“ Le chapitre d'A Rebours n'est donc que superficiel et à fleur de chaton. Il n'est pas ce qu'il devrait être, une joaillerie de l'au-delà. Il se compose d'écrins plus ou moins bien décrits, plus ou moins bien rangés en une montre, mais c'est tout et ce n'est pas assez. ”
Citations sur “À rebours”
Clair Tisseur , Le Littré de la Grand'Côte
“ REMAILLER, v. a. — Remailler un mur, un plafond, c’est non pas faire l’enduit à neuf, mais réparer le vieil enduit en refaisant les parties mauvaises et en laissant subsister les parties convenables. — D’un fictif remailler, reprendre des mailles, pris au figuré. REMBOURSER. — Rembourser son chemin, Rebrousser chemin. D’un usage courant. — C’est le vieux franç. rebourser chemin, dont rebrousser est une corruption, ainsi que le montre l’étymologie rebours. Rebourser est devenu rembourser, par l’influence de rembourser, rendre l’argent prêté, mot d’un usage plus fréquent que rebourser. ”
de Cancarnaux Platt, Dictionnaire critique et raisonné du langage vicieux ou réputé vicieux
“ Rebours est un substantif qui signifie le contre-poil d’une étoffe: prendre le rebours d’une étoffe pour la mieux nettoyer, et plus ordinairement le contre-pied, le contre-sens, tout le contraire de ce qu’il faut. Les ministres, les hommes en place, sont souvent obligés de dire le rebours de ce qu’ils pensent. ”
Clément Marot, Oeuvres de C. Marot, de Cahors…
“ DE L'ABSENT DE S'AMIE T 'OUT au rebours (dont convient que languitTe) Vient mon vouloir : car de bon cueur vous veille, Et je ne puis par devers vous aller. Chante qui veult, balle qui veult baller, Ce seul plaisir feulement je voufiffe. Et s'on me dit, qu'il faut que je choifiiïe De par deça Dame qui m'esjouifie, Je ne saurois me tenir de parler Tout au rebours. Si respons franc, j'ay Dame sans nul vice : Autre n'aura en amour mon service Je me desire, & souhaite voiler Pour l'aller voir, & pour nous consoler : Mais mes souhaits vont comme l'Escrevice Tout au rebours. ”
“ Je comprends, en somme, jusqu'à un certain point, ce qui s'est-xvii- passé entre l'année 1891 et l'année 1895, entre Là-Bas et En Route, rien du tout entre l'année 1884 et l'année 1891, entre A Rebours et Là-Bas.Si je n'ai pas compris moi-même, à plus forte raison les autres ne comprirent-ils point les impulsions de des Esseintes. ”
Louis Reybaud,
La Vie à rebours, par Louis Reybaud
(1854)
“ Armand en était-il là ? Avait-il déjà épuisé sa propre substance? C'est ce qu'il ignorait. Sans doute, c'est ce que nous allons savoir en jetant un coup d'oeil sur sa situation. Il y a ici-bas deux procédés pour dépenser l'argent : l'un simple, l'autre composé ; l'un consiste à en avoir, c'est le simple ; l'autre à n'en point avoir, c'est le composé. On commence toujours par le premier ayant 280 LA VIE A REBOURS. d'en venir au second ; mais quand une fois on y est entré, l'imagination a le champ libre et peut multiplier les combinaisons à l'infini. C'est une carrière sans limite. ”
Louis Reybaud,
La Vie à rebours, par Louis Reybaud
(1854)
“ Alors se déroule le chapitre des recettes souveraines et des axiomes ingénieux que les fils de famille connaissent si bien : par exemple, vendre un cheval afin de pouvoir nourrir l'autre ; changer de fournisseurs lorsqu'arrive la limite des crédits ; rendre une addition impossible en la chargeant d'articles nouveaux ; opposer une commande à une requête d'argent; vendre un meuble pour avoir un coupé; faire ressource de tout pour une perte au jeu ou le caprice d'une maîtresse ; s'inquiéter beaucoup de ce dont on a besoin et pas du tout de ce que l'on doit ”
“ J'ai manié les pierreries mortes d'A Rebours. Sans doute, je ne nie pas qu'une belle émeraude puisse être admirée pour les étincelles qui grésillent dans le feu de son eau verte, mais n'est-elle point, si l'on ignore l'idiome des symboles, une inconnue, une étrangère avec laquelle on ne peut s'entretenir et qui se tait, elle-même, parce que l'on ne comprend pas ses locutions? ”
“ Notre plaisir est de telle sorte qu’on n’en jouit entièrement que lorsque les ténèbres sont sur nous comme des rideaux tirés, et ils nous suppriment le monde. C’est qu’on est à rebours du monde, on est rachetés à rebours. ”
Alexis de Tocqueville,
L’Ancien Régime et la Révolution
“ Si vous rencontrez quelque ancien établissement du moyen-âge qui se soit maintenu en aggravant ses vices au rebours de l’esprit du temps, ou quelque nouveauté pernicieuse, creusez jusqu’à la racine du mal : vous y trouverez un expédient financier qui s’est tourné en institution. Pour payer des dettes d’un jour, vous verrez fonder de nouveaux pouvoirs qui vont durer des siècles. ”
Louis Reybaud,
La Vie à rebours, par Louis Reybaud
(1854)
“ LA VIE A REBOURS. 59 jusqu'à ce qu'ils tombent foudroyés sur les ruines de leur fortune et de leur bonheur. Qui, mieux qu'Armand, eût pu vivre heureux, et quels voeux lui restait-t-il à faire ? La richesse ? Il l'avait, et dans une mesure telle, que le plus ambitieux s'en fût contenté. La considération ? Son père lui léguait un nom sans tache, ennobli par le travail. Les jouissances de la famille? Personne n'était mieux partagé que lui ”
Louis Reybaud,
La Vie à rebours, par Louis Reybaud
(1854)
“ Voilà, mon ami, ce qui s'est passé entre ma grand'¬ mère- et moi. J'ai donc, recueilli les cent trente mille francs de son épargne; une jolie, bague au doigt, comme vous le voyez. Quelque secret que j'aie gardé à ce sujet, le bruit s'en est répandu dans les fermes ; on a su que nous allions débarrasser les Roziers d'une partie des dettes qui les chargent. Le vieux Remy l'a su et s'en est piqué ; il n'a pas voulu qu'il en fût autrement pour les Ageux. Ce sont des jalousies de domaine à domaine. Bref, à son tour, il est venu me voir. Il en est du mal comme du bien; il arrive par veines. ”
Michel de Montaigne,
Essais de Montaigne (self-édition…
“ Au rebours, tous moyens honnestes de se garentir des maux, sont non seulement permis, mais louables. Et le ieu de la constance se iouë principalement à porter de pied ferme, les inconueniens où il n’y a point de remede, I, 78. ”
Louis Reybaud,
La Vie à rebours, par Louis Reybaud
(1854)
“ Depuis qu'elle jouit de la part d'usufruit que ma pauvre mère lui a léguée, elle s'est fait un scrupule de toucher à ce qu'elle regarde comme un simple dépôt. Chaque année, et if s'en est beaucoup écoulé, elle a mis sa somme de côté et a vécu sur son propre revenu, qui lui suffit et au delà. ”
Louis Reybaud,
La Vie à rebours, par Louis Reybaud
(1854)
“ Rien, ils y dorment, ils n'y portent pas d'intérêts ; tandis que tu peux les appliquer à dégager les Roziers; ce sera un très-bon emploi. Prends, ajouta-elle en déposant sur mon tablier cette masse de billets, prends, mon Adrienne, et n'en dis rien à ton mari. Il va mieux, mais ces chiffons sont d'un effet terrible sur les hommes qui en ont usé comme lui. ”
Louis Reybaud,
La Vie à rebours, par Louis Reybaud
(1854)
“ Aussi Armand avait-il depuis longtemps renoncé à ces théories de balance financière où l'épicier se complaît et qui font l'orgueil du bourgeois. Il préférait imiter en cela les gouvernements qui sont des modèles achevés en fait d'anticipations et se livrent sur la plus grande échelle à la fabrication des ressources. Nulle part il ne trouvait de meilleurs exemples sur l'art de ■jeter son argent à tort et à travers et de prodiguer des largesses ça et là, sans regarder jamais, comme ôtt dit vulgairement, au fond du sac. ”
Louis Reybaud,
La Vie à rebours, par Louis Reybaud
(1854)
“ Généreux d'ailleurs, et sachant entamer le fonds quand le revenu était insuffisant; aimant le faste, les chevaux, la bonne chère, enfin tout ce qui conduit promptement un homme à sa ruine ! A en croire le bruit public, notre député y touchait ; les hypothèques s'en mêlait déjà ; les huissiers n'étaient pas loin, ce qui faisait dire à l'arrondissement que M. Armand mangeait son oncle. Le fait est que cet. oncle se mangeait luimême ”
“ Mon Dieu, se disait des Esseintes, qu'ils sont donc godiches ces gens qui papillonnent autour des brasseries; car, en sus de leurs ridicules illusions, ils en viennent même à oublier le péril des appâts dégradés et suspects, à ne plus tenir compte de l'argent dépensé dans un nombre de consommations tarifé d'avance par la patronne, du temps perdu à attendre une livraison différée pour en augmenter le prix, des atermoiements répétés pour décider et activer le jeu des pourboires! ”
“ Surtout mets de l’argent dans ta bourse... Ces Mores ont la volonté changeante... Remplis bien ta bourse... La nourriture, qui maintenant est pour lui aussi savoureuse qu’une grappe d’acacia, lui sera bientôt aussi amère que la coloquinte. Quant à elle, si jeune, il faut bien qu’elle change. Dès qu’elle se sera rassasiée de ce corps-là, elle reconnaîtra l’erreur de son choix. Il faut bien qu’elle change, il le faut !... Par conséquent, mets de l’argent dans ta bourse. Si tu dois absolument te damner, trouve un moyen plus délicat que de te noyer : réunis tout l’argent que tu pourras. ”
Various, L'Illustration, No. 1594, 13 Septembre 1873
“ Le lendemain, ce fier-à-bras qui regarde ses amis comme des crétins, prend les quelques billets de mille francs qu'il a en portefeuille, et il frappe à la porte d'un agent de change ou d'un coulissier.Allez à la Bourse, mêlez-vous aux groupes, écoutez les discussions à perte de vue qui se croisent comme des feux de file, regardez attentivement la physionomie des interlocuteurs quand ils se séparent, et sur leur figure vous verrez apparaître, en signes infaillibles, cette imperturbable confiance qui fait de chacun d'eux un spéculateur sûr de lui-même, un boursier qui ne se trompe jamais. ”
Tony Révillon,
Noémi
(1878)
“ Tu ne me trouves pas changé ? – Non. – Quel jeu étrange ! Au baccarat, àlaroulette, on voit les billets de banque, on les manie, ou voit l'or, on le touche ! Vingt mille francs, en napoléons ou en frédérics, sur un tapis, paraissent une somme énorme. Même au cercle, avec les jetons, quelque chose de matériel, de palpable, représente la perte ou le gain. A la Bourse, rien. L'imagination livrée à elle-même, des chiffres qu'on peut écrire dans l'air avec son doigt, la poésie des nombres ! ”
Ernst Theodor Amadeus Hoffmann,
E.T.A. Hoffmann - Contes fantastiques
“ Qu’on s’imagine ce que dut éprouver un jeune homme qui, dans un état de dépendance absolue, et la bourse ordinairement bien légère, se trouvait tout-à-coup en possession d’une somme suffisante pour constituer une véritable richesse, au moins pour le moment ! ”
Tristan Bernard,
Contes de Pantruche et d’ailleurs
“ Puis, désinvolte, tirant son portefeuille et des louis : « Donnez-moi donc un billet de mille pour toute cette monnaie, qui m’embarrasse. » Le chemisier dit, en riant bassement : « Il y en a bien d’autres qui voudraient être embarrassés comme vous. » ”
François Villon,
François Villon - Œuvres complètes
“ Mais le beau jeu est au payer, Quant il n’y a denier en bourse. Nul d’eulx n’avoit chère rebourse : « Pour de l’escot venir au bout, Dist ung gallant, de plaine source, Il n’en faut qu’ung pour payer tout. » ”
Alphonse Karr,
Les guêpes — séries 1 & 2
“ Qu’on se représente un petit marchand qui arrive tout juste à payer ses petits billets et à faire honneur à ses petites affaires.—Qu’il soit un peu gêné;—que pour faire un remboursement il ait fait escompter à gros intérêts, à un Jacques Lefèvre quelconque;—qu’il ait mis son argenterie, la montre et la chaîne de sa femme en gage. ”
L'enfer social. Première partie… (1876)
“ Nous, nous demandons des preuves certaines, frappées à la monnaie. C'est à la bourse qu'on connaît le cœur de l'homme. Tu l'ouvres, toute large, tu la crèves pour faire de moi ta Danaë; oui ! tu m'aimes! Allons ! mesdames les prudes du grand monde, avez-vous de pareils témoignages à votre service! Donne, donne toujours, la bourse se vide et tu sais que ce vide sera le déshonneur la mort pour toi ! Qu'importe ! répond-il. La bourse se tarit ; et il faut qu'il emprunte un dernier louis pour se brûler la cervelle. ”
Joris-Karl Huysmans,
À rebours
“ Cette tortue était une fantaisie venue à des Esseintes quelque temps avant son départ de Paris. Regardant, un jour, un tapis d’Orient, à reflets, et, suivant les lueurs argentées qui couraient sur la trame de la laine, jaune aladin et violet prune, il s’était dit : il serait bon de placer sur ce tapis quelque chose qui remuât et dont le ton foncé aiguisât la vivacité de ces teintes. ”
Joris-Karl Huysmans,
À rebours
“ Dans l’obscurité, à gauche, à droite, des masses confuses s’étageaient, dominées, au loin, par d’autres batteries et d’autres forts dont les hauts talus semblaient, au clair de la lune, gouachés avec de l’argent, sur un ciel sombre. ”
“ Je te crois parbleu bien : la Bourse a tué l’emprunt, mon brave homme ! On ne prête plus ; l’argent, juste châtiment de ses méfaits, travaille aujourd’hui comme un forçat au bagne ; il faut qu’il rende, rende plus en un mois qu’il ne faisait autrefois dans une année ! ”
A.-G. de Mériclet, La Bourse de Paris : moeurs, anecdotes… (1857)
“ Dans ces instants de vertige profitez du moment où la hausse se montre avec le plus d'énergie ; prenez au sérieux ces conseils, ne perdez pas de vue la réalisation ; rien n'est perfide comme la Bourse : elle-a des jours d'un bonheur inouï, d'une prodigalité sans borne; elle a aussi des jours désastreux, et avec elle ne comptez le bénéfice que lorsque vous avez vos billets de banque en portefeuille. — N'oubliez pas l'époque de 1852 : capitalistes, spéculateurs, rentiers, artistes, gens du monde, tous furent obligés de restituer les bénéfices empruntés à la hausse. ”
Adelbert von Chamisso,
L’Homme qui a perdu son ombre
(1822)
“ Vous n’avez pour cela qu’à secouer votre bourse ; le tintement de l’or éternel qu’elle renferme se fera partout entendre à mon oreille, et je serai toujours à vos ordres. Chacun pense à son profit dans ce monde ; vous voyez qu’en songeant au mien je ne néglige pas vos intérêts. N’est-il pas évident que je remets aujourd’hui une nouvelle force à votre disposition ? Oh ! cette bourse ! Tenez, quand les teignes auraient rongé votre ombre, cette bourse serait encore un lien solide entre nous. En un mot, vous me tenez par la bourse ”
Joris-Karl Huysmans,
À rebours
“ Au bruit monotone des sacs de pois secoués sur sa tête par l’ondée dégoulinant sur les malles et sur le couvercle de la voiture, des Esseintes rêvait à son voyage ; c’était déjà un acompte de l’Angleterre qu’il prenait à Paris par cet affreux temps ; un Londres pluvieux, colossal, immense, puant la fonte échauffée et la suie, fumant sans relâche dans la brume se déroulait maintenant devant ses yeux ”
Louis Reybaud,
La Vie à rebours, par Louis Reybaud
(1854)
“ Tout ce que je crains de lui, c'est que, dans la voie du bien, il n'aille encore vers l'excès ; vous n'ignorez pas que c'est le fond de son caractère ; il ne sait rien prendre à demi. Vous l'avez connu élégant comme on l'est peu ; c'est aujourd'hui un campagnard renforcé. Vous l'avez connu dissipateur ; il est économe et menace de devenir avare. J'essaie bien d'enrayer tout cela et d'y mettre un peu de mon calme; mais je n'ose trop insister, tant le sentiment est bon en lui-même et mérite d'être encouragé. Armand sait ce qu'il, vous doit, et il prétend acquitter au plus tôt sa dette ”
Jean Féron,
La vierge d’ivoire
“ D’autres, ceux qu’on appelle les forts, ont voulu faire vite le jeu de la finance, ils ont glissé deux doigts subtils dans la bourse d’autrui, ils ont eu des jouissances effrénées, puis le nuage a passé, et ils sont tombés dans l’abîme du besoin, de la honte et du désespoir ! ”
E.-D. Forgues,
Le Roman anglais contemporain…
“ Si bien assis que soit son crédit, un capital important remis en ses mains et dont le remboursement, exigible chaque jour, pèserait sur lui comme une menace permanente, doit être à ses yeux une considération de premier ordre. ”
“ L’homme avait tiré de sa redingote un portefeuille gonflé, l’avait vidé et éparpillait devant lui les liasses de billets de banque, des rouleaux de louis, une fortune qu’il se mit à ranger méthodiquement, comptant et recomptant avec un plaisir visible. ”
Claude Genoux,
Mémoires d'un enfant de la Savoie…
(1870)
“ Toute valeur est cotée à la Bourse : Vive l'argent ! tout le reste est chansons ! Le monde ancien passe à l'état fossile ; Le nouveau monde appartient au plus fin ; Légalement et d'une main habile Vole, mon fils, Macaire ou Séraphin. Coûte que coûte ! audacieux embourse ! A nous, le sol, les palais, les moissons ; L'homme se vend chaque jour à la Bourse! Vive l'argent ! tout le reste est chansons. ”
Joris-Karl Huysmans,
À rebours
“ « Lys ! et l’un de vous tous pour l’ingénuité. » Ce vers qui avec le monosyllabe lys ! en rejet, évoquait l’image de quelque chose de rigide, d’élancé, de blanc, sur le sens duquel appuyait encore le substantif ingénuité mis à la rime, exprimait allégoriquement, en un seul terme, la passion, l’effervescence, l’état momentané du faune vierge, affolé de rut par la vue des nymphes. ”
