Georges Rodenbach,
La Jeunesse blanche
“ Ainsi dans les jardins, sous le soleil en flamme, Les floraisons d’avril que le vent fait neiger. Est-ce elle que j’aimais ou l’amour ? Que m’importe, Si j’ai senti mon cœur pavoisé d’un drapeau, Si j’ai pendant un jour trouvé le ciel plus beau Et joui des chansons qu’on chantait à ma porte ! L’Âme est un palais noir où l’on va tâtonnant, Où, sans rien pénétrer, on s’ignore soi-même ; Est-ce qu’on sait qu’on croit ? Est-ce qu’on sait qu’on aime ? Sur le plateau sans fleurs où je suis maintenant, Je songe en revoyant la montagne gravie : Est-ce qu’on vit son rêve, ou rêve-t-on sa vie ? ”
