Jules Renard

Jules Renard

Résumé

Portrait de Jules Renard Jules Renard La Lanterne sourde (1893)

Il pesa sur sa pomme d’Adam et tira la langue.
— Prenez, dit Mme Bornet. Ne craignez rien. C’est pour vous.
Le concierge, les yeux sur le gâteau, les narines flairantes, hésita et soudain demanda :
— Y a-t-il des œufs dans votre gâteau ?
— Parbleu ! dit M. Bornet, on ne fait pas de bon gâteau sans œufs.
— Alors, ça me rembrunit. Je n’aime pas les œufs.
— Qu’est-ce que tu lui contes, mon ami, dit Mme Bornet. Il y a un jaune d’œuf, au plus, pour lier la pâte.
— Oh ! Madame, rien que d’entendre chanter une poule, j’ai mal au cœur.
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Portrait de Jules Renard Jules Renard La Lanterne sourde

Avec la fourche il continuait de lui couvrir, comme d'un drap de foin, la poitrine, les jambes, tout le corps.
—C'est la poule, dit Françoise; je suis tombée, mais je me relève, monsieur Émile.
Elle fit un effort vain.
—Allons, voilà que je ne peux plus, maintenant!
Elle recommença de rire de bon cœur, les bras tendus.
—Non, j'y resterai, bien sûr!
M. Émile jeta sa fourche en haut du «foineau» et prit les deux mains de Françoise. Elles étaient grasses, moites. Il se raidit, le corps en arrière, les genoux arc-boutés, la souleva. Mais il dut lâcher tout.
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Portrait de Jules Renard Jules Renard La Lanterne sourde

Quand il mettait le pied dans une ornière, ou dans le creux d'un sabot de bœuf, des aiguilles de glace se brisaient avec un grésillement agaçant pour ses dents. Sur toute la rivière se répercutait l'écho des craquements sonores. Le canard se cachait derrière une touffe de joncs, un saule, une pile de bois carrée comme une table où la neige aurait mis une nappe, réapparaissait et s'évanouissait encore au plus épais des flocons, toujours loin du bord.
Du coin de l'œil, M. Mignan observait Levraut qui maintenait son allure indifférente, la queue basse, comme un chien de luxe à bouche inutile.
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