerais la rime qui suit au premier vers qu'on me citera. Quand le vers finit par « rançon », vous pouvez être sûr que la rime riche en sera « charançon ». Quand il finira par le mot « boeufs », la rime en sera « bourbeux ». ”
Victor Delaporte, De la rime française : ses origines… (1898)
“ C'est que Corneille, en véritable romain, restait, en rimant, maître de lui, comme Auguste de l'univers. La difficulté de la rime, n'en parlez jamais devant un poète sérieux; il se moquera de vous gentiment ; ou bien il vous récitera une ou deux strophes d'Amédée Pommier, pour vous prouver, pièces en main, que la rime, si on le veut, on en fait tout ce que l'on veut : La rime est oiseau farouche, Qui pour un rien s'effarouche, Fuyant la main qui le touche Et sujet au vertigo : Mais on la rend familière, On la met dans sa volière, Quand on s'appelle Molière, Et qu'on est Victor Hugo... ”
Victor Delaporte, De la rime française : ses origines… (1898)
“ On réserve le pourquoi aux initiés, aux habiles, aux chercheurs d'au delà. Il y a aussi des pourquoi de la rime. Et rarement on s'en occupe ; quelques artistes les devinent ; peu de gens s'en doutent. Aux vrais poètes, on n'apprend point leur métier, avec ses jeux savants, profonds, délicats : pas plus qu'on n'apprend aux rossignols à chanter juste ni aux ânes à braire en mesure. Mon but n'est point d'inviter mes semblables à rimer. Il y a beaucoup trop de doigts qui usent les feuillets du dictionnaire des rimes, comme il y en a beaucoup trop qui taquinent l'ivoire des pianos. ”
Victor Delaporte, De la rime française : ses origines… (1898)
“ Pour avoir trop rimé, on ne rime plus du tout, ou à peine, ou si mal ! Le plus fâcheux désarroi règne dans ces républiques en miniature, où il ne reste debout qu'un seul principe — si tant est que ce soit un principe — le mépris enfantin du passé,des traditions, des maîtres qui ont rimé royalement ou avec une très fière aurea mediocritas. Il est bon de rappeler, avant que le glas du XIXe siècle ne sonne, qu'il y a eu, même en littérature, un passé, des traditions, des hommes, des chefs-d'oeuvre. On a rimé avant nous des poèmes qui dureront après nous. ”
Victor Delaporte, De la rime française : ses origines… (1898)
“ Laissons cette Muse à ses occupations et parlons de la poésie, à laquelle la rime rend des services dont les profanes se doutent peu. Sans la rime, point de vers ; sans la rime, point de beaux vers. La recherche sérieuse de la rime est féconde pour la pensée ; par la raison que tout effort réglé de l'artiste, effort où l'intelligence, l'imagination, la sensibilité, la volonté même, ont une part active, vivifie cette pensée en lui créant une forme ; ou, plus brièvement, par la raison que « travailler le style, c'est travailler la pensée (I) ». ”
Victor Delaporte, De la rime française : ses origines… (1898)
“ La rime au bout de ce vers fort renforce l'idée. Lisez les vers classiques les plus connus, les dialogues cornéliens, les plus beaux vers de Hugo et voyez comment la rime complète la période et fortifie l'idée. Prenez quelque chose de plus simple, ces deux vers du bonhomme : Même il m'est arrivé quelquefois de manger Le berger; c'est la rime qui non seulement fortifie, mais qui fait l'idée. Au lieu de berger, mettez pasteur, gardien, tout ce que vous voudrez ; l'idée est tout amoindrie, et le lion parle platement comme un bourgeois, et moins bien que le baudet. ”
Mme M.-A. Périole, L'Art de parler et de lire correctement… (1901)
“ La rime est pleine ou riche, quand non seulement le son mais l'articulation est la même. EXEMPLE : succès et procès, stupeur et vapeur. On appelle rime pauvre, celle qui n'offre que la répétition du même son dans sa plus grande simplicité. Elle est plus pauvre au singulier qu'au pluriel, au féminin qu'au masculin, tels sont les mots : vécu et vertu, tableau et écho. ”
Maurice Grammont, Petit Traité de versification française
“ Les mots qui s’appellent presque forcément, comme gloire et victoire, guerriers et lauriers constituent des rimes banales. Les mots d’une même catégorie grammaticale. — On tolère la rime de beauté avec bonté, trouvée avec lavée, délibérer avec pleurer, trouva avec cultiva, puni avec fini, perdu avec vendu, éclatant avec important, parce que la rime de ces mots contient une consonne avant la voyelle tonique ; mais on préfère de beaucoup faire rimer bonté avec persécuté, trouvée avec corvée, trouva avec il va, puni avec un nid, abattu avec vertu. ”
Nicolas Boileau,
Œuvres poétiques
(1853)
“ Quelque sujet qu'on traite, ou plaisant, ou sublime, Que toujours le bon sens s'accorde avec la rime : L'un l'autre vainement ils semblent se haïr; La rime est une esclave, et ne doit qu'obéir. Lorsqu'à la bien chercher d'abord on s'évertue, L'esprit à la trouver aisément s'habitue; Au joug de la raison sans peine elle fléchit, Et, loin de la gêner, la sert et l'enrichit. Mais lorsqu'on la néglige, elle devient rebelle, Et pour la rattraper le sens court après elle. Aimez donc la raison : que toujours vos écrits Empruntent d'elle seule et leur lustre et leur prix. ”
Alexandre Weill, Mon théâtre (1885)
“ Je suis sûr que la grande partie des vers de nos grands poètes auraient autant de succès sans rime qu'avec la rime. C'est que pour le vers blanc il faut absolument de grandes et de nobles pensées exprimées dans un langage poétique. La rime n'est souvent qu'un oripeau pour cacher des défauts de la peau, souvent des plaies hideuses. ”
F. Génin, Des variations du langage français depuis le XIIe siècle
“ Un pluriel ne rime pas avec un singulier, ni un mot terminé par une consonne avec un mot terminé par une voyelle. (Les consonnes euphoniques intercalaires étaient déjà perdues.) Dès ce moment, le participe pillé ne rime plus avec l'infinitif habiller; ni le comparatif mieux avec le substantif pieu; ni plus avec un élu; courir avec chéri, etc., etc., etc. Pourquoi, puisque ces rimes satisfont pleinement l'oreille? C'est qu'elles ne la satisferont plus si le mot suivant commence par une voyelle, et que la rime ne veut pas s'exposer aux hasards d'une élision ou d'un hiatus. ”
Tristan Derème,
Le Quatorze juillet, ou Petit art de rimer quand on manque de rimes
(1925)
“ Mais les poètes ont souvent gémi en pensant au futur bout de leurs vers – Enseigne-moi, Molière, où tu trouves la rime – et vous connaissez le sonnet de Saint-Amant qui se termine ainsi, sans être terminé : Mes esprits à cheval sur des coquecigrues Ainsi que papillons s'envolent dans les nues Y cherchant quelque fin qu'on ne puisse trouver. Nargue : c'est trop rêver, c'est trop ronger ses ongles, Si quelqu'un sait la rime, il peut bien l'achever. ............................................... ”
Nicolas Boileau,
Oeuvres poétiques de Boileau Despréaux
(1887)
“ SATIRE II. 35 Peut tous les mois sans peine enfanter un volume 1 ! Tes écrits, il est vrai, sans art et languissants, Semblent être formés en dépit du bon sens ; Mais ils trouvent pourtant, quoi qu'on en puisse dire, Un marchand pour les vendre, et des sots pour les lire, Et quand la rime enfin se trouve au bout des vers, Qu'importe que le reste y soit mis de travers? (Extraits.) 1 On peut rapprocher de cette satire la pièce de Sainte-Beuve sur la rime Rime qui donnes leurs sons Aux chansons. Rime, l'unique harmonie Du vers, qui sans tes accents Frémissants, Serait muet au génie ”
Bernard Jullien, Petit traité de rhétorique et de littérature (1856)
“ Le son pareil suffit-il pour que la rime soit bonne? — Non ; on veut que, outre l'exacte ressemblance du son final, les consonnes ou les voyelles qui le suivent soient pareilles, même quand on ne les prononce pas. 3. Donnez un exemple. — Ainsi danger rime avec manger, mais non avec mangé ; plaisir rime avec défir, et non avec désire. 4. Comment distingue-t-on les rimes? —Les rimes se distinguent quant à leur genre, quant à leur richesse et quant à leur arrangement. ”
Victor Delaporte, De la rime française : ses origines… (1898)
“ Rime pauvre. — Rime gasconne, flamande, parisienne, chartraine, normande. — Rimes pour l'oeil. — Rime burlesque et funambulesque. — Dictionnaire de rimes. — Rimes masculines et féminines. I. CE ne sont point les rimes qui font les bons vers : ce sont les bons poètes. : Il y a, ou plutôt il y eut, ne l'oublions pas, de très bons poètes qui firent des vers immortellement beaux en rimes suffisantes. La rime suffisante n'est pas la rime misérable, et pour parler la langue d'aujourd'hui, miséreuse. C'est une rime pauvre ; mais il y a une pauvreté honorable et fière. ”
active 19th century Marguerite Du Parquet, Jeux et exercices des jeunes filles
“ On donne à quelqu'un des mots bizarres, rimant ensemble, et il faut que chacun de ces mots s'ajuste au bout d'un vers sans que le sens soit trop tourmenté. Quelques exemples vaudront mieux que notre définition, et nous allons les prendre chez des auteurs du dix-septième siècle, temps où les bouts-rimés étaient fort à la mode. ”
“ Le rhume est d’un titan, mais le cerveau d’un nain. Vous n’êtes pas sensible à la prose, jeune homme. Il vous faut le vers. Soit. L’art s’accommode en somme De la prose aussi bien que du vers, et Pascal. Vaut Corneille. Pourtant le vers, pontifical, .. Monte dans plus d’âzur et sur un plus haut faîte, Et le penseur en prose, en vers devient prophète. Donc préférons le vers: C’est un plus fier démon. Mais la prose, Tacite, Arouet, Saint-Simon, Est plus humaine étant moins divine, et, superbe, Est la Parole, alors que la strophe est le-Verbe. ”
Adrien Remacle, Le livre d'une jeunesse : gluis et glanes… (1913)
“ J'estime absurde, pis qu'inutile la prohibition, en rimes même riches, des réponses du pluriel au singulier. La rime est sonorité faite pour l'oreille, le vers étant supposé toujours chanté ou déclamé (et, en effet, il est toujours 12 LIVRE D'UNE JEUNESSE. tel, même dans le silence de la lecture) ; donc la consonne ajoutée comme signe du pluriel, aussi bien que toute consonne adjointe pour un autre motif, ne modifiant point le son, non entendue, ne change rien à l'excellence de la rime : miel rime aussi excellemment avec ciels au pluriel qu'avec ciel au singulier. ”
Victor Delaporte, De la rime française : ses origines… (1898)
“ Ceux-ci et ceux-là n'arrivent point par les mêmes méthodes à l'union étroite de la rime et de la pensée. Pour les uns, ceux du dix-septième siècle, la pensée entraîne la rime; pour les autres, la rime amène la pensée. ”
Amédée Pommier, Colifichets : jeux de rimes (1860)
“ Je les pousse, les excite Et les fais tourner plus vite Que les boules des jongleurs. De mes rimes l'assemblage Me compose un attelage Au luisant et fin pelage; C'est mon char et mes chevaux. Ma main experte les guide. J'aime leur élan rapide Et les fais à toute bride Courir par monts et par vaux. Rime! oh ! combien je te goûte : Quand la prose avec toi joût, j Combien ta musique ajoute A l'enchantement des mots! ”
