Résumé

Portrait de Jean Moréas Jean Moréas Premières Poésies : 1883-1886

Mon âme est un manoir hanté par les corbeaux.
— ton cœur est un jardin plein des lis les plus beaux ;
Ton âme est blanche ainsi que la blanche colombe.
Mon rêve est un ciel bas où sanglote le vent ;
Mon avenir, un tertre en friche sur la lande.
— Ton rêve est pur ainsi que la plus pure offrande,
Ton avenir sourit comme un soleil levant.
Ma bouche a les venins des fauves belladones ;
Mes sombres yeux sont pleins des haines des maudits.
— Ta bouche est une fleur éclose au paradis,
Tes chastes yeux sont bons comme ceux des madones.
Source : Wikisource

Portrait de Jean Moréas Jean Moréas Premières Poésies : 1883-1886

Chant triste et si lent et qui jamais ne s’achève,
Lent et voluptueux, cerf qui de désir brame,
Et tremolo banal, aussi, de mélodrame :
C’est la table rustique avec ses nappes blanches
Et les coupes de vins de Crète, sous les branches,
La table à la lueur de la lampe caduque ;
Et tout à coup, l’ombre des feuilles remuées
Vient estomper son front bas, son front et sa nuque
Gracile. La senteur des fleurs exténuées
S’évapore dans les buées
Hélas ! Car c’est déjà la saison monotone,
L’automne sur les fleurs et dans nos cœurs l’automne.
Source : Wikisource

Portrait de Jean Moréas Jean Moréas Premières Poésies : 1883-1886

Ainsi je t’ai créé de la suprême essence,
fantôme immarcessible au front d’astres nimbé,
pour me purifier de la concupiscence,
pour consoler mon cœur dans l’opprobre tombé.
Les roses jaunes ceignent les troncs
Des grands platanes, dans le jardin
Où c’est comme un tintement soudain
D’eau qui s’égoutte en les bassins ronds.
Nul battement d’ailes, au matin ;
Au soir, nul souffle couchant les fronts
Des lis pâlis, et des liserons
Pâlis au clair de lune incertain.
Source : Wikisource

Chaque jour avec Kwize, l'actualité mise en perspective par la littérature