“ Jean fit un pas en avant et étendit la main. Il voulut frapper le démon en pleine poitrine d’un cri dur comme une pierre, mais un murmure doux, comme un faible papillon, s’envola seulement de ses lèvres : — Éloigne-toi... De nouveau la voix se fit entendre : — Enfant innocent !... Homme saint qui habites le désert et qui n’as jamais vu un seul crime humain ! Des soupirs craintifs coulaient dans mes veines et des lacs d’épouvante étreignaient mon cœur... Je tremblais en mes hésitations, privées de sommeil, car j’adore tout en toi, même ta sainte virginité. ”
Collectif
Résumé
Mercury de France, publié par un collectif d’auteurs, explore un univers où les contrastes entre lumière et ombre, tradition et révolution, structurant une narration à la fois poétique et politique. Ancré dans un village rural traversé par l’hiver et les tensions de l’Europe en transformation, le texte interroge les limites de l’humanité à travers des personnages comme Branchu et Lhôte, oscillant entre spiritualité et engagement révolutionnaire.
Les thèmes de la solitude, de l’amour et de la résistance émergent dans des paysages glaciaux et des dialogues chargés de symbolisme, tandis que des éléments comme la cuisine ou la pente deviennent métaphores de l’existence fragile. L’œuvre, riche en images oniriques et en tensions historiques, révèle une quête d’équilibre entre le cœur et l’esprit.
Citations de Mercure de France (Collectif)
“ Il y eut de nouveau les petites barrières des jardins. Et pendant qu’ils s’éloignaient ainsi, Branchu se tenait penché à sa fenêtre, l’air lui aussi de ne pas bien comprendre, l’air de se dire, lui aussi, que sans doute on s’était trompé. Quatre heures venaient, dans du rose. Le gros nuage pourtant n’avait pas quitté le soleil. A mesure que le soleil s’avançait, il s’avançait pareillement et était dessus comme une paupière. Mais ses rayons, qui dépassaient, avaient été frapper plus bas une brume amassée en haut de la montagne, et de là venait un reflet d’un violet doux sur toutes choses. ”
“ Chaque jour Toniot quitte sa maison où le vent d’hiver a fait des ravages, a emporté la porte et une partie du toit. Ce n’est plus sa maison d’héritage, c’est sa ruine. Il vit là dedans comme un oiseau de nuit s’engouffre à la suite des tempêtes dans le trou d’un vieux mur ou d’un rocher. Il a perdu le goût de la lumière et celui du pain. Il ne secoue sa somnolence qu’au premier appel des grenouilles. Alors il s’étire à quatre pattes, sauvage sur le sentier de la guerre, flairant le vent. Il rampe, il renifle, il hume les senteurs de la forêt que la tendresse du matin mouille de ses larmes. ”
