“ Tu aimes le gigot, Jacques. Est-ce que ta mère t’en prive ? Ta mère en fait cuire un le dimanche. — On t’en donne. Elle en mange froid le lundi. — T’en refuse-t-on ? On le fait revenir aux oignons le mardi — le jour des oignons c’est sacré — tu en as deux portions au lieu d’une. Et le mercredi, Jacques ! qui est-ce qui se sacrifie, le mercredi, pour son fils ? Le jeudi, qui est-ce qui laisse tout le gigot à son enfant ? Qui ? parle ! C’est ta mère — comme le pélican blanc ! Tu le finis le gigot — à toi l’honneur ! « Décrotte l’os ! ce n’est pas moi qui t’empêcherai d’en manger, va ! » ”
Jules Vallès
Résumé
L’Enfant, de Jules Vallès, est un roman introspectif qui suit les émotions et les conflits de Jacques, un enfant, au cœur de sa famille et de son environnement scolaire. À travers des dialogues percutants et des descriptions sensorielles, l’œuvre explore les relations tendues avec la mère, les contraintes du collège, ainsi que les objets quotidiens chargés de symbolisme.
Les thèmes de l’autorité, de la possession et de la quête d’indépendance se tissent autour des personnages principaux, tels que Vingtras ou Bergougnard, dans un récit à la fois poétique et réaliste. Le texte met en lumière les tensions familiales et sociales, illustrées par des scènes marquantes comme la confrontation entre l’enfant et ses parents.
Citations de L’Enfant (Jules Vallès)
“ C'est le champion de Saint-Étienne; on ne le renverrait pas pour un empire.Il porte un képi à galons d'or et il prend des leçons d'armes.Malatesta me fait des signes de tête en passant et me dit: «Salut, Vingtras!» Salut, comme en latin, «Vingtras», comme à un homme.C'est la retenue qui m'ennuie le plus.J'y gobe encore des pensums.—Je suis si maladroit!—C'est mon encrier que je renverse, c'est mon porte-plume qui tombe, mes papiers qui s'envolent, mon pupitre que je démanche.«Vingtras, cent lignes!»Patatras! mon paquet de livres qui dégringole et fait un tapage d'enfer! ”
“ C’est la voix de ma mère... Je saute au bas de l’échelle, en chemise ; l’échelle n’était pas accrochée et je tombe avec fracas. Je me suis presque fendu le genou sur le carreau. C’est dans l’escalier que le drame se passe ; entre ma mère qui est renversée sur la rampe, les yeux hagards, et mon père qui la tire à lui, pâle, échevelée. Je me jette en pleurant au milieu d’eux. Qu’y a-t-il ? Je veux crier. « Non, non ! fait mon père en me fermant la bouche, non ! » — Il me brise presque les dents sous son poing. — « Non, non ! » — Il y a autant de colère que de terreur dans sa voix. ”
