“ C’est vrai, profondément vrai, me dis-je, et, si Manuela m’a ému si vivement hier, c’est qu’elle aussi est mon passé ; mais ce n’est pas celui dont parle ma sœur, ce n’est pas la sainte tendresse, la sollicitude, l’expansion de tous les jours, la confiance calme et sacrée : c’est l’insomnie, la curiosité, le dépit, le dégoût. J’ai passé par ces tourments-là, et je voudrais recommencer pour arriver à quoi ? L’avenir de cette fille appartient à M. Brudnel, et ce qu’elle a mis dans ma vie écoulée n’est certes pas digne de regret. ”
George Sand
Résumé
"Ma sœur Jeanne", de George Sand, explore les tensions entre amour, devoir familial et conflits intérieurs à travers les destins entrelacés de personnages comme Jeanne, Manuela et Brudnel. Publié en 1846, ce récit introspectif mêle tendresse et jalousie, révélant les luttes silencieuses autour du mariage et de la liberté personnelle.
Les citations soulignent les enjeux émotionnels, comme l'attachement ambigu entre le narrateur et Jeanne, ou la recherche de bonheur face aux contraintes sociales. L'œuvre, traversée par des thèmes de sacrifice et de réconciliation, met en lumière les contradictions de l'âme humaine.
Citations de Ma sœur Jeanne (George Sand)
“ « De quoi donc t’occupes-tu ? Parle-moi d’amour, qu’importe que j’en meure ? » Je n’osais provoquer ce genre d’émotion. Il me semblait qu’il lui était nuisible et pouvait devenir funeste. — Il faut vous calmer, lui dis-je, il le faut absolument. — Mais je suis guérie, me dit-elle avec un sourire languissant qui m’effraya. Je ne sens plus aucun mal, il n’y a plus de place en moi que pour le bonheur. Quel médecin es-tu, si tu ne vois pas que je n’existe plus que pour aimer ? Pourquoi es-tu triste ? Est-ce que tu crois que Richard nous en veut ? Tu ne le connais pas, il est si bon et si sage ! ”
“ Il ne peut jamais reconnaître Jeanne, je lui interdis de l’essayer. Je connais et j’invoque la loi ; Jeanne nous appartient. Je serai son frère et son protecteur envers et contre tous. Je m’oppose à ce qu’elle assiste au mariage de Manuela, parce que je ne veux pas que Manuela soit la confidente d’un secret si grave. Elle n’y comprendrait rien et en parlerait avec Dolorès, qui en parlerait à tout le monde. Les femmes font bon marché de l’autorité légale, et toi-même tu ne me parais pas avoir jamais compris les graves conséquences de ton sublime dévouement pour la marquise de Mauville. ”
