“ Écarte de ton cœur cette folle chimère ; Ne t’abandonne pas en aveugle au danger... C’est ton mari qui t’aime et non cet étranger ! Tu n’es qu’un passe-temps pour l’un, si, par miracle, Tu ne lui deviens pas un péril, un obstacle ; L’autre respecte en toi l’intime compagnon Qui garde ses enfants, sa fortune et son nom ; C’est le seul dont l’amour soit certain, car il t’aime Peut-être encore moins pour toi que pour lui-même, Et, selon ce beau mot que l’on a décrié, C’est le seul qui te puisse appeler sa moitié. ”
Émile Augier
Résumé
Émile Augier, auteur du Théâtre complet, propose une anthologie de pièces qui abordent les tensions sociales, les conflits familiaux et les dilemmes amoureux. À travers des personnages comme Maximilien, Fernande ou la marquise, l’œuvre met en lumière les enjeux du mariage, les rapports de pouvoir entre les classes sociales et les luttes intérieures liées à l’honneur.
Les thèmes de la belle-mère, de la sœur et des relations ambigües entre les sexes s’entrelacent dans des dialogues percutants, reflétant les enjeux de l’époque. Ce recueil, publié dans un contexte de réflexion sur les normes sociales, s’inscrit dans la tradition du théâtre français du XIXe siècle, proche des œuvres de Scribe ou de Balzac.
Citations de Théâtre complet (Émile Augier)
“ Il faut à cet hymen que Stéphane consente. Gabrielle. Adrienne ! Adrienne. Adrienne ! Il le faut, te dis-je, et sans sursis ; Car autrement ta perte est certaine. Choisis. Gabrielle. Me crois-tu donc si peu d’honnêteté qu’il faille Entre la honte et moi mettre cette muraille ? Va, va, j’ai de la force, et j’ai su le prouver. Adrienne. Je dois te parler ferme afin de te sauver. Qu’as-tu fait pour compter ainsi sur ton courage ? Qu’as-tu fait pour te croire au-dessus de l’orage ? Ton amour n’a pas su se taire seulement ! Tu crois bien beau l’effort d’exiler ton amant ? ”
“ Vous parlez de remords ! Mais moi, supposez-vous Que je serre la main sans honte à votre époux, Et que son amitié ne soit pas un supplice Dont malgré mon bonheur ma loyauté frémisse ? Mais dussé-je à moi-même être un lâche odieux, Je ne l’oublierai pas, ce moment radieux. Gabrielle. Eh bien ! oui, j’y consens, gardons-en la mémoire, Et doublons le danger pour doubler la victoire. Je vous aime, Stéphane, et ne m’en dédis pas ; Oui, c’est un être cher que repoussent mes bras ! Séparons-nous et, sûr du cœur de votre amie, Partez pour nous sauver tous deux de l’infamie. ”
