“ Quand le soleil, où Dieu habite en éternité, le soleil dont la nature est celle de Dieu, se dirigeait vers l’Occident et plongeait dans les sables rouges du désert lybien, Dioclès sentait en son âme l’ennui plus vaste et plus illimité que le désert. Lorsque le crépuscule tombait sur les défilés fleuris de l’Égypte, il tournait ses yeux et ses lèvres, qui murmuraient, vers la lueur nocturne de la lune qui, semblable à un lieutenant diligent et soucieux d’un roi lointain, faisait sa tournée majestueuse dans le royaume des cieux. ”
Dioclès
Définition et enjeux
Citations sur “Dioclès”
“ Dioclès se plongeait dans les méditations en cherchant quels étaient les sentiments qui agitaient alors le cœur de son fils. Si pour lui l’homme n’était pas la même chose que l’ombre de son corps... Il désirait suivre chacune de ces impressions, chaque soupir, tel un témoin invisible, et prier de loin, l’âme blessée cruellement, pour qu’ils aillent vers le soleil, ainsi que les nuages qui montent de la terre et des eaux dans l’aurore matinale. Un autre jour il était assis sur le tapis étendu par terre, pendant que son fils dormait. Une mouche méchante se mit à tournoyer au-dessus de l’enfant. ”
“ D’un œil éteint, Dioclès regardait son fils qui le dépassait d’une tête. Les yeux du jeune homme étaient noirs et profonds, comme ceux de sa mère, et ses cheveux longs et ébouriffés étaient ainsi que le rêve qui la rappelait. Le jeune ermite, pendant toute son existence, ne vit aucun homme, sauf son père. Ils vivaient à deux parmi les rochers comme les chacals. Parfois, quand ils avaient mouillé beaucoup de feuilles de palme dans le ruisseau et tressé un grand nombre de paniers, Dioclès prenait la marchandise sur ses épaules et s’en allait, sans rien dire à son fils, dans le désert. ”
“ Dioclès se tenait de loin. Il pressa ses mains jointes sur son cœur et murmura tout bas : — Éloigne-toi, ô mouche méchante, mouche méchante, annonciatrice terrible. Des troupeaux de monstres te suivent en se cachant dans l’ombre. Tourne vers moi ton dard. Fais que mon cœur se fatigue et s’épuise sous le poids de la douleur. Que mon oreiller après chaque nuit soit mouillé de larmes versées en vain. Que chaque aurore en se levant mette à mes pieds les fers de la tristesse, et que le crépuscule n’ôte pas de mes mains les chaînes d’oppression. ”
“ Et elle en sortait avec la sueur qui inondait leurs épaules, leurs bras et leurs fronts. Ils puisaient la force de la vie dans les rayons vivifiants du soleil, dans la clarté de l’air, dans l’odeur des herbes. Leurs corps étaient aussi purs que leurs âmes. Les jeûnes fréquents et longs, plus longs d’un jour à l’autre, les faisaient indépendants et intacts. C’est pourquoi ils résistèrent à la mort. Dioclès, en quittant le pays rouge du désert, et en rentrant dans les jardins parfumés d’Égypte, sentait qu’il était au milieu d’eux tel un nouveau venu d’une terre étrangère... ”
François-René de Chateaubriand,
Les martyrs ; Essai sur la littérature anglaise…
(1860)
“ Puissent vos jours inconnus couler obscurément comme ces fleuves au fond de cette vallée ! Mais, hélas ! une vie cachée ne nous sauve pas toujours de la puissance des princes ! Le tourbillon qui déracine le rocher enlève aussi le grain de sable ; souvent un roi avec son sceptre meurtrit une tête ignorée. Puisque rien ne peut mettre à l'abri des coups qui descendent, du trône, il est utile et sage de connaître la main par laquelle nous pouvons être frappés. Dioclétien, qui s'appelait autrefois Dioclès, reçut le jour à Diocléa, petite ville de Dalmatie. ”
François-René de Chateaubriand,
Les Martyrs, ou Le triomphe de la religion chrétienne…
(1810)
“ Alors Galérius repoussant de la main le fils de Constance, saisit Daïa par le bras, et le présente aux légions. L'Empereur se dépouille de son manteau de pourpre, et le jette sur les épaules du jeune pâtre. Il donne en même temps à Galérius son poignard, symbole de la puissance absolue sur la vie des citoyens. Dioclétien , redevenu Dioclès, descend de son tribunal, monte sur son char, traverse Rome sans proférer un mot, sans regarder son palais , sans tourner la tête ”
Diogène Laërce,
Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres
“ Quelqu’un voulant apprendre de lui la philosophie, il lui donna un mauvais poisson à porter, et lui dit de le suivre. Le nouveau disciple, honteux de cette première épreuve, jeta le poisson et s’en alla. Quelque temps après, Diogène le rencontra, et, se mettant à rire : Un mauvais poisson, lui dit-il, a rompu notre amitié. Dioclès raconte cela autrement ; il dit que quelqu’un ayant dit à Diogène : Tu peux nous commander ce que tu veux, le philosophe lui donna un demi-fromage à porter ; et que comme il refusait de le faire, Diogène ajouta : Un demi-fromage a rompu notre amitié. ”
Ludovic Legré,
Favorin d'Arles, sa vie, ses oeuvres…
(1878)
“ LYCINUS. — La confusion ou la crainte lui a, pendant quelque temps, ôté l'usage de la parole. Il rougissait,. on voyait qu'il suait sang et eau. Enfin d'une voix flûtée et féminine, il a répondu que Dioclès avait tort de vouloir interdire la philosophie aux eunuques, quand des femmes mêmes en avaient fait profession. Il invoquait pour exemple Aspasie,. Diotime, Thargélie, et cet eunuque venu de la Gaule, qui embrassa les doctrines académiques et se rendit illustre parmi les Grecs à une époque assez rapprochée de la nôtre " (1) . ”
“ Ainsi donc, comme ces diverses opinions se agitoient et que le Potentat Dioclès les balançoit, voicy un des ministres du temple, Diacre de l’Archier, c’est à dire premier Sacerdot et prince des presbtres du temple de JOVE, le grand et souverain Dieu d’Orbe, lequel ministre vint de par l’Archier du temple, nommé en son propre nom Croniel, dire aucuns motz secretz à l’oreille du Potentat Dioclès, puys soubdain se departit. Car aux hommes sacrez n’est permis d’assister en jugement capital. ”
Jacques-Albin-Simon Collin de Plancy, La Cour du roi Dagobert : récits et légendes des temps mérovingiens… (1854)
“ Au même instant, en effet, par une acclamation de l'armée et du peuple, Dioclès, qui, pour latiniser son nom, se faisait appeler depuis peu Diocletianus, fut proclamé empereur. Ceci eut lieu en l'année 284. 94 LE ROI DE TOURNAY Il releva par sa vigueur l'empire chancelant; et, il eût pu être un grand homme, s'il n'eût souillé et avili son nom par la cruauté avec laquelle il persécuta les chrétiens. Il joignit à ses crimes une vanité singulière ; il pensait relever sa bassesse par un luxe inouï. Il croyait peu à la vertu; il méprisait les hommes. ”
“ VII (13) . Fils de Dioclès. Il y a dans le texte Diocli pour Dioclis, manière de parler familière aux Latins, qui se servent souvent, pour les noms grecs, des terminaisons reçues dans leur langue. C’est ainsi que, dans la précédente Verrine (chap. LV) , on voit Agathocli pour Agathoclis. VIII. (14) . Combien est conséquente. Notre traducteur a entendu — le mot constantiam comme son illustre frère Gueroult l’ainé. C’est à tort que Clément, Truffer, etc., ont traduit par constance, fermeté. ”
Victor Bérard, Les phéniciens et l'Odyssée. Tome 1 (1902)
“ Voir la carte de Philippson et la description de Frazer, Pausanias, IV, p. 297. 5. IV, 77 et suiv. 112 LES PHENICIENS ET L'ODYSSÉE. homérique : « Ils arrivèrent à Phères, dans le palais de Dioclès, fils d'Orsilochos, issu lui-même de l'Alphée ». L'Iliade donne la généalogie complète de ces rois de « Phèra la bien bâtie » (on a ici le singulierDioclès , qui engendra Orsilochos et Kréthon 1». ”
Marie-Nicolas Bouillet, Dictionnaire universel d’histoire et de géographie Bouillet Chassang (1878)
“ L'empire romain comptait en tout 14 diocèses : 4 dans la préfecture d'Italie : Italie, Rome, Illyrie occidentale, Afrique; 3 dans la préfecture des Gaules : Gaule, Hispanie, Bretagne; 2 dans la préfecture d'Illyrie : Dacie, Macédoine; 5 dans la préfecture d'Orient : Thrace, Asie, Pont, Orient, Égypte (V. ces noms) . — On n'entend plus auj. par diocèse qu'une division ecclésiastique : c'est le territoire soumis à la juridiction d'un même évêque. DIOCLÈS, médecin grec, de Caryste en Eubée, que l'on place après Hippocrate, s'occupa un des premiers d'anatomie, mais n'étudia que sur les animaux. ”
Pierre Jean Agier,
Commentaire sur l'Apocalypse. Tome 2
(1823)
“ DIOCLÉTIEN. JULIEN L'A,POSTAT. Le nom de Dioclétien, avant Le nom de l'Empereur Julien qu'il fiu Empereur, étoit Diocles. étoit Claudius-Flavius Julianus « Il s'appeloit Diocles avant son Cœsar Augustus, que l'on trouve » Empire». Lact. de mort. pc-rs. 9. écrit sur les médailles : C. F. JuEt ensui te : « Il quitta la pourpre, lianus Cœs. Aug. Si, de ce nom m et redevint Diocics ». Ibid. iq ainsi exprimé , on rassemble les Pour en faire un Empereur, il ne lettres numérales, on aura : faut qu'ajouter à son nom parti- c. ”
Joseph Roux, Fleurettes du Bocage vendéen.… (1895-1897)
“ Dioclétien, cet homme Orgueilleux et méchant, régnait alors sur Rome Et sur tout l'univers. Le pape Marcellin, au sein des Catacombes, Etait chef de l'Église... et du milieu des tombes Il élevait la voix, Pour affirmer du Christ la puissance et la gloire, Pour crier aux chrétiens qu'ils auraient la victoire En embrassant la croix. Dioclétien disait : « Il faut venger l'injure Que l'on fait à nos dieux... dévoiler l'imposture De ce faux dieu Jésus. A l'oeuvre donc, bourreaux ! Préparez les supplices... Ou les chrétiens feront aux dieux des sacrifices, Ou bien seront vaincus !... » ”
Guglielmo Ferrero,
La ruine de la civilisation antique
“ C’est ainsi que, dans la dernière répartition de l’Empire, Dioclétien avait exclu du trône le fils de Constance Chlore, Constantin, de même que le fils de Maximien, Maxence. Hommage suprême à la civilisation gréco-latine, qui, sur le point de mourir, avait engendré ce système et son créateur, Dioclétien, avait voulu sauver les droits souverains de l’intelligence, en ne se remettant pas, pour le choix de l’empereur, à cet accident d’un accident qu’est la naissance, et en s’efîorçant en même temps d’éviter à chaque succession les luttes des ambitions, qui avaient fait tant de mal à l’Empire. ”
le R. P. Michel-Ange Marin, Vies choisies des Pères des déserts d’Orient
“ Ce qu’il y a encore de plus remarquable, c’est que c’était précisément dans ce temps-là que la persécution de Dioclétien était plus allumée ; et, bien loin que sa foi en fût ébranlée par la crainte, elle jeta dans son âme de plus fortes racines, et son zèle pour Jésus-Christ n’en devint que plus ferme et plus ardent. ”
Joseph Roux, Fleurettes du Bocage vendéen.… (1895-1897)
“ Empereur, ce Jésus que ta bouche blasphème, Est lui seul le vrai Dieu... C'est de sa main suprême Que tu liens ton pouvoir... La pierre, l'or, le bois dont tu fais tes idoles, Ne forment point des dieux, car ils sont sans paroles Et ne peuvent point voir. » Dioclétien, surpris de ce ferme langage Brandit son sceptre d'or et cria plein de rage : « Resserrez ses liens ! Bourreaux, pour le dompter employez la torture... Je puis compter sur vous... Par mes dieux, je le jure, Je vaincrai les chrétiens !... » ”
Voltaire,
Dictionnaire philosophique/La Raison par alphabet - 6e ed…
“ Malgré ces défenses portées par les loix Romaines, Dieu inspira à plusieurs Empereurs de l’indulgence pour les Chrétiens. Dioclétien même, qui passe chez les ignorans pour un persécuteur ; Dioclétien dont la première année de règne est encor l’époque de l’ère des martyrs, fut, pendant plus de dix-huit ans, le protecteur déclaré du Christianisme, au point que plusieurs chrétiens eurent des charges principales auprès de sa personne. ”
Guglielmo Ferrero,
La ruine de la civilisation antique
“ Tous les prisonniers chrétiens qui se déclaraient prêts à revenir ouvertement à la vieille religion, devaient être remis en liberté. Quant aux autres, ils ne pouvaient bénéficier de la grâce, et même, en raison de leur obstination insensée, ils devraient être, à l’avenir, traités plus sévèrement. Ces édits sont le document le plus éloquent de la puissance du christianisme. Ils témoignent clairement de l’hésitation de Dioclétien à se lancer contre un ennemi qu’il savait nombreux et fort. ”
Godefroid Kurth,
Les origines de la civilisation moderne…
(1891)
“ Parmi ceux-ci, une place tout à fait exceptionnelle doit être faite à Dioclétien, qui, en donnant au césarisme ses formes solennelles, mit le sceau à l'œuvre d'Auguste. Avec lui, l'évolution déifique atteignait sa phase définitive et suprême. Au sommet du monde, un dieu impérial habitait, avec un petit peuple d'élus, le paradis de la félicité romaine, et le reste du genre humain, condamné pour toujours à la géhenne du travail et de la souffrance, s'épuisait à répandre ses sueurs et son sang. Tel est le dernier mot de la civilisation antique. ”
François-René de Chateaubriand,
Les martyrs ; Essai sur la littérature anglaise…
(1860)
“ Dioclétien était un prince orné de modération et de sagesse ; son âge le faisait encore pencher vers la douceur en faveur des peuples : tel un vieil arbre, en abaissant ses rameaux, rapproche ses fruits de la terre. Mais l'avarice, qui resserre le coeur, et la superstition, qui le trouble, gâtaient les grandes qualités de Dioclétien. Il se laissa séduire par l'espoir de trouver des trésors chez les fidèles. Marcellin, évêque de Rome, reçut l'ordre de livrer aux temples des idoles les richesses du nouveau culte. ”
Voltaire,
Œuvres complètes de Voltaire
“ C’était un soldat de fortune, comme Galérius, Maximien-Hercule, et Dioclétien lui-même ; mais il était allié par sa mère à la famille de l’empereur Claude. L’empereur Dioclétien lui donna une partie de l’Italie, l’Espagne, et principalement les Gaules, à gouverner. Il fut regardé comme un très bon prince. Les chrétiens ne furent presque point molestés dans son département. Il est dit qu’ils lui prêtèrent des sommes immenses ; et cette politique fut le fondement de leur grandeur. Dioclétien, qui créait tant de césars, était comme le dieu de Platon, qui commande à d’autres dieux. ”
Stefano Evodio Assemani, Les Actes des martyrs d'Orient… (1871)
“ Le visage calme et assuré du confesseur ajoutait encore à la force de ses paroles : aussi beaucoup d'apostats revenaient à Jésus-Christ. Le juge le fit prendre par ses soldats, et se hâta de le mettre à mort, afin de gagner les bonnes grâces de l'empereur Dioclétien, qui se trouvait alors à Antioche. On le traîna donc par la ville au lieu du supplice, et déjà on préparait un bûcher. Dioclétien trouva que c'était trop peu pour un chrétien si audacieux, et il ordonna de lui couper la langue. ”
de Voragine Jacobus, La légende dorée (1902)
“ Alors Dioclétien lui dit : « Enfant, aie pitié de toi-même et sacrifie aux dieux, pour échapper à une mort terrible ! » Vit, s’y étant refusé, fut jeté en prison avec Modeste. Mais soudain leurs chaînes tombèrent, et leur cachot s’emplit d’une lumière éblouissante. Ce qu’apprenant, l’empereur les fit plonger dans de la poix bouillante : mais ils en sortirent sans avoir aucun mal. Puis un lion farouche fut lâché sur eux ; mais la bête, vaincue par la vertu de leur foi, s’étendit à leurs pieds. ”
Ernest Mercier, Histoire de l'Afrique Septentrionale…
“ Enfin, en 303, Dioclétien, cédant aux instances de son césar, promulgua l'édit de persécution connu sous le nom d'édit de Nicomédie. Les mesures prescrites étaient terribles: destruction des églises et des livres et ustensiles du culte; mise hors la loi de tous les chrétiens dont les biens devaient être saisis et qui devaient, eux-mêmes, être jetés en prison ou livrés au bourreau.Cet édit fut immédiatement exécuté, sauf dans la partie du diocèse d'Occident qui était soumise au césar Constance Chlore, c'est-à-dire la Gaule, la Bretagne, l'Espagne et la Tingitane. ”
Jacques Bénigne Bossuet,
Discours sur l’Histoire universelle
“ Que ne fait dans les coeurs l’envie de regner ? Loin d’estre touché de ses maux, son beau-pere Aper le tua : mais Diocletien vengea sa mort, et parvint enfin à l’empire qu’il avoit desiré avec tant d’ardeur. ”
Guglielmo Ferrero,
Revue des Deux Mondes
“ Dioclétien à se lancer contre un ennemi qu’il savait nombreux et fort. Comme toujours, quand un État se trouve aux prises avec un danger qu’il n’a pas la force d’éliminer, Dioclétien eut lui aussi recours à des demi-mesures, lesquelles ne pouvaient avoir d’autre résultat que d’aggraver le mal. ”
Eugène Bernard, Les Origines de l'Eglise de Paris… (1870)
“ Au moment où Dioclétien promulguait contre les chrétiens les édits d'une nouvelle persécution, les principales Églises de l'Orient et de l'Occident, celles-là surtout qui avaient été fondées par les apôtres ou par leurs disciples immédiats, aux lieux de l'Asie Mineure, de la Grèce, de l'Asie, des Gaules, où les uns et les autres s'étaient arrêtés dans leurs courses évangéliques, celles-là possédaient et tenaient en réserve, comme leurs titres de gloire les plus précieux, une collection véritable d'actes de martyrs, de diptyques, d'inscriptions, de lettres et d'ordonnances. ”
