“ Nous ne pensons pas connaître ceux d’une autre classe : de là notre contrainte devant eux ; nous ne savons jamais ce qu’ils nous réservent, et d’avance nous avons peur, comme de l’inconnu.André préférait A Rebours, de Huysmans : c’était au-dessus de ma portée. J’ignorais que la vie mène aussi les riches de la terre et peut les conduire aux agissements les plus étranges : je n’avais aucune pitié d’eux. Pour moi, des Esseintes était un vicieux impardonnable. « Quand on avait tout pour être honnête... », telle était ma théorie éternelle. La beauté du style n’existait pas encore pour moi. ”
Neel Doff
Résumé
"Keetje", de Neel Doff, explore les enjeux sociaux et émotionnels d'une société déchirée par la pauvreté et les différences de classe. À travers les parcours de personnages tels que Keetje, Eitel, Naatje ou André, l'œuvre dévoile la lutte quotidienne contre la faim, l'insécurité et les préjugés.
Les thèmes de la souffrance, des rapports de domination et des émotions intenses (cheveux, café, après-midi) s'entrelacent, révélant une critique mordante des inégalités. L'auteur, en combinant descriptions sensorielles et introspections, met en lumière la résilience humaine face à l'adversité, comme le montre la scène où Keetje, malgré sa détresse, participe à un moment de révolte collective.
Citations de Keetje (Neel Doff)
“ Le dos et la croupe d’une des femmes reçoivent un reflet cuivré. Sa figure juive, à la haute coiffure, est hors de la fenêtre, à l’ombre. L’autre est très jeune, très blonde, à chair molle, tout en blanc ; le menton appuyé sur les deux mains, elle invite de ses yeux clairs les passants. Comme nous repassons une seconde fois, en notre curiosité éveillée, la femme blonde me toise avec défi. L’autre ne se soucie pas de moi, mais invite André d’un geste imperceptible du doigt.Trois ou quatre maisons sont éclairées ainsi, de cette lumière jaune, rouge et orange, sur le canal clair-obscur. ”
“ Le ridicule de Catherine Ivanovna, quand elle danse mourante de faim et délirante, dans la rue avec ses enfants, le grotesque lamentable de cette scène, me fit plus pleurer et bondir de honte qu’aucun autre passage... Oui, la misère vous abreuve de ridicule : que de fois j’avais été en butte aux quolibets, à cause de mes souliers éculés ou de mon chapeau sordide... Et n’avais-je pas eu moi-même le ridicule d’étaler sur mon dos ma chevelure blonde, soyeuse et bouclée, vraie parure de reine, comme elle étalait son éducation et ses manières de dame. Une pauvresse qui ose étaler son trésor !... ”
