“ Nous avions choisi une contrée lumineuse au bord de la mer, parmi les buissons de cactus en fleur ; là, l’air est si pur qu’il suffit de respirer pour être heureux ; la campagne dans le lointain est si veloutée qu’en ce monde les yeux ne demanderaient d’autre spectacle ; la mer, éblouissante et paisible, semble une pervenche épanouie, et les monts, revêtus d’un pâle violet, vont se perdre dans l’immuable azur. La félicité, la tendresse sont là dans leur véritable patrie, nulle part l’amour ne peut être à la fois plus suave et plus splendide. ”
Jeanne Thilda
Élements biographiques
Mathilde Kindt, née en 1833 à Bruxelles et décédée en 1886 à Paris, écrivit sous les pseudonymes de Jeanne Thilda et Mathilde Stevens. Romancière, journaliste et salonnière, elle s’imposa comme critique d’art audacieuse, mêlant féminisme et réflexion esthétique.
Son œuvre, marquée par des textes comme Les Impressions d’une femme (1859) et Pour se damner (1883), explore les tensions entre désir, société et création, tout en illustrant la complexité des rapports de genre. Son influence sur des figures comme Guy de Maupassant atteste de sa place remarquable dans la littérature et l’art du XIXe siècle.
Citations de Jeanne Thilda
Jeanne Thilda, Impressions d’une femme au salon de 1859
“ La Zingara est pleine de verve, d’énergie, de vigueur ; sans être massive, elle est forte, mais elle a des formes féminines ; l’énergie ne lui vient pas des muscles, mais de l’âme. Enfin, cette statue a le grand mérite de l’originalité sans bizarrerie. Elle s’illumine d’une pensée, d’une passion, et, tout en ne sortant pas des conditions de l’art, elle a quelque chose de dramatique et d’émouvant malgré les étoffes, puisque la tête, les jambes et les bras sont seuls nus. Le mouvement général se suit d’un bout à l’autre et le corps se retrouve toujours lorsque l’œil le cherche sous la draperie. ”
Jeanne Thilda, Impressions d’une femme au salon de 1859
“ L’artiste heureux peint la femme qu’il aime et les deux beaux enfants qu’elle lui a donnés. Déjà elle est terminée, cette tête souriante et pure de l’heureuse épouse, de l’heureuse mère... Tout à coup, la mort interrompt le doux travail. Un des enfants est enlevé à l’amour de ses parents. Ah ! le sourire de la mère, éternisé sur la toile, il s’est évanoui à jamais de ses lèvres ; ce sourire de l’image en face des larmes du modèle, c’est tout ce qu’on peut rêver de plus douloureux, de plus déchirant. Il faut interrompre là le tableau, le peintre ne peut pas le finir. ”
