“ Le rire et le sarcasme étaient exigés comme un gage d’honnêteté bourgeoise et de bon goût provincial. ”
Gage
Définition et enjeux
Le concept de gage désigne un signe, un engagement ou un objet servant de garantie ou de preuve d’une intention. Dans les œuvres de plusieurs auteurs, ce terme évoque des dimensions sociales, affectives ou juridiques : Émile Verhaeren le rattache à l’honnêteté bourgeoise, tandis que Walter Scott le présente comme un symbole d’affection.
Charles Richet, quant à lui, le relie à des expressions non verbales. Ce thème, ancré dans le langage et les relations humaines, s’inscrit également dans des cadres juridiques, comme le montrent les thèmes connexes tels que la dette ou l’hypothèque, soulignant son rôle ambigu entre promesse et devoir.
Citations sur le gage
Pamphile Lemay,
Picounoc le maudit
“ Il paraît que le petit bonhomme vit tant qu'il a du feu, ou qu'il a du feu tant qu'il vit. Malheur au joueur entre les mains duquel le petit bonhomme expire! il donne un gage. Les gages, voilà la grande affaire. ”
William Shakespeare,
Œuvres complètes de Shakespeare…
“ — Pourquoi croiriez-vous que je vous recherche par dérision ? jamais le dédain et le mépris ne se manifestent par des larmes : voyez, quand je vous jure mon amour, je pleure : des serments nés dans les pleurs annoncent la sincérité ; et comment pouvez-vous voir des signes de mépris dans ce qui porte le gage évident de la bonne foi ? ”
“ Quand notre imagination se fixe sur l’objet de notre affection pendant une longue absence, elle nous le représente non seulement sous le jour qui lui est le plus avantageux, mais encore de la manière dont nous désirons le plus le voir. L’image de Diana était restée en moi telle que je la vis quand je reçus ses adieux, quand je sentis ma joue humide de ses larmes : la bague qu’elle m’avait fait remettre par Hélène Mac-Gregor avait été pour moi le gage qu’elle emportait mon souvenir dans l’exil et même dans le cloître. ”
Charles Richet,
L’Aphasie et la faculté du langage articulé
“ Que dirai-je maintenant de cet autre langage, plus intime et plus général encore, qu’on a appelé l’expression? Le rire, les larmes, les cris, les sanglots, la pâleur, sont un langage vivant, qui fait partie intégrante de nous-mêmes. ”
Hector Malot,
Sans famille/Dentu, 1887
“ que le langage des lèvres est peu de chose comparé à celui des yeux ! que les mots sont froids et vides comparés aux regards ! ”
Emmanuel Régis, Précis de psychiatrie (5e édition… (1914)
“ Le langage, affecté comme articulation, timbre, voix, tonalité, tantôt solennel, tantôt chuchoté, tantôt zézayant, tantôt guttural et rappelant souvent celui d'un comique qui cherche à exciter le rire, présente des caractères stéréotypés très nets. ”
Jules Verne,
Le Château des Carpathes
“ Que des murs aient des oreilles, passe encore, puisque c’est une locution qui a cours dans le langage usuel... mais une bouche !... ”
Jack London,
Le Peuple de l'Abîme
(1903)
“ Folie passagère ! Ces deux mots sont maudits, ce sont des mensonges du langage derrière lesquels les gens qui ont le ventre plein et le dos bien au chaud, sous leurs belles chemises, s’abritent et se soustraient à la responsabilité de leurs frères et de leurs sœurs, qui, eux, ont le ventre vide et n’ont pas de belles chemises à se mettre. ”
Raoul Ponchon,
La Muse gaillarde
“ Le joli mot que voilà : Boire ! Qu’en pensez-vous ? Boire ! Moi je suis tout prêt à croire Qu’aucun ne vaut celui-là ! Ivrognes, ô bons apôtres, Que je porte dans mon cœur, N’est-ce pas qu’à la rigueur On peut se passer des autres ? Boire ! Eh bien ! cela dit tout ; Que voulez-vous autre chose ? Tel un sourire de rose, Cela se comprend partout. C’est le seul mot du langage Qui, par sa fraîche couleur, A pour moi quelque valeur Quelque évidence en partage. Vous avez mille façons De le prononcer, madame, Ce mot délicieux, âme De nos sublimes chansons ! ”
Collectif, Sonnets gaillards et priapiques
“ J’yrois rendre ma gorge au fonds de quelque étable. Le parfum de sa bouche est chose insupportable, Et sa chair rousse et noire a tant de puanteur, Que pour me garantir d’une telle senteur, Je fay l’amour de loin, dont je luy sers de fable. ”
Achille Segard, Le Mirage perpétuel
“ Tu glisses dans leur chair le goût de la luxure, Et si quelqu’un se croit d’une vertu plus sûre D’un seul baiser tu sais l’abattre à tes genoux. Souple et svelte, quand tu t’allonges sur ta couche, Avec des mouvements onduleux et félins, Tu fais saillir ta croupe et tu creuses tes reins, Ta langue est comme un dard qui jaillit de ta bouche. ”
Yvette Guilbert,
La Vedette
(1987)
“ Faces blêmes, aux nez pincés, aux lèvres glabres, bouches molles grimaçantes, yeux éraillés, pâleurs et maigreurs, angoisse et famine, odeurs d'estomacs creux et vides, foulards sales cachant du linge usé et douteux, ce sont les joyeux comiques sans emploi, les rigolos sur le pavé, les chanteurs, les diseurs et les danseurs excentriques, tous ceux qui le soir, aux lumières, demain peut-être, en quelque bouiboui, dispenseront le rire et la joie à un public qui les croit heureux et qui les envie... ”
Sully Prudhomme,
Œuvres de Sully Prudhomme/Poésies 1865-1866
“ Et j’ai fait d’un baiser la chaîne de ma bouche. Ma vie est suspendue à ces fragiles nœuds, Et je suis le captif des mille êtres que j’aime : Au moindre ébranlement qu’un souffle cause en eux Je sens un peu de moi s’arracher de moi-même. ”
Johann Wolfgang von Goethe,
Théâtre de Goethe
“ Le front ridé, les sourcils froncés, le regard sombre, farouche, les lèvres serrées : quel aimable visage il montre chaque jour, jusqu’à ce que les prières, les baisers et la plainte aient chassé de son front cette fâcheuse bourrasque ! ”
Georges Eekhoud,
La nouvelle Carthage
“ Les frustes gaillards s’éperdent, la gorge sèche, ou se trémoussent, aux images paillardes, harcelés, entrepris par le vice subtil et piquant de ce drôle, de ce ribaud pervers et squammeux comme les sirènes. ”
Mario Duliani,
La ville sans femmes
“ Chacun ravale sa peine intime, ne voulant pas, par une sorte de pudeur, paraître souffrir. Des mots, des plaisanteries mille fois ressassées, se colportent de bouche en bouche et, chose étonnante, font rire ! ”
“ Les mots se figent dans sa gorge tant la surprise physique l’étreint et se mêle à la surprise qu’une semblable chose soit possible et paraisse si naturelle aux ricanements goguenards et crapuleux de la foule. ”
Le Prisme : encyclopédie morale du XIXe siècle (1841)
“ Sur la bouche qu'il aime un sourire moqueur ; Où son regard rencontre un regard de tendresse, Une âme qui lui parle, une bouche qu'il presse ; Où la pudeur combat contre ses vœux ardents, Et succombe devant le désordre des sens. ”
Achille Segard, Le Mirage perpétuel
“ Et qu’avec un baiser je revivrais en eux ! II Le trouble de vos yeux assombris et le charme D’un sourire éclairant un peu votre pâleur, Votre bouche pareille aux lèvres d’une fleur Où les mots quelquefois tremblent comme des larmes, Votre main longue et fine aux doigts chargés de bagues, Votre corps se ployant aux cadences du pas, La courbe de vos reins souples, vos yeux si las M’ont transpercé le cœur plus qu’un éclair de dague. ”
Charles van Lerberghe,
La Chanson d’Ève
“ J’ouvre ma bouche ardente qui rit, Et mes yeux merveilleux d’être émerveillés d’elles. Et je ris à leurs paroles, Elles ne savent pas pleurer, Mais comme de l’onde leur rire tombe, Mon rire monte. ”
Marie Le Franc,
Grand-Louis l’innocent
“ Et puis, ce fut au fond de la gorge un bruit d’écluse soudain lâchée, ce qui la fit éclater de rire. L’homme surnaturel rit à son tour, de ses larges yeux, de ses fortes lèvres ouvertes sur ses dents brillantes. ”
François Turben, Les Songes du printems
“ Si par hazard, languissant de plaisir, tu viens à reposer tes yeux sur ma bouche, ou ta bouche sur mon sein, est-il rien de plus doux que de n’être plus à moi & de sentir cependant encore & tes yeux rafraîchir ma bouche, & ta bouche échauffer mon sein. ”
Mérinos, Nouvelles et fantaisies humoristiques… (1872-1876)
“ Les regards s'aiguisent; les rougeurs du sang qui s'échauffe commencent à marbrer les joues ; les voix s'élèvent avec l'accent métallique et saccadé de l'ivresse; de minute en minute se forment des couples nouveaux, et les paroles qu'ils murmurent passent comme une rumeur sombre à travers les éclats de rire. ”
Isidore Bourdon, La physiognomonie ou L'art de connaître les hommes d'après les traits du visage et les manifestations extérieures… (1830)
“ Par exemple, la bouche s'efforce de sourire, tandis que les yeux expriment la colère ou le dédain ; le regard est doux et flatteur, et l'orgueil contracte les lèvres : enfin on découvre sur le visage la frayeur, que déguise mal une apparente sécurité; la méchanceté, qu'on essaie vainement de dissimuler sous un faux air de bonhomie ; l'ironie ou le cynisme, qui perce à travers une feinte simplicité ”
Jack London,
La saoulerie américaine
(1913)
“ J’aime le pétillement des bons mots, les rires énormes, le retentissement des voix d’hommes qui, le verre en main, ont fermé la porte sur la grisaille du monde et se tapent la cervelle pour accélérer leur pouls, leur bonne humeur et leur folie. ”
Alphonse Bertillon,
Identification anthropométrique…
“ C’est là un des caractères les plus expressifs et en même temps les plus mobiles de la physionomie. Chacun sait que le rire, ou simplement le contentement, amène le relèvement des coins de la bouche, tandis que la tristesse et le dégoût les abaissent. ”
Ève Circé-Côté, Bleu, blanc, rouge
“ Les plus délicats ont raison de leur répugnance et subissent héroïquement le contact des lèvres lippues et humides qui salissent de bave le baiser ingénu, les becs pointus des vieilles filles, la joue glaciale des prudes, la bouche molle des oncles gâteux. ”
“ « Pour l’amour de leur gorge entrevue, et de l’ombre « Que font les duvets fins sous les beaux bras levés, « Les plus forts ramperont, lâchement énervés, « Les plus purs connaîtront les bassesses sans nombre, « Et tous, furtifs, cachant sous leurs doigts leur rougeur, « Pleins encore du regret des débauches jalouses, « Rapporteront au lit des pleurantes épouses « Des corps vidés de sang par le baiser vengeur ! » ”
Évariste Parny, Poésies érotiques
“ Lui seul nous console et nous vengeDes maîtresses que nous perdons. Que dis-je, malheureux! ah! qu'il est difficileDe feindre la gaîté dans le sein des douleurs!La bouche sourit mal quand les yeux sont en pleurs. ”
Auguste Charaux, Molière. La critique idéale et catholique… (1882)
“ Que votre rire, devant elle, ne dépasse pas la mesure exquise du bout des lèvres, si vous ne voulez point voir ses sourcils froncés se rapprocher d'un air majestueux et sévère, et sa bouche renforcer le courroux dédaigneux de son regard. ”
Paul Éluard,
Capitale de la douleur
“ Tous les saluts, tous les baisers, tous les remerciements. Autour de la bouche Son rire est toujours différent, C’est un plaisir, c’est un désir, c’est un tourment, C’est une folle, c’est la fleur, une créole qui passe. ”
Minucius Félix, Les Pères de l’Église
“ Ce doux relâchement des fibres du visage qui se fait comme par l’harmonie de quelque instrument est appelé d’un mot grec qui signifie sourire. Si le visage des hommes modestes s’épanouit davantage, c’est rire. ”
Pierre Leblois, La Vie et le moi, par P. Leblois… (1878)
“ Tous les sentiments ont en effet leur expression corporelle dans la physionomie, dans l'attitude, dans les mouvements, les cris, dans le geste, en un mot. Entre le rire et les larmes qui sont les extrêmes de la série, l'analyse trouve à signaler, comme expressions nuancées du plaisir et de la peine, les palpitations de l'émotion qui ont fait attribuer au cœur, dans la langue des poètes, le privilège des sentiments tendres ”
A.-L. Du Preÿ, Les femmes de 1870 (1874)
“ Qui n'a point conservé le souvenir d'un beau visage subitement épanoui par le rire ? Les lèvres se retroussent, et, comme dans un écrin rose, découvrent ces dents brillantes que les poètes comparent aux perles ; l'oeil se remplit de joyeuses étincelles et chatoie sous ses longs cils.... ”
Jules Laforgue,
Œuvres complètes de Jules Laforgue
“ Oui, oui, tu as la gorge bien faite ; Mais, si jamais je m’y allaite ?... Encore un soir, et mes berquinades S’en iront rire à la débandade, Traitant mon platonisme si digne D’extase de pêcheur à la ligne ! ”
Pietro Aretino,
L'oeuvre du divin Arétin, deuxième partie
“ S'il te plaît de rire, ne va pas élever putanesquement la voix, en élargissant la mâchoire de façon à montrer ce que tu as au fond de la gorge, ris de telle sorte qu'aucun des traits de ton visage ne s'enlaidisse; bien mieux, embellis-les d'un sourire, d'un clignement de l'œil, et laisse-toi plutôt arracher une dent qu'un vilain mot ”
Moïse Hornung, En Savoie (1872)
“ C'est un grand jeune homme, beau, fort, les yeux pleins d'expression quoique un peu troublés, les narines frémissantes, la bouche mobile, la voix sonore, le geste rapide et naturel — un fier gaillard! ”
Jean Moréas,
Premières Poésies : 1883-1886
“ Les bras qui se nouent en caresses pâmées, Le cordial bu du baiser animal, Les cheveux qu’on tord, les haleines humées, Des nerfs énervés apaisent-ils le mal ? O nos visions les toujours affamées ! ”
Hippolyte Taine,
Histoire de la Littérature Anglaise…
“ Ils sont excessifs, raffinés, prompts aux larmes, au rire, à l'adoration, à la plaisanterie, enclins à mêler l'une à l'autre, précipités par une verve nerveuse à travers les contrastes et jusqu'aux extrêmes. ”
Albert Glatigny,
Joyeusetés galantes et autres
(1866)
“ Épouvanterait ces enfants, Dont la lèvre amoureuse et saine A des baisers si triomphants. Ah ! c’est qu’ils comprennent la vie D’une autre manière que nous. N’en rions pas. Je les envie Souvent en baisant tes genoux. ”
Paul Alexis,
Émile Zola. Notes d’un ami
“ Hélas ! ils n’iront point parer de tendres cœurs ; Ils n’iront point, cachés sous la fine dentelle, Effleurer le beau sein de quelque demoiselle, Brûler sa blanche gorge et palpiter, pressés Sous les bonds de son cœur, comme sous des baisers. ”
Marie-Louise Néron,
Notes et impressions d’une parisienne
“ La gorge se serre, la langue s’assèche, on halette d’angoisse. Et les yeux que l’on voudrait fermer demeurent agrandis par l’épouvante, rivés sur ce tableau dont la rétine s’imprègne pour en garder éternellement l’instantané. ”
André Fontaine, Constantin Meunier (1923)
“ A quoi bon des gouttes de sueur ruisselant sur la face ou des cheveux plaqués contre les tempes, lorsque deux plis du visage, le renfoncement des yeux, le mouvement de la bouche entr'ouverte suffisent à évoquer le drame du travail et de la souffrance ? ”
Augustine Bulteau,
Un voyage. Belgique, Hollande, Allemagne…
“ À chaque pas il apprend sa mission et se reconstruit. Il est gonflé de colères, d’espoirs, d’énergies, d’inquiétudes. La bouche a changé de caractère, elle s’est humanisée : bonne et véhémente, prête pour le rire énorme et l’injure féroce. ”
Sénèque le Jeune,
Œuvres de Sénèque le philosophe
“ Mais on vous serre la gorge ? n’en demeurez pas moins ferme et servez-la par votre silence. Quoi que fasse un bon citoyen, sa peine n’est jamais perdue ; ses oreilles, ses regards, son visage, ses gestes, sa muette et passive résistance, sa présence seule, tout est utile. ”
Jean Féron,
La revanche d’une race
(1924)
“ De temps à autre ses lèvres esquissaient une grimace de colère ou de désespoir. Parfois ses poings se crispaient et frappaient rudement les bras de son fauteuil, ses dents grinçaient, ses regards lançaient des lueurs fauves. ”
Arthur Rimbaud,
Reliquaire, poésies
“ Je baisai doucement ses yeux : — Elle jeta sa tête mièvre En arrière : « Oh ! c’est encor mieux !... « Monsieur, j’ai deux mots à te dire... » — Je lui jetai le reste au sein Dans un baiser, qui la fit rire D’un bon rire qui voulait bien... ”
