Résumé

Portrait de Charles Richet Charles Richet L’Aphasie et la faculté du langage articulé

Dans la discussion mémorable qui eut lieu à l’Académie de médecine, M. Piorry affirmait que l’aphasie n’était qu’une amnésie verbale, que par conséquent il était inutile de faire de la faculté du langage quelque chose de spécial. Il semble pourtant que la mémoire ne soit pas par elle-même une faculté nettement délimitée. On ne peut concevoir d’être pensant qui ne possède pas la mémoire; elle est le fond de toutes nos actions et surtout de nos idées. Toutes les fois que l’âme pense, elle fait usage des pensées antérieures, et elle ne peut s’en séparer.
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L’enfant qui s’essaie à parler imite les sons qu’il a entendus autour de lui, et qu’il tâche de se rappeler. Cependant il possède déjà un autre langage, et celui-là est général; il ne s’applique ni à une race, ni à une peuplade, ni un groupe d’hommes réunis pour adopter un ensemble factice de signes extérieurs. C’est le langage mimique, celui qui résulte de notre attitude même, et qui est inhérent à notre nature. Qu’un Anglais, ignorant de la langue française, assiste à la représentation d’un drame joué en français, il est probable qu’il le comprendra assez pour y prendre de l’intérêt.
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Prenons un chêne par exemple : on peut sans le secours du langage se souvenir du chêne qu’on a vu. Cette idée, pour exister, n’a pas besoin d’un mot : c’est une impression, une sensation qui persiste et que l’intelligence a conservée, grâce à la mémoire ; mais pour passer de l’idée particulière du chêne qu’on connaît à l’espèce chêne en général, il faut une image qui supplée à l’absence de réalité. Le type idéal du chêne n’existe pas : il existe des chênes et rien autre chose.
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