“ Quand j’ai latinassé, je suis libre — libre de regarder le quai. Quai Richebourg. Oh ! ce quai Richebourg, si long, si vide, si triste ! Ce n’est plus l’odeur de la ville, c’est l’odeur du canal. Il étale ses eaux grasses sous les fenêtres et porte comme sur de l’huile les bateaux de mariniers, d’où sort, par un tuyau, la fumée de la soupe qui cuit. La batelière montre de temps en temps sa coiffe et grimpe sur le pont pour jeter ses épluchures par-dessus bord. C’est plein d’épluchures, ce canal sans courant ! C’est le sommeil de l’eau. C’est le sommeil de tout. ”
Jules Vallès
Résumé
Publié en 1881, Le Bachelier de Jules Vallès est le second tome de sa trilogie autobiographique, qui suit L'Enfant et précède L'Insurgé. À travers le parcours de Jacques Vingtras, un jeune homme politiquement engagé et confronté à la pauvreté, Vallès examine les tensions sociales, l'idéalisme républicain et les désaccords idéologiques.
Le roman, caractérisé par un style réaliste et des descriptions sensorielles, combine récit de vie, militantisme et portrait de la jeunesse en lutte. Son dédicace, « À ceux qui, nourris de grec et de latin, sont morts de faim », met en lumière l'absurdité des inégalités.
Citations de Le Bachelier (Jules Vallès)
“ Tu veux avoir un habit à revers, un chapeau à plumes, et une ceinture tricolore, m'a dit un gros qui mange avec nous et qui n'a pas d'opinion, mais qui est tout de même—c'est drôle—très bon garçon et très brave.—Je suis prêt à me battre, je veux mourir, ai-je dit embarrassé et pensant que c'était réponse à tout.—Je le crois, si tu n'avais pas cela, tu mériterais qu'on te gifle et te tue! Heureusement tu as le courage de ton orgueil et l'héroïsme de ta bêtise. Tu n'es qu'un gamin qui se trompe, un petit cuistre qui s'égare: tu te fera casser la tête au premier jour. ”
“ C'est le grésil du rire après les tempêtes d'éloquence.Puis, on fait le café.Renoul reçoit tous les mois, de sa mère, des provisions de moka en grain qu'on moud à tour de rôle, et le bruit de ce moulin-là, l'odeur de ce café, qui sent les îles, adoucissent nos colères plébéiennes et nous rendent, jusqu'au dernier grain, indulgents pour la société mal faite; ou tout au moins il y a trêve—on met du sucre.Le pli est pris; tous les soirs on vient discuter, crier et moudre. On verse, on sirote, on fume, on rit—puis l'on se remet en colère et l'on remonte sur les chaises comme à la tribune. ”
