Jules Renard,
La Lanterne sourde
(1893)
“ La prune remue au gré du vent, docile, dorlotée, dormante. Une violente pluie d’orage la crible de minuscules balles crépitantes. Les balles fondent en rosée et la prune luit, regarde, comme un gros œil, au travers. Un merle se pose sur la branche, par petites détentes sèches s’approche de la prune, lui lance, de loin, prudent, les ailes prêtes, des coups de bec en vain rectifiés. À chaque coup, la branche mince plie, la prune recule et fait signe que non. Elle défierait jusqu’au soufflet d’une longue perche, Jusqu’aux échelles des hommes. Or Bonne-Amie vient à passer. ”
