“ De grâce, madame, voyez cette taille, cette physionomie, ce jabot flétri, ces cheveux mêlés ; croyez-vous qu’il y ait là de quoi tourner l’esprit d’une jolie fille ? Collinet, les yeux gonflés, la rage au cœur, se débattant, riant, pâlissant, répétait d’un ton doux : « Laissez donc ! » mais ils fourrageaient ses hardes, ils lui caressaient le menton, ils lui pinçaient le nez, ils le tiraient par la veste, et la veste se déchirait, et le malheureux criait, et l’on tirait toujours. « Voyez, madame, si mademoiselle Clémence a là de quoi devenir folle ? » ”
Édouard Ourliac
Élements biographiques
Édouard Ourliac (1813-1848), romancier, journaliste et dramaturge français, incarne la figure du lettré bohème du XIXe siècle. Issu d’un milieu modeste, ses œuvres, marquées par une verve satirique et une observation percutante des mœurs, oscillent entre la farce sociale et la réflexion philosophique.
De L’Archevêque et la protestante (1832) à Contes du Bocage (1843), ses textes, souvent publiés dans Le Figaro ou La Revue des Deux Mondes, mêlent burlesque et ironie, tout en révélant une évolution spirituelle vers le catholicisme. Son héritage, posthume, témoigne d’une œuvre riche et atypique, forgée à l’ombre des salons parisiens et des réseaux littéraires.
Citations de Édouard Ourliac
Édouard Ourliac,
Revue des Deux Mondes
“ La porte de Langevin s’ouvrit dans l’obscurité ; Hercule, n’osant bouger, se dissimulait de son mieux devant un amas de buissons, cherchant à se confondre avec le feuillage. Langevin, qui était sorti, demeura un moment immobile dans l’ombre ; puis, guidé par le chien qui frétillait en jappant, il fit quelques pas son fusil à la main, en disant : Qui êtes-vous là ? Hercule, voyant le brave homme le coucher enjoué, courut au-devant de lui : — Arrête ! arrête ! Langevin, c’est moi ! Langevin, à ce cri, s’arrêta sans baisser son arme, perclus de frayeur et d’étonnement. ”
Édouard Ourliac,
Le nouveau magasin des enfants
(1860)
“ « Seigneur, seigneur, partons, l'heure presse. — Qui m'oserait presser? rien ne presse quand je m'amuse. Je te trouve plaisant de me déranger. — Quoi ! seigneur, on vous donnera peut-être mille, peut-être deux mille vers à copier; n'est-ce rien? — On les copiera, » dirait fièrement Coqueluche. Mais comme Moustafa n'était point la dupe de cet héroïsme, et qu'il savait aux dépens de qui on le déployait, il employait toutes sortes de finesses pour presser son maître, comme aurait pu faire la mère la plus attentive : il avait pour cela ses raisons. ”
