“ Par l’écho de ton cœur montant sa vaine garde. Mérite ou démérite, est-ce qu’elle y regarde, Elle ? Et toi-même enfin, ces mots à grand fracas, Ces mots de ta consigne, en fais-tu toujours cas ? Voyons si tout à leur lumière s’examine. Qu’as-tu fait pour avoir joyeuse ou triste mine ? Celui-ci marche droit et celui-là tordu. Sur quoi fonderait-on qu’ils ont chacun son dû ? L’intelligent, la brute, est-ce par récompense, Par châtiment, qu’ils sont ainsi ? Nul ne le pense. Et les nez grecs, les nez camus, les nez bossus, Sont-ils des prix ou des pensums qu’on a reçus ? ”
Jean Richepin
Résumé
"Mes paradis", poésie de Jean Richepin, explore les tensions entre désir, existence et spiritualité à travers une langue riche en images et en paradoxes. Publiée dans un contexte littéraire marqué par la recherche de l'absolu, cette œuvre interroge la condition humaine via des thèmes comme la "blancheur" de l'âme, la "soif" de vie ou les "gueux" errants de l'esprit.
Les citations révèlent un dialogue constant entre le corporel et l'abstrait, entre le rêve et la réalité, dans un style lyrique où les mots deviennent "buccin d'archange". Le poème célèbre aussi la "splendeur" de l'humanité, même dans ses failles, en proposant un banquet symbolique où "chacun boit à sa faim". Richepin y mêle ironie, mysticisme et critique sociale, affirmant que l'œuvre est un "vœu" collectif de paix et de fraternité, malgré l'incertitude du monde.
Citations de Mes paradis (Jean Richepin)
“ Voilà les paradis dont nous avons besoin, Voilà ce qui convient le mieux, avant qu’il crève, À l’infirme, à l’errant, au gueux qu’est notre rêve. Comment, rien de plus ? Rien. Pas même, ô sourd-muet, Le vœu qui, dernier-né, dans ton cœur remuait Quand, le front lumineux, les yeux visionnaires, Sur son buccin d’archange où roulaient des tonnerres Hugo sonnait à notre espoir ressuscité La diane de paix et de fraternité. Hélas ! même ce vœu de nos récentes fièvres, À peine il tremble encor, sourd-muet, sur tes lèvres. ”
“ À la porte duquel on ne dit pas « qui vive », Un plat nouveau s’offrant dans tout nouveau convive ; Ô vrai banquet d’amour où, du grand au petit, Chacun boit à sa soif, mange à son appétit, Sans vœu d’égalité, sans souci de justice, Sans qu’un commun niveau lâchement aplatisse Les plus sublimes fronts pour complaire aux plus bas, Mais ceux-ci les premiers, eux, ne le voulant pas, Puisque le beau, le bien, la grâce, le génie, Sont un régal dont tout le monde communie ; Ô banquet où les cœurs, purs des vieilles rancœurs, Seront le pain des cœurs, seront le vin des cœurs ”
