“ Il donnait un coup de patte, on lui répondait par un coup de griffe. Il n’est rien qui trouble un esprit délicat comme l’épaisse et extrême sottise : Collinet mettait toute son adresse à ne point changer de visage ; en pareille compagnie le mieux était de tout supporter ; mais il ne laissait pas d’être atteint au cœur. Il feignait de ne pas entendre, ou continuait la plaisanterie avec une gaîté forcée, et tâchait de l’atténuer en renchérissant. ”
Citations sur “Collinet”
“ Collinet se lève tremblant et demande qu’on le laisse en repos ; il jouera. Tout rentre dans l’ordre : on lui donne ses habits, on le laisse dans un coin. Une fois son parti pris, et tout en endossant lentement ses haillons, il songea à ceci, que, toute honte bue, il pouvait si plaisamment et si bien jouer son rôle qu’il ne rebutât point Clémence, et qu’elle y prît plaisir, au contraire, et l’admirât. Il savait que le comique, si bas qu’il fût, amusait parfois les femmes, et ne leur répugnait pas comme on pensait. ”
“ Pelletier arriva au café, et son premier mot fut qu’il avait rencontré Collinet. Il n’y eut qu’un cri. « Où est-il ? que devient-il ? il y a trois mois qu’on ne l’a vu. — Il est devenu triste. — Il étudie. — Il a usé ses derniers souliers. » Un fumeur se leva : « Il est amoureux. » On partit d’un éclat de rire. « De qui ? amoureux ? Collinet ? — Il est tous les soirs au bastion, — sous la grille des Sorel. — Madame Baudry le sait. — La servante de ma tante l’y a vu, — du côté de la rue, — sous les fenêtres de Clémence, — jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de lumières. » ”
“ « Il est amoureux de Clémence ! — cela est prouvé. » « — Parbleu, dit Pelletier, vous m’y faites songer. Il m’a tant parlé d’elle. Je ne m’étonne plus. Il ne m’accostait que pour cela. Il est amoureux de Clémence, — le maraud ! le faquin ! — On ne le voyait plus, — il se promenait sur les remparts, — il se moquait de nous, — il n’a qu’à venir. » À quelques jours de là, Collinet vint pour son malheur. On semblait s’être donné le mot. Un haro s’élève, on l’entoure, et chacun lui donne son coup. « Voilà Collinet, voici Collinet, Collinet, holà ! » ”
Charles Sorel,
La Vraie Histoire comique de Francion
(1623)
“ Collinet ne se plaisoit point parmi la guerre, où l’on l’avoit attiré ; il découvrit ce qu’il en pensoit à Clérante, comme il sortoit d’une chambre où l’on venoit de tenir conseil avec des hommes d’État. Mon bon seigneur, dit-il, ces conseillers sont des personnes de robe longue, qui n’ont jamais vu les batailles qu’en peinture et par écrit ; s’ils s’étoient trouvés en personne à quelqu’une, ils ne vous persuaderoient pas, comme ils font, d’éviter la paix : ils sçauroient les désolations qui arrivent en un combat ”
“ Les acteurs firent leur entrée et entamèrent l’exposition, mais on ne les écoutait qu’avec distraction. On attendait Collinet, on s’apprêtait à rire. Enfin le moment arriva ; la réplique expirait, et Collinet ne parut pas. L’entrée allait être manquée ; le public grondait ; Collinet était adossé derrière la coulisse, et murmurait entre ses dents : « Je ne puis... je me trouve mal. » Il n’y avait plus de temps à perdre ; on le poussa sur le théâtre. Dès qu’il parut, il se fit une explosion de grosse joie qui dura quelques secondes ; on le salua de trois salves d’applaudissements ”
“ C’était pour eux un comédien, un artiste, un farceur. On sait ce que cela signifie en province ; de ces gens qui empruntent, qui grugent et font mille tours indélicats. Collinet avec son bavardage ne pouvait être d’une autre espèce ; ils ne se gênèrent pas en mainte occasion de lui laisser voir ce qu’ils pensaient. Un mot eût suffi à la sensibilité du jeune comédien ; mais ils allèrent plusieurs fois jusqu’à mettre ouvertement en doute son honnêteté et son honneur. Collinet ne résista pas à ces derniers coups. Il se vit sans défense et sans force contre de telles attaques. ”
“ En moins de rien, Collinet sut tout. M. Sorel avait un emploi ; c’étaient de bonnes gens tranquilles et retirés, qui n’avaient qu’une fille qu’on adorait et qu’on élevait du mieux qu’on pouvait. Clémence était douce, aimable, un peu fière, sans beaucoup de bien, et par conséquent peu recherchée. Collinet s’informa à travers les rires s’ils allaient au théâtre : on lui dit que non. C’était de ces vieilles maisons autrefois dévotes, où l’on n’y songeait pas. Il respira. Pelletier se remit de plus belle à l’entraîner ”
Édouard Ourliac,
Nouvelles
(1865)
“ Au train qu'avaient pris les choses, Collinet ne pouvait plus se fàcher. Il aurait eu la plus mauvaise grâce du monde et cela n'eût sans doute remédié à rien; il s'efforçait donc de rire pour désarmer ses persécuteurs, mais l'on pense tout ce qu'il dut souffrir. Il se rencontra enfin de ces jeunes gens prétendus sensés, qui se croient le droit d'être plus grossiers que d'autres, sous-prétexte qu'ils sont plus fins. Ceux-là voyaient Collinet d'un mauvais oeil sans trop s'expliquer pourquoi. ”
“ On juge des gorges chaudes à la lecture publique de ces phrases qu’ils ne comprenaient pas et qui leur semblaient d’un ridicule jusqu’alors inouï. Collinet poète, Collinet fier et beau parleur, Collinet passionnément amoureux ! C’était pour eux la limite extrême du burlesque. L’énergie véritable même de cette lettre, et ce qu’il pouvait y avoir de bien dit, tournait contre le pauvre garçon ; ils n’y voyaient qu’une enflure de maître d’école et de baladin ; la manière dont ils y figuraient étouffa d’ailleurs leurs bonnes intentions ; on ne songea plus qu’à s’en amuser à outrance. ”
“ La moitié des quinquets était à bas, on commençait à briser les bancs, les femmes se cachaient le visage. Le commissaire s’était levé et ne pouvait se faire entendre. Collinet tout meurtri arpentait la scène comme un lion en cage. Enfin il se raidit, tord ses bras vers la salle, déchire sa veste, arrache sa perruque, son chapeau, son habit, tous ses oripeaux, en jette les lambeaux au parterre, s’essuie le visage, s’approche tremblant ; il s’élève un cri d’indignation, on écoute ; il suffoque, et s’écrie d’une voix étouffée : « Lâches !... monstres !... misérables !... » et disparaît. ”
“ On traverse le corridor en étouffant quelques rires. Collinet gourmande et supplie. Il prévoyait quelque catastrophe. On entre dans un grand salon au niveau du jardin. Des vieillards jouaient au tric-trac. Clémence était à son piano. M. Sorel se lève. La présentation se fait avec un sérieux moqueur qui trompe heureusement tout le monde. Clémence reconnaît Collinet, et baisse les yeux. Collinet, quoique fort troublé, s’annonce de bonne grâce. Pelletier et les siens, à peine installés, s’entre-regardent, jettent un coup d’œil sur Collinet et partent sottement d’un grand éclat de rire. ”
Édouard Ourliac,
Nouvelles
(1865)
“ Ces messieurs essuyèrent la méchante humeur du vieillard; mais on s'excusa comme on put, on finit par badiner de l'événement, et l'on en causa longuement. Clémence sortit sous un prétexte, et se retira dans sa chambre. Elle avait souffert, durant cette scène, pour le moins autant que Collinet. La soirée avait mal tourné. Ces messieurs en demeurèrent mal à l'aise. Leur dénouement avait laissé un tel sérieux, qu'ils n'en eurent pas la joie qu'ils pensaient. Ils n'auraient point voulu que cela finit ainsi. Ils reculaient d'ailleurs devant la haine de Collinet, qui était après tout un bon enfant. ”
“ Ces détails firent grand bien à Collinet ; il ne lui vint pas à l’esprit de les mettre en doute. Il ne pouvait croire tout de suite tant d’habileté à Pelletier ; il s’y trompa, comme il arrive à tout homme d’esprit, avec un sot qui en prend la peine ; plus il marquait d’avidité, et plus Pelletier s’en donnait à l’aise. — Il ne serait pas étonné que Clémence lui envoyât faire des excuses, soit au nom de son père, soit au sien propre ”
Charles Sorel,
La Vraie Histoire comique de Francion
(1623)
“ Collinet me servoit ainsi à punir plusieurs faquins qui se venoient plaindre en vain de lui à Clérante ; car ils n’avoient autre réponse, sinon qu’il ne falloit pas prendre garde aux actions d’un insensé. ”
Édouard Ourliac,
Nouvelles
(1865)
“ Il y avait parmi les comédiens un garçon vif et gai qui devint l'idole du parterre et le modèle idéal des plaisants du lieu. C'était le premier comique, il s'appelait Collinet. On traita les artistes comme de coutume, d'abord avec respect et curiosité. ”
Charles Sorel,
La Vraie Histoire comique de Francion
(1623)
“ Les bourgeois, qui connoissoient le trésorier, s’assemblent et sont prêts à se jeter sur mes laquais, qui, pour éviter leur fureur brutale, qui leur a fait prendre la hallebarde enrouillée, disent : Messieurs, ce coquin a offensé ce gentilhomme de Clérante, que vous voyez. Oui-da, dit Collinet, je suis gentilhomme de Clérante. Au nom de ce seigneur fort respecté, l’on s’arrête un peu, et mes gens s’écoulent doucement, laissant leur ennemi tout en sang. ”
Édouard Ourliac,
Nouvelles
(1865)
“ Mais l'autre rompait le propos, reprenait ses gambades, embrassait encore Collinet, le montrait du doigt, et criait à tue-tête, jusqu'à ce qu'il feignît de rire avec lui. « Vous étiez, il m'a semblé, en bonne compagnie... — Excellente. Les plus jolies filles de la ville. — Vous les connaissez? » 176 COLLINET Pelletier ne répondait pas, et appelait au loin ses camarades; il entraînait Collinet, Collinet resistait; il le prit à bras-le-corps, amassant les passants en pleine rue, et l'emporta toujours criant. ”
“ J’en sortirai enfin, et Collinet fera place à un autre homme. Ce qu’il deviendra, je n’ose vous le dire. Ces choses-là veulent être vues. Vous les verrez. Vous ne comprendrez rien à ce que je dis là ; ayez pitié des rêves d’un jeune homme que son amour pour vous remplit d’orgueil. Vous ne vous doutez pas, vous, adorable enfant qui n’avez jamais quitté votre père et votre vieille maison, vous qui ne connaissez du monde que l’église où vous allez prier Dieu ; vous ne savez pas dans quelle arène empestée se débat un noble esprit aux prises avec la misère ”
Édouard Ourliac,
Nouvelles
(1865)
“ En un clin d'oeil, et sans qu'il pût parer, le régisseur lui barbouilla le visage comme une devanture de boutique, et plus horriblement qu'il n'était besoin. « Voilà qui est COLLINET 201 fait.' Vous êtes à ravir : louche, pustuleux, mal bâti. On mourra de rire. Vous aviez l'air d'un dameret. Seulement vous n'êtes pas assez cagneux et tortu. Je gage que vous n'avez rien mis dans vos bas! » Collinet, haletant et exaspéré, détacha un grand coup de pied au régisseur en feignant de se débattre: celui-ci ne lâchait pas. Le directeur entra, on le mit au courant ”
Édouard Ourliac,
Suzanne. Tome 2
(1840)
“ Collinet entrai t à l'instant même en fredonnant, On se tut; Il regarda çà et là; et l?air composé des visages rabattit d'abord sagaîté. Il tiraille celui-ci, agace celui là, on répond à peine ; il questionne, la partie s?engage,: et peu à peu tout le monde s'en mêle. Collinet pérorait au milieu, selon sa coutume, et se croyait en fond pour Répondre aux haros ; mais quelqu'un interrompit tout-à-coup : «Bon, tu fais des phrases, toi; parbleu, tu es poète, tu es un grand homme, un philosophe, on le sait. Je ne suis pas poète, moi. » ”
Édouard Ourliac,
Nouvelles
(1865)
“ Collinet demeura étourdi. « Bon ! voilà le vrai chapeau de Jocrisse. A pré-; sent seulement vous avez l'air vraiment niais : et puis, qu'est ce que ce col qui s'étale? laissez un peu que...» Collinet se recula cette fois, et se défendit obstinément en bégayant quelques objections. Mais le régisseur tint bon, et, malgré qu'il, en eût, lui dépouilla le cou dans toute sa longueur. « A la bonne heure. Vous serez plus long, plus maigre, plus difforme. Cela vous sied mieux cent fois. Vous étiez horrible! » ”
Édouard Ourliac,
Suzanne. Tome 2
(1840)
“ Les premiers jours, tout alla bien ; on écoutait", on admirait,, on. riait de tout coeur. En effet , quand Collinet se mettait en train, quand il s'échauffait à boire, et que son esprit l'emportait, c'était une explosion de saillies et de fines parades qui transportaient; l'auditoire y bien qu'il n'en sentît pas, le meilleur. Mais bientôt ces messieurs voulurent rire avec lui comme il riait avec eux, Collinet les piqua d'émulation ”
“ De grâce, madame, voyez cette taille, cette physionomie, ce jabot flétri, ces cheveux mêlés ; croyez-vous qu’il y ait là de quoi tourner l’esprit d’une jolie fille ? Collinet, les yeux gonflés, la rage au cœur, se débattant, riant, pâlissant, répétait d’un ton doux : « Laissez donc ! » mais ils fourrageaient ses hardes, ils lui caressaient le menton, ils lui pinçaient le nez, ils le tiraient par la veste, et la veste se déchirait, et le malheureux criait, et l’on tirait toujours. « Voyez, madame, si mademoiselle Clémence a là de quoi devenir folle ? » ”
Paul de Kock,
La Demoiselle du cinquième, par Ch…
(1856)
“ En entrant dans le logement de Collinet , l' huissier fait une singulière figure , il regarde de tous côtés , va ouvrir un petit cabinet noir , où il ne trouve qu' un pot de grès pour mettre de l' eau ; puis il regarde son monde qui , comme lui , semble stupéfait ... pendant cette inspection , la belle danseuse fait tout son possible pour ne point rire . ”
Édouard Ourliac,
Nouvelles
(1865)
“ COLLINET 173 ron de la maison. Un pavillon ouvert, avec balustrade sur le boulevard, s'appuyait à l'un des coins. Collinet avait à peine remarqué tout cela. Un jour qu'il lisait à cette place, il leva les yeux et vit une jeune fille qui brodait sur cette terrasse. Elle le remarqua avec curiosité, comme on regarde un étranger, dans une petite ville. II la considéra sans effronterie ; il était vêtu simplement, mais ses habits marquaient plus de goût et de distinction que ceux des jeunes gens de l'endroit. Le lendemain il revint à la même place et retrouva la demoiselle à la sienne. ”
Édouard Ourliac,
Suzanne. Tome 2
(1840)
“ Là cheminée «tait encombrée dé pots de blanc, de fard, de boîtes, de pommades; le régisseur y jeta un coup d'ceil par malheur : « Et quel visage ! Vous n'êtes pas grimée vous avez tout simplement l'air d'un garçon bien portant ; c'est ridicule ; vous n'avez ni rides, ni bleu, ni verrues ; « vous êtes fou ! Il y a là ce qu'il fallait, attendez...— Non pas, dit Collinét. — Mais si! — Maïs non - -Il faut...—Je ne veux point ! — Laissez faire. - Un moment ! —» C'est fort !—Je né dois...—-Allons donc!.. » Collinét n'avait pas fermé la touché qu'il reçut un plâtras de blanc de plomb sur les joues. ”
Édouard Ourliac,
Suzanne. Tome 2
(1840)
“ Ils admiraient en eux-mêmes comment ces vêtements qui leur allaient si mal lui allaient si bien, et comment Collinet, ce pauvre hère, avait tout-à-coup meilleure mine qu'eux. Ceci les piqua un peu, et commença de leur aiguiser l'esprit pour quelque revanche. On fit le chemin en ricanant par-ci parlà du petit-maître de fraîche date. Colli- COLLINET. 37 net, qui les devinait en tremblant, se mit à leur merci, et plaisantait {putle premier de sa métamorphose . 0n arriva. Le coeur lui battait à perdre haleine- Une servante vient ouvrir. On traverse le corridor; en étouffant quelques rires. ”
Paul Collinet, Sedan il y a cent ans. 1e partie… (1893-1899)
“ De ce mariage naquit, le 12 février 1781, une fille Anne-Joséphine, dont le parrain fut son aïeul maternel messire Joseph Croyer, et la marraine dame Anne de La Garde, veuve de messire Henry de Vissée de La Tude, son aïeule paternelle. La famille de La Tude était-elle celle du célèbre évadé de la Bastille ? Quelques personnes l'affirment, mais un proche parent de M. de Vissec, M. de Beffroy, déclare le contraire (2) . Cette famille possédait autour de Sedan, de nombreuses propriétés, entre autres une campagne à Floing (le Hattoy) , et la ferme de Maugré, près Carignan. ”
Paul Collinet, Sedan il y a cent ans. 1e partie… (1893-1899)
“ Ont déclaré qu'il existoit dans la partie de bâtimens occupés par les militaires des lits, armoires et chaises et autres petits objets dont M. Legardeur le Jeune a du faire inventaire lorsqu'il y a établi la troupe. De tout quoi nous commissaires susdits avons dressé le présent procès-verbal, et avons déclaré à ladite dame Huart et à la soeur converse qui ont reconnu tous les effets mentionnés que nous les laissions à leur garde et conservation, ce à quoi elles ont consenti, et ont promis de les représenter toutes fois et quantes ”
