“ Nous avions choisi une contrée lumineuse au bord de la mer, parmi les buissons de cactus en fleur ; là, l’air est si pur qu’il suffit de respirer pour être heureux ; la campagne dans le lointain est si veloutée qu’en ce monde les yeux ne demanderaient d’autre spectacle ; la mer, éblouissante et paisible, semble une pervenche épanouie, et les monts, revêtus d’un pâle violet, vont se perdre dans l’immuable azur. La félicité, la tendresse sont là dans leur véritable patrie, nulle part l’amour ne peut être à la fois plus suave et plus splendide. ”
Jeanne Thilda
Résumé
“Pour se damner”, est une œuvre de Jeanne Thilda. Des thèmes tels que baisers, le satin ou l'amour y sont abordés.
Citations de Pour se damner (Jeanne Thilda)
“ Pour vous, je brise ma carrière, j’oublie mon devoir, la colère de mes chefs ; votre mari ne saura jamais rien ; vous l’adorez, il reviendra près de vous, et vous penserez quelquefois à celui qui vous aura rendu le bonheur. — Assez, Monsieur, dit la comtesse d’une voix ferme ; il serait inutile, je crois, de faire un appel à votre cœur, de vous supplier... — Oh ! tout à fait inutile ! répondit-il avec un sourire cruel ; la vie du comte de Maillecraye est dans vos mains. ”
“ Tout à coup, un cri d’oiseau en détresse traverse les airs, les branches du marronnier craquent sous un poids trop lourde et une femme bondit comme une balle sur le rebord de la fenêtre, et de là sur la table. Effroi général, exclamations, surprise ! Les corbeilles de fruits roulent aux pieds des convives, et Armand se précipite sur Mimi-Pompadour. Il la presse contre lui, il l’étouffe de baisers ; il rit, il pleure ; il crie mille choses extravagantes et adorables : Ah ! il est bien loin le conseil municipal, et la fiancée, et le père, et la sous-préfecture ! ”
“ Celle qui consent à mentir, à se faufiler dans la voie pitoyable de la trahison, celle-là seule aime, il faut qu’elle tienne à lui plus qu’à sa vie. Cent fois mes lèvres ont voulu te crier : Va-t’en donc, ne comprends-tu pas que je ne suis plus digne de cette tendresse sincère ? ne sens-tu pas que je suis à un autre ? Mais j’étais arrêtée par l’expression tendre de tes yeux qui ne voyaient que moi, ton sourire confiant se serait éteint dans les larmes ; non, non, je ne pouvais rien dire, car la réalité brutale m’apparaissait comme une arme mortelle ”
“ Je sentis deux lèvres se poser sur mon front, et la tante Hortense me dit très doucement : — Je viens te demander l’hospitalité, petite marquise ; j’ai d’affreux cauchemars. Moque-toi, mais fais-moi une place à tes côtés. Comme j’allais répondre, elle mit vivement sa main sur ma bouche ; on ouvrait la porte sans bruit : il me sembla entendre une respiration oppressée. La tante Hortense, à voix haute, commença une histoire... Les pas s’éloignèrent, et je fondis en larmes en jetant mes bras au cou de la vieille fille. ”
“ On revint à Paris, et ce furent d’autres surprises, des extases nouvelles ; les théâtres, les dîners dans les restaurants où grignottent les femmes à tapage, l’atelier encombré de curieux bibelots : les chimères à ventre énorme, les faïences d’un autre âge, les superbes tapisseries fanées, les toiles jetées pêle-mêle sur les vieux sièges de cuir, tout cela plongeait l’amoureuse fillette dans des ravissements qui avivaient sa passion et devaient la rendre éternelle ; l’amour fait son nid dans tous les coins du monde et sa litanie se trouve sur toutes les lèvres de vingt ans ! ”
“ Eh bien, dans mes rêves fous, je me suis dit qu’un jour j’aurais un jeune à moi ; que je regarderais une tête charmante et des yeux purs, que je pourrais baigner mes doigts dans des masses de cheveux bouclés sans art, que je mettrais mes lèvres sur une barbe blonde douce comme des pétales de fleurs, que je sentirais cette haleine tiède des adolescents dont les dernières dents viennent de pousser, et qu’affolée de tendresse, alors que je lui jetterais mes bras au cou, il ne me ferait pas de récits spirituels comme la veuve Scarron, quand le rôti manquait. ”
“ Mais le charme indéfini, inexprimable qui émanait de cette enfant, c’était une pureté dont rien ne peut rendre l’attraction : cet être jeune marchait dans sa chasteté comme les déesses passent, enveloppées de nuées ; on se fût indigné à l’idée qu’on pût murmurer des paroles amoureuses à l’oreille de cette vierge ayant encore le paradis dans les yeux ; on comprenait que les seules caresses qui dussent effleurer ce front étaient les frémissements du vent ou les baisers de l’aïeule. Armand avait eu le terrible coup de foudre ; il adorait Hélène sans le vouloir et sans le savoir ”
“ Puis il était toujours temps ; après tout, l’amour n’est-il pas le plus doux des suicides ? Et il adora Margot qui lui donna tout, et toute son âme. ⁂ Cela dura trois mois, trois mois d’ivresses exquises, de longs baisers, de tendresses folles ; on roucoulait sur les étangs, dans les bois, au haut des montagnes, au milieu des prairies ; tout était rayons et chansons, surtout la chanson des baisers, celle-là l’écho la répétait du matin au soir. L’autre était bien loin ! Comme c’était gentil d’aimer cette jeunesse en bouton, cette sincérité qui sentait bon comme un bouquet ”
“ Alors, prise d’épouvante et n’osant passer devant lui pour aller jusqu’au cordon de la sonnette, elle arracha du mur un poignard japonais qui formait panoplie avec d’autres armes et des cravaches, et d’un geste tragique, brandissant la lame affilée : — Si vous avancez, je vous plonge ce poignard dans le cœur ! Mais il haussa les épaules avec un ricanement, et les lèvres sèches, les yeux enflammés, il se jeta sur elle, lui tordit les poignets, et fit tomber l’arme sur le parquet. — Je n’aime pas, dit-il sourdement, les femmes qui jouent la comédie à la ville ”
“ À la prison Saint-Lazare, dans ce lieu résumant à lui seul tous les cercles de l’enfer du Dante, il y a une jeune femme pâle qui lui ressemble ; si vous la rencontrez, détournez les yeux de cette ombre désespérée à laquelle les vivants n’ont plus rien à dire ; gardez-vous de chercher à savoir si c’est là l’amoureuse adorable de la fenêtre des roses, le gamin rieur qui courait après les papillons et après l’amour, de toutes les forces de ses petites bottes. ”
“ La jeune femme ne l’écoutait pas et le regardait ; c’était un beau garçon de vingt-cinq ans, avec la fière mine d’un Van-Dick, cheveux frisés et moustaches rousses ; elle le regardait, et des flammes passaient dans ses yeux à demi fermés ; lorsque, sous prétexte de descendre la glace, leurs mains se rencontrèrent, elle laissa sa main gantée, plus de temps qu’il n’était nécessaire, contre la main du jeune homme. Puis, d’un geste simple, elle ôta son gant, et comme il se jetait sur cette main aux ongles roses pour la couvrir de baisers, par un mouvement violent, elle lui tendit ses lèvres. ”
“ Et le bonheur, un bonheur envié par les anges et par les hommes, planait sur ces deux têtes d’amoureux ; ils se pendaient l’un à l’autre avec des appellations passionnées, se regardant dans les yeux avec extase ; et tout cela finissait par des baisers, des baisers toujours, un chapelet d’ivresses égrenées sans fin ; les caresses succédaient aux caresses, comme si ces affamés d’amour eussent eu à se dépêcher de s’aimer en prévision d’un malheur prévu. ”
“ Il hésita et se mordit la lèvre. — Répondez, Monsieur, vous l’avez juré, répondez ! — Madame la comtesse, c’est vous qui me forcez à ne pas vous tromper : le comte de Maillecraye sera fusillé demain dès qu’il fera jour ; il a été pris les armes à la main, et vous le savez, nous ne faisons aucun quartier aux francs-tireurs, ils ne font pas partie de l’armée. Il s’élança pour soutenir la malheureuse femme qui chancelait, mais elle le repoussa : — N’y a-t-il donc aucun moyen en ce monde de sauver l’homme que j’aime ? murmura-t-elle, pendant qu’un flot de larmes inondait ses joues blanches. ”
“ Nous sortirons du bourbier, nous remonterons vers tout ce qui est la vie, la nature, le beau ; on retrouvera la force et la santé dans les effluves saines, dans les affections avouables ; on ira sur l’autel de l’Amour lui apporter l’offrande des immortelles illusions et des divines larmes ; et les femmes laisseront à la postérité les adorables légendes, vers lesquelles les amants sincères feront de pieux pélerinages. Arrivez vite, chère petite amie ; l’œuvre des Résistantes se réunit demain en séance solennelle. ”
“ Ceci se passait à Nantes, dans un vieil et aristocratique hôtel où ma sœur et moi, orphelins, étions élevés par nos grands parents. Je me souviens de la chambre de bonne maman, des vieux portraits sombres, du rouge des rideaux qui nous rendait tout roses, nous les bambins. Dans un lourd cloisonné, sur une table en marqueterie, une grosse gerbe de fleurs jetait une note violente et gaie, un fauteuil de velours supportait un chat endormi, si vieux, que ses moustaches blanchissaient comme celles d’un général en retraite. La grand’mère s’était fait un nid au fond de cette immense chambre ”
“ PAUL À LOUISETTE En croirai-je mes yeux, petite malheureuse ? Est-ce vraiment de toi que me vient l’épouvantable missive que je reçois à l’instant ? Oui, c’est bien l’écriture de ma Louison, son orthographe adorable qu’elle tient de la nature et non pas de cette éducation qu’on a la rage de donner aux filles ; c’est bien ses grosses lettres écrites à bâtons rompus, c’est le langage naïf de ce cœur de tourterelle. ”
“ Il ne comprit pas, mais il était heureux ; penché vers elle, il voyait un corsage ouvert et deux nids de satin dans lesquels on avait planté une grosse rose mousseuse dont le parfum commençait à lui monter terriblement à la tête ; et il lui prenait des envies folles de l’emporter loin, pour se jeter à ses pieds en lui disant : Je t’aime. Les autres riaient de ses mines d’amoureux, et, raillant la princesse, lui disaient de se méfier de ce libertin qui en contait à toutes les femmes. ”
“ Dès que je la vis j’en devins amoureux ; comme j’étais orphelin et riche, je sus bien vite que je ne déplaisais pas à la mère. Cette auguste matrone, haute en couleur, portait, hiver comme été, jour comme nuit, un bonnet à rubans roses ; mais d’un rose si criard et si faux, que j’hésitai longtemps avant de déclarer mon amour à Jenny ; la divine créature dont j’étais épris portait ce nom d’honnête ouvrière. ”
“ Des yeux couleur noisette, un sourire de bacchante sur les lèvres purpurines d’une vierge de Murillo, de petits pieds qui eussent chaussé les pantoufles de la marquise de Musset, un corps serpentin et souple se ployant en lignes onduleuses sous l’étoffe ; et avec tout cela des gestes mignons et câlins, une physionomie parlante, des colères exquises quand on ne saisissait pas sa pensée tout de suite, une mimique adorable, des yeux bavardant tant et tant... enfin une gamine charmante et pure qui devait inquiéter le diable, toujours pressé d’entraîner à mal les anges du bon Dieu ! ”
“ Par un beau jour d’été, alors que les jardins sont des bouquets, que les flèches d’or criblent le feuillage et que les roses énormes envoient leur parfum comme des encensoirs, l’âme de la petite marquise Réginalde quitta son joli corps de satin, et s’envola vers les sphères éternelles, tout éblouie des magnificences qu’elle rencontrait en chemin. La marquise n’avait pas quitté la terre de son plein gré, la vie lui semblait bonne ”
“ Dans ce concert d’une flore de tendresse infinie, l’aubépine jette une note violente d’étamines pourprées ; le muguet, caché sous les ronces, laisse deviner son parfum printanier ; tout ce vert se fond avec le bleu du ciel : c’est une couleur opaline et ombreuse se dessinant doucement sur le velours des gazons, caressant le tronc noir des chênes. L’âme s’illumine, l’hymne éclate ; on dirait que les prés, les bois, les fleurs, les nids, envoient des cantiques à quelque chose de suprême qui flotte partout. ”
“ Satan se remit à rire ; le Paradis se pâma de joie et Réginalde perdit l’espérance. Depuis qu’elle avait quitté la terre, elle comprenait ce que valaient ses tendresses. ⁂ Alors le fond s’ouvrit comme dans un décor d’opéra, et la campagne ensoleillée apparut ; la rivière miroitait sous les arbres en fleur ; sur la rivière, dans une barque, un jeune homme et une jeune fille avaient laissé les avirons aller à la dérive et se tenaient les mains enlacées ; les cheveux blonds de la femme frôlaient la bouche de l’amoureux, qui la regardait avec extase. ”
“ Non, vois-tu, mignonne, si l’amour a le sens commun, il n’est plus l’amour ! Est-ce qu’un rêve peut être vraisemblable ? La folie est le chef d’orchestre qui conduit la fantaisie et les sentiments, c’est pour cela que l’émotion est charmante. ”
“ Tout le passé l’étreint et bat des ailes autour de son cœur ; il veut la revoir, la serrer contre lui ; ce moment le paye de toutes ses souffrances, de ses dégoûts ; il est sauvé de ces bourgeois imbéciles et de leur vie maussade. Il baise gourmandement les petits souliers, puis s’élançant comme un fou, il cherche derrière les arbres, parmi les fleurs, traverse les serres demandant partout sa maîtresse. Il court à la ville interrogeant les hôteliers, fouillant les maisons : rien, toujours rien, pas de Mimi ; il s’arrache les cheveux. ”
“ Ô Bernerette, ô Mimi Pinson, ô Rigolette ô Musette ! joyeuses envolées en jupons courts et en bonnets plus souvent sur les moulins que sur les tresses blondes ! jamais vos petits pieds, frétillant aux sons des orchestres, n’eussent tenté d’escalader le Parnasse, jamais, divines croqueuses de baisers, vous qui inspiriez les beaux vers de ce monde, vous n’avez fait sonner un imparfait du subjonctif. Vous êtes, ma fille, une créature exquise pétrie de sourires, de soleil et de chansons ; vous aimez la musique à la fête de Saint-Cloud et la campagne à la Grenouillère ; vous pleurez à l’Ambigu ”
“ Mais, d’honneur, ces messieurs sont trop pressés d’arriver au bout des situations ; ils ne consentent plus à languir, ils n’en ont pas le temps ; ils ne soupirent plus, ils attaquent ; et la femme, flattée d’inspirer autre chose que le respect, rougissant des mouvements de son cœur qui lui parle de tendresse, sourit avec grâce à la déclaration hardie, et cède bien vite, de crainte que le monsieur n’aille porter ailleurs un si beau feu. ”
“ Armand a vingt-quatre ans, la moustache blonde, les yeux rêveurs et tendres, les cheveux frisés sans le secours du fer, et la bouche friande du miel des baisers. À Paris, il préparait son baccalauréat chez Mimi-Pompadour, une adorable brune aux yeux bleus comme la Ninon de Musset, avec cette différence qu’elle consentait à s’entendre dire : Je vous aime. Armand, arrivé à S... et encore tout barbouillé des caresses de la folle Mimi, se jeta dans la politique pour échapper à la tristesse mortelle qui rongeait son cœur. ”
“ Il y avait une foule énorme ; les damnés étaient enchantés d’avoir une grande dame de plus dans leur rôtissoire, les bienheureux flairaient une distraction à leur sempiternelle extase. Et la pauvre âme affolée songeait à l’absolution du père Vincent, aux tendresses de Gaston, d’Octave, de Paul et d’Émile, et faisait des réflexions philosophiques. Combien tout est mensonge sur la terre ! ”
Termes fréquents
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